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FAIT DU JOUR « Les Ch’tis » à l’envers pour le lieutenant-colonel de Saint-Aubert

Jean-Marie de Saint-Aubert a pris son commandement il y a quelques jours à Nîmes. Portrait du nouvel homme fort du 1/6 de la gendarmerie mobile de Nîmes.

Le lieutenant-colonel Jean-Marie de Saint-Aubert (Photo Anthony Maurin).

Né en 1970, le bientôt quinquagénaire l’avoue : c’était une bonne année. Fils d’un père qui œuvrait dans l’Armée de l’air et d’une mère receveuse des Postes, le lieutenant-colonel Jean-Marie de Saint-Aubert est le nouveau patron des gendarmes mobiles du 1/6 de Nîmes.

Composé cinq escadrons basés à Marseille, Perpignan en passant par Orange (où il y a en plus un groupe GIGN), Lodève et donc Nîmes, le groupement du lieutenant-colonel est vaste mais lui est presque là par hasard. Un hasard calculé. « Je ne connaissais pas la gendarmerie ! Enfin, je la connaissais comme tout le monde mais sans plus. J’avais une appétence pour l’Armée et son mode de vie, le côté aventurier, mais c’est un ami qui m’a conseillé de m’y intéresser. »

Aîné d’une fratrie de quatre enfants, une de ses sœurs est dans l’Armée, son frère est plombier et son autre sœur travaille dans le secteur de la mode. « Nous sommes le fruit d’une bonne classe moyenne ! » Ayant pas mal bourlingué dans sa jeunesse mais n’ayant pas franchement vécu la vie d’un enfant de militaire, le jeune homme se lance dans les études et tente avec succès les classes préparatoires, hypokhâgne et khâgne. Un peu de Sorbonne, puis une prépa militaire « pour sauter en parachute ».

Une vocation trouvée sur le tard

Un premier saut, en loisir, et une première jambe cassée. Cela ne l’empêche pas d’y revenir une fois le mal passé pour retenter un saut, cette fois sous les couleurs de la patrie mais il se rendra vite compte que cela n’est pas pour lui et changera son fusil d’épaule.

Après une période militaire supérieure, il retourne à la Sorbonne, y passe une licence d’Histoire puis une maîtrise. « J’aime toutes les époques avec cependant une préférence pour l’Antiquité hellénistique et romaine et pour le XVIe siècle ». Après Saumur (Maine et Loire), il part à Mourmelon (Marne). « J’y allais pour le régiment tankiste, pour les chars. Je ne suis monté dans un char qu’une seule fois en deux ans ! Mais je n’ai aucun regret. »

C’est donc à ce moment-là qu’il passe son concours en 1997 et le réussit au premier envoi. « Nous nous sommes entraînés à deux et je remercie tous les jours celui qui m’a conseillé de venir à la gendarmerie et celui qui m’a aidé à réviser. Comme disait mon père, le matin, il faut être content de se lever pour son travail et je suis très content ! »

Un nouveau mode de travail

Son premier poste l’embarquera huit années en gendarmerie mobile dans le Nord et l’Aisne. Par la suite, il commande une compagnie à Deauville (Calvados) pendant quatre ans, période durant laquelle il est confronté à plusieurs organisations de sommets politiques (G3 ou G8) et à la discrétion de la seconde vie des Parisiens et des amateurs de courses hippiques. « Pour les G8 par exemple, j’étais au cœur du système car en gendarmerie l’échelon départemental est le plus important. C’était une excellente expérience qui m’a énormément servi. »

Quatre ans encore et un passage intense au Centre de planification gestion de crise et à la sous-direction de l’anticipation opérationnelle. Il prend le commandement en second d’un groupement de gendarmerie mobile pendant quatre ans à Chambéry (Savoie). « J’ai vu l’évolution du maintien de l’ordre en accéléré. De la crise d’Irma aux Gilets Jaunes en passant par Notre-Dame-des-Landes, on s’est adapté à un emploi continu et constant de nos forces mais aujourd’hui, nous faisons à nouveau du maintien de l’ordre. »

Le positionnement des escadrons dirigés par le lieutenant-colonel Jean-Marie de Saint-Aubert (Photo Anthony Maurin).

