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SAMEDI ET VOUS Un journaliste dans l’arène…

Le style nest pas très orthodoxe et faire se poiler les puristes Photo : Marie-Christine Dejax)
Le style n'est pas très orthodoxe et ferait se poiler les puristes, mais bon... (Photo : Marie-Christine Dejax)

Chaque samedi, les journalistes d’Objectif Gard se muent en testeurs : restaurants, activités, nouveautés… Cette semaine, muleta en main, l'un d'entre nous s'est lancé dans l'arène, à ses risques et périls, dans un face-à-face avec une vache espagnole pas vraiment aimable...

Organisée à l'initiative d'un de nos confrères de la Marseillaise, en partenariat avec la mairie de Nîmes et le club taurin Paul-Ricard, la Capéa de la presse prenait ses quartiers aux Bosquets des jardins de la Fontaine de Nîmes, vendredi 2 juin.

12h30. Le soleil fait ''tomber du feu'', comme on dit par ici. Installés sur une estrade en surplomb de l'arène amovible montée par la Ville sur le terrain de jeu habituel des boulistes, les musiciens égrainent leur répertoire de corrida. Autour du bar improvisé sur des tréteaux, entre journalistes, ça discute, ça rigole tant il est vrai que nous nous croisons souvent sans avoir forcément le temps d'échanger en toute convivialité...

Jusquici, tout va bien... Photo : Marie-Christine Dejax)
Jusqu'ici, tout va bien... (Photo : Marie-Christine Dejax)

L'ambiance est chaleureuse et détendue. De temps à autre un grand ''bang'' vient interrompre les discutions. Elles sont  là ! Elles, se sont deux vaches espagnoles qui attendent avec impatience que l'on veuille bien les sortir de la bétaillère pour se dégourdir les pattes et qui le manifestent bruyamment en donnant force ruades et coups de cornes dans les parois métalliques.

Peu engageant ! Parmi la soixantaine de journalistes présents, nous ne serons finalement que six à inscrire nos noms sur la pancarte de ceux qui acceptent de rentrer dans l'arène et...de servir de cible à ces jeunes cornues survitaminées. Enfin lâchée, la première jaillit comme une balle au beau milieu du cercle de sable, cornes dressées. Elle doit bien peser dans les 150 kilos. Tout en muscle et pas de gras. Rien à voir en tout cas avec les paisibles vachettes de mon enfance qui paissaient tranquillement dans la ferme poitevine de mon grand-père.

Un bel hématome à la cuisse et des souvenirs pour le restant de mes jours

Tout d'abord observateur, le novice que je suis ne met pas longtemps à constater le caractère belliqueux de l'animal. Deux de mes confrères m'ont précédé et s'en sont plutôt bien sortis même si, devant certaines de ses charges museau au ras de sol, l'abandon sur place de la muleta et la fuite vers les barrières se sont avérés de raisonnables solutions de replis.

Cette fois, ce nest pas passé très loin ! Photo : Marie-Christine Djax)
Cette fois, ce n'est pas passé très loin ! (Photo : Marie-Christine Dejax)

"Philippe ! Tu y vas ?". Allons bon ! Voilà que mon tour arrive. Je blague à la cantonade pour évacuer un peu de stress : " De toute façon, j'ai acheté des parts dans l'hôpital Caremeau. Ce soir, quoi qu'il en soit, je dormirai chez moi... Mais j'hésite encore entre vous monter mon courage ou faire la démonstration de mes capacités athlétiques à battre le record du "courir en rond" avec une vache à mes trousses !"

"Les deux ne sont pas incompatibles !", m'encourage à sa manière Anthony Maurin, mon collègue d'Objectif Gard et spécialiste taurin. Merci pour le soutien moral... J'enjambe la barrière et me voilà dans l'arène. On me tend la muleta que je trouve beaucoup plus lourde que je ne l'aurais imaginé. Droitier, je la prend dans la main droite... "Non, dans la main gauche", me corrige Anthony. "Tu veux l'épée ?", me propose un puriste qui ignore mes limites de béotien. Je persiste à faire de l'humour : "Non merci, je crains que cela ne m'embarrasse !"

