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LE 7H50 d’Arnaud Montebourg : « Nous sommes en urgence économique absolue »

L'ancien ministre de l'Économie Arnaud Montebourg (©PHOTOPQR/LE PARISIEN/Jean-Baptiste Quentin /via MaxPPP)

L’ancien ministre de l’Économie sous François Hollande, Arnaud Montebourg, depuis devenu entrepreneur, sera jeudi et vendredi du côté d’Alès pour une conférence et des visites d’entreprises à l’invitation de Gard entreprises.

Chantre du made in France, Arnaud Montebourg défend l’idée que la mondialisation est terminée, et voit dans la relocalisation de l’industrie « un mouvement de société. » Il répond à nos questions.

Objectif Gard : Avec la crise sanitaire du covid-19, diriez-vous toujours, comme vous le disiez au printemps, que « la mondialisation est terminée » ?

Arnaud Montebourg : Oui, parce que les peuples ont pris conscience du danger qu’elle représente pour eux-mêmes. C’est une perte de liberté et une dépendance. Un peuple n’a pas envie d’être entre les mains des autres. Comme dirait le prix Nobel d’économie Paul Krugman, la mondialisation est un projet plus ou moins fini. Les peuples ont décidé de rétrécir le monde, de rétablir des frontières, des taxes douanières, pour amener peu à peu le système économique à revenir produire au plus près du consommateur, et servir les besoins du consommateur.

Quelle place pour le Made in France dans la relance économique ?

Le Made in France est un mouvement de société. Il y a un désir du consommateur de diriger ses achats, de voter Français avec sa carte bleue. Il le fait de plus en plus. Il va falloir réparer les dégâts de vingt ans de mondialisation en rapatriant nos usines, en remettant en culture notre agriculture, aujourd’hui nous avons 20 % de notre surface agricole utile en friche, et ce dans le Gard comme ailleurs. Cette situation d’abandon, le peuple français ne la supporte plus, et il a raison. C’est une des raisons pour lesquelles une mobilisation nationale doit s’engager. Le gouvernement japonais a montré l’exemple, et a réussi à rapatrier 1 674 projets de relocalisation pour 14 milliards d’euros d’investissements. Nous pourrions faire de même, mais on en est loin, avec 400 millions de relocalisations. Il n’y a pas en France cette stratégie de mobilisation et de retour de nos usines.

Et dans le Gard, qui reste un pôle industriel majeur, le deuxième d’Occitanie ?

Tous les territoires ont besoin d’économie, de travailler. Ils ne travaillent plus ! La population migre vers les métropoles, les services publics comme privés ferment. Les usines aussi, après une première vague en 2008, et voilà la deuxième. Nous sommes en urgence économique absolue. Tous les territoires sont dans la même situation, sauf les grandes métropoles, et je ne vois pas l’ombre d’une décision susceptible de modifier le cours des choses.

Le Made in France peut-il être selon vous une opportunité pour un territoire comme le Gard de se réinventer ?

Le Made in France c’est toute une nouvelle génération d’entrepreneurs, créative, qu’il faut soutenir. Il faut qu’elle soit soutenue par le consommateur. Il faut réinvestir dans des industries et dans l’agriculture à des tailles importantes. Il n’y a pas que des start-up. La start-up nation est un mirage, et dans l’agriculture, faire une start-up, c’est plus difficile. Il faut organiser l’entraide, le soutien de toutes ces initiatives qui fleurissent, il y en a partout.

Le modèle que vous défendez dans le miel, avec la marque Bleu blanc ruche, est-il duplicable ?

En tout cas, dans l’agroalimentaire j’ai entrepris de le répliquer dans le secteur des amandes, nous plantons dans le midi, y compris dans le Gard. C’est une marque équitable. Nous la répliquons dans le lait, et dans l’apiculture. C’est toute la France qui produit. Nous avons fait la démonstration qu’on peut changer de modèle en partageant la valeur avec les agriculteurs, en associant les investisseurs avec les agriculteurs, changer le modèle de financement de l’agriculture et imaginer une vaste entraide de toute la société en faveur de l’agriculture. Le consommateur soutient le revenu de l’agriculteur en direct. Ma vision, on peut la répliquer dans tous les secteurs agricoles, avis aux agriculteurs !

Et dans d’autres secteurs ?

Parfaitement. On peut le faire dans la technologie par exemple. Dans le débat de la 5G, nous sommes en train d’investir 50 milliards pour moderniser le système de communication, mais le Gouvernement ne s’est même pas préoccupé de savoir si ces dépenses iraient à une industrie souveraine technologiquement. On va nourrir les Chinois, les Finlandais et les Norvégiens. Ce n’est pas une bonne politique. Et le débat qui s’engage est légitime. À chaque fois qu’on prend une décision, on oublie la France. Nous avons vendu Alcatel  et  - Emmanuel Macron a une responsabilité personnelle là dedans - Alcatel a disparu. Nous avons perdu un fleuron et maintenant nous sommes dépendants des Chinois. Il faut reconstituer cette industrie en France avant de lancer la 5G en France, pour faire travailler la France pour les Français.

Propos recueillis par Thierry Allard

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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