Ce père de huit enfants arrive donc à Nîmes pour diriger 678 militaires sur l’ensemble de l’arc méditerranéen. Ces personnels sont, et c’est la force de la gendarmerie dite mobile, vraiment mobiles. Ils sont par conséquent déployés sur le territoire national pour venir en soutien des forces locales. Opérations de maintien de l’ordre public, renfort de la gendarmerie, protection d’édifices sensibles, escortes sensibles, participation aux dispositifs mis en place des plans gouvernementaux (VIGIPIRATE) mais aussi participation à des opérations extérieures (OPEX) et protection d’ambassades à l’étranger sont ses missions.

« Je suis ici pour trois ou quatre ans. J’aimerais bien rester quatre ans ! J’ai demandé à commander un groupement. C’est ici que l’on m’a dit de venir, c’est une marque de confiance. Je ne connaissais Nîmes qu’en touriste. J’y avais de bons souvenirs de jeunesse. La Maison carrée, les Jardins de la Fontaine, le Pont du Gard. Je redécouvre la région et apprécie Uzès et le centre-ville de Nîmes. »

La gendarmerie mobile lui colle à la peau. Son mode de vie, son mode opératoire aussi. Son métier, il le dit lui-même, est de faire baisser la violence en usant du dialogue aussi souvent que faire se peut. Après un certain temps passé dans le Nord de la France, sa venue nîmoise aurait pu lui faire peur.

Les Ch'tis à l'envers

« J’ai fait le chemin inverse à celui de Bienvenue chez les Ch’tis ! On m’avait dit qu’ici, vous étiez les Ch’tis de la région PACA mais j’avais de bons souvenirs et le soleil attire les premiers de la classe donc c’est très agréable de travailler ici. »

Les temps se crispent. La gendarmerie est la première force au contact et le constat est flagrant. La société est tendue, les revendications naissent puis meurent. D’autres perdurent dans le temps et la violence est devenue monnaie courante. On veut casser du flic.

« Nous n’avons pas d’ennemis. Au pire, nous avons des adversaires mais nous sommes tous citoyens français. Je suis là pour que le lendemain des manifestations on se serre la main. Je suis là pour éviter le syndrome de la guerre civile. La gendarmerie mobile est un environnement riche et notre travail n’est pas facile à un moment où la vie sociétale est complexe. Les citoyens doivent pleinement exercer leur droit de manifester mais personne ne doit outrepasser la décence ordinaire de ces manifestations. »

Le contrat social entre les citoyens et les institutions ne saurait être rompu malgré les sottises et les inepties qui caractérisent certaines manifestations peu organisées dont la culture de la revendication s’est perdue au fil des années passées. « Nous avons des gendarmes systématiquement blessés. Nous nous adaptons au nouveau maintien de l’ordre. Comme je le dis toujours à mes hommes, "soyez le gendarme que vous aimeriez croiser". Nous sommes des outils de l’État au service de la Nation et la Nation ce sont les gens que nous voyons tous les jours, ceux que l’on croise dans la rue ou lors des manifestations. Nous devons accompagner le droit de contestation par le dialogue, pour la chose publique, pour la République. »

Les qualités requises pour un gendarme selon le lieutenant-colonel Jean-Marie de Saint-Aubert ? La mesure et l’intelligence de situation, le sens du devoir, qui engendre l’abnégation, et le calme des vieilles troupes.

Le lieutenant-colonel Jean-Marie de Saint-Aubert le jour de sa prise de commandement sur le parvis des arènes de Nîmes (Photo Anthony Maurin)

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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