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LE 7H50 Philippe Ribot, président des maires du Gard : « Le Gouvernement a beaucoup à gagner de concerter plus les communes »

Philippe Ribot, maire de Saint-Privat-des-Vieux. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Philippe Ribot, maire de Saint-Privat-des-Vieux, a été élu ce samedi 3 octobre président de l'association des maires du Gard. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Philippe Ribot, maire de Saint-Privat-des-Vieux, conseiller départemental UDI, conseiller communautaire à Alès Agglo, ajoute une corde à son arc. Il a été élu ce samedi 3 octobre, président de l'Association des maires du Gard. Un mandat sous le plus large consensus possible, à l'écoute des élus locaux, quelle que soit la taille de leur commune ou de leur intercommunalité. Et avec la volonté de faire entendre leur voix et leur légitimité jusque dans les plus hautes instances de l'État.

Objectif Gard : Pourquoi vous êtes vous présenté à la présidence de l'Association des maires du Gard ?

Philippe Ribot : C'est venu de manière très naturelle. J'étais présent dans l'association depuis que j'ai été élu maire de Saint-Privat-des-Vieux en 2008. Et je suis rentré au bureau en 2014. Et c'est vrai que l'ancienne présidente, Pilar Chaleyssin, maire d'Aubais, souhaitait arrêter et n'a pas été réélue aux Municipales... Alors j'ai souhaité aller jusqu'au bout de mon engagement. On forme une bonne équipe. J'ai constitué un conseil d'administration très large de 38 membres (nombre déterminé par les statuts, NDLR) et équilibré sur le plan territorial. Tous les secteurs du département sont représentés avec des sensibilités politiques très diverses, avec une dizaine de nouveaux élus. Il y a aussi 14 femmes alors qu'il n'y en avait que quatre avant.

Le bureau est constitué de...

Dans le bureau, il y a Jean-Paul Fournier (maire de Nîmes), Max Roustan (maire d'Alès) et Patrick Malavieille (maire de La Grand'Combe) en tant que vice-présidents. Le secrétaire général, c'est Christophe Serre (maire de Saint-Paulet-de-Caisson), les secrétaires généraux adjoints, Frédéric Gras (maire de Saint-Césaire-de-Gauzignan et Joël Roudil (maire de Carnas). Comme trésorier et trésorier adjoint, il y a Brigitte Vandemeulebroucke (maire de Carsan) et Bernadette Poher (maire de Lecques). [...] Sur les 351 communes du Gard, il doit n'y en avoir qu'une vingtaine qui n'adhère pas.

Il y avait d'autres candidatures à la présidence ?

Pas à ma connaissance. Il y avait une seule liste présentée. J'ai essayé d'avoir une approche consensuelle.

Expliquez-nous quel est le rôle de l'Association des maires du Gard ?

Elle est affiliée à l'Association des maires de France et des présidents d'intercommunalités. Elle a vocation à représenter la totalité des communes et des EPCI, quelles que soient leur taille, quelles que soit leur sensibilité, leur localisation... Je trouve que le débat rural/urbain est un petit peu stérile et je crois qu'on a tout à gagner à avoir une représentation unie. On est capable de porter des problématiques bien spécifiques tant aux communes rurales, qu'aux villes moyennes et celles de très grandes villes. On propose aussi de la formation grâce à notre agrément. La première va démarrer le 8 octobre dans le cadre de l'université des maires. C'est un nom un peu pompeux mais c'est un programme de formations destiné aux élus sur diverses thématiques : les finances, l'urbanisme, l'environnement, le maire-employeur, etc. Tout ce qui peut concerner au quotidien les maires et surtout les nouveaux élus. Quand on est élu pour la première fois, on est parfois un peu inquiet et isolé.

Vous parliez de problématiques diverses variant selon la taille des villes, mais qu'est-ce qui ressort le plus dans le Gard ?

Je ne sais pas s'il y a une spécificité du Gard. Je crois que, malgré la décentralisation, il y a depuis quelques années un sentiment de retour en arrière. Et c'est assez mal vécu. L'État français reste très centralisé. On est dans une verticalité qui n'est plus de cette époque. Je crois que le Gouvernement a beaucoup à gagner d'écouter, de concerter plus les communes... Il y a la loi 3D en préparation (décentralisation, différenciation et déconcentration, NDLR). On verra mais la loi NOTRe a augmenté ce sentiment de défiance envers l'État central. Pourtant, on a vu le rôle des élus locaux dans l'épidémie. Ça prouve bien la capacité de réaction, d'initiative du local. Donc faisons confiance au local. Le préfet du Gard, lors de l'assemblée générale samedi, est intervenu et a dit qu'il avait entendu cette volonté de dialogue. Il va mettre en place toutes les semaines une instance de concertation dans laquelle va rentrer l'Association des maires. On a besoin d'un État facilitateur et trop souvent on vit au quotidien un État qui contrôle, qui sanctionne mais qui ne nous aide pas beaucoup finalement. On a besoin d'être conseillé, d'être suivi quand on en a besoin. Ce n'est pas une tutelle qu'on veut mais un appui. [...] On dit que la commune est une petite République dans la grande, je trouve que c'est une belle définition.

C'est un sentiment qui s'est particulièrement accru pendant la crise sanitaire ?

On a vu que certaines villes étaient plus ou moins reconfinées. Quand le ministre appelle un maire ou un président d'intercommunalité une demi-heure avant l'annonce publique, on ne peut pas parler d'association, de concertation et de partage des décisions. C'est ce discours que je veux porter. C'est peut-être ambitieux, je ne suis pas naïf. Mais chaque fois que j'ai l'occasion de m'exprimer, je m'exprime et je crois que les maires sont dans le même état d'esprit que moi. L'idée, c'est d'écouter et de faire remonter toutes ces revendications à la fois aux services de l'État et à l'Association des maires au niveau national.

Avez-vous dans votre programme un autre axe fort ?

Samedi, j'ai donné quelques exemples, les maires sont encore parmi les institutions qui ont la plus grande crédibilité auprès des citoyens. Selon un sondage Ifop, on est à 65% de cote de confiance, sauf qu'il y a 10-15 ans, on était à 80%. Elle s'érode. On peut mener des actions d'information auprès de la population même si on est en prise directe. Le populisme ambiant met en doute un certain nombre de choses. Il faut lutter contre ça, expliquer aux gens... Regardez ces derniers mois et dernières années le nombre d'agressions verbales dont font objet les élus locaux. Il faut mettre un terme à ça. Alors oui, en renforçant les sanctions mais aussi expliquer notre rôle.

C'est vrai que dès qu'il y a un problème, c'est souvent vers le maire que l'on se tourne... même si ce n'est pas de sa compétence...

Ce qui a brouillé les cartes c'est l'intercommunalité, qui a de nombreuses compétences. Quand un administré soulève un problème lors d'une réunion de quartier, vous ne pouvez pas lui répondre : ça ne me concerne pas, c'est l'intercommunalité. Comment il fait le citoyen avec ce type de réponse ? Ce n'est pas possible. Il faut qu'on assume et qu'on porte un certain nombre de sujets au sein de l'intercommunalité.

Est-ce qu'il y a déjà des maires ou des présidents d'intercommunalité qui vont ont fait remonter des problématiques particulières ?

Une des principales inquiétudes des maires, c'est ce qui a trait au réseau de téléphonie et de fibre. On a pris un retard énorme sur les réseaux de fibre et parallèlement, les réseaux cuivre sont très mal entretenus. Les collectivités souffrent de ce qu'elles considèrent comme un abandon. Le département s'engage pour la fibre dans les