Olé ! photo :Marie-Christine Dejax)
Olé ! (Photo : Marie-Christine Dejax)

"Mets-toi de profil ! Tiens la muleta plus haut ! Appelle-la !" Les conseils fusent de tous les côtés et j'essaie d'en retenir l'essentiel. Et pour moi l'essentiel c'est surtout...de ne pas me faire écharper par la bestiole car pour ce qui est de l’appeler, ce n'est pas la peine ! Elle m'a bien repéré et fonce sur moi tête baissée en soulevant un nuage de poussière. "Ne pas tomber. Surtout ne pas tomber !" est la consigne que je m'impose. Sinon, comme pour Anthony, qui a voulu la toréer avec sa pancarte, je vais me retrouver sur le dos avec l'Espagnole qui va vouloir m'embrasser sur la bouche à grands renfort de coup de tronche cornue et là...

Ma nouvelle copine espagnole ne me veut pas que du bien... Photo : Marie-Christine Dejax)
Ma nouvelle copine espagnole ne me veut pas que du bien... Et elle m'a fait quelques vacheries ! (Photo : Marie-Christine Dejax)

La première passe se...passe bien ! La seconde aussi... Je m'arme d'un peu de confiance même si je n'en mène pas large et que je me sens aussi démuni qu'une poule avec un couteau. "Je vous confirme que c'est un vrai métier !" Rires dans l'assistance... Mais pas répit pour moi. Infatigable, increvable, la bestiole à la robe noire revient sans cesse à la charge. Quatre, cinq fois, dans un style fort peu académique,  j'arrive au dernier moment à m'esquiver. La sixième sera la bonne ! La teigneuse a fini par comprendre qu'il ne fallait pas trop s’intéresser au leurre mais à celui qui l'agite. Après avoir pris trente mètres d'élan elle fond sur moi  à la vitesse d'Usain Bolt et je ne peux totalement éviter l'impact.

Le coup passa si près que... Photo : Marie-Christine Dejax)
Face à la vache est indispensable d'avoir de bons réflexes et d'anticiper. Quand on peut ! (Photo : Marie-Christine Dejax)

Je reste debout (je ne suis pas Espagnol, mais moi aussi je suis fier !) et je garde ma muleta en main. Ne serait-ce que pour ne pas lui montrer qu'elle vient de marquer un point en me chopant la cuisse d'un sérieux coup de corne qui laissera une trace en forme de...cœur durant plus d'une semaine. Allez savoir où se niche l'affection de ces animaux !

Plus d'une semaine après, le souvenir laissé par la vache est encore bien visible (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)
Plus d'une semaine après, le souvenir laissé par la vache est encore bien visible (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)

Après dix minutes d'inélégantes contorsions qui m’apparaissent une éternité, je sors de l'arène avec le sentiment du devoir accompli et celui de faire partie du cercle des initiés. De ceux qui l'ont fait. À Paris ou dans le Jura, mes copains ne vont pas en revenir, même s'il est plus que vraisemblable que ma carrière de torero amateur s'arrêtera là... ''El Gaby'' vous salue bien !

Philippe GAVILLET de PENEY

philippe@objectifgard.com

(PS : au contraire des journalistes, aucune vache n'a été blessée ni maltraitée au cours de cette capéa informelle). Remerciements à Hervé Galtier, aficionado practico et président de l'AFAP, Anthony Maurin, torilero du jour, Jean-Pierre, confrère de La Marseillaise et organisateur du rendez-vous, Frédéric Pastor, adjoint au maire chargé de la tauromachie, et à Marie-Christine Dejax, consœur du Réveil du Midi et photographe pour l'occasion. "Abrazo fuerte" à Pierre, Charles, Olivier, Guillaume et Fred, mes collègues apprentis torero du jour...

 

Etiquette

Philippe Gavillet de Peney

Après avoir traîné ma plume et ma carcasse un peu partout dans les rédactions des quotidiens régionaux de l'Hexagone, j'ai posé mes valises à Objectif Gard en mars 2016. Couteau suisse de la rédaction, j'interviens dans plusieurs rubriques avec une inclination plus marquée pour le sport, les portraits et les sujets de société... Au sein du journal, j'assure par ailleurs le Secrétariat de rédaction.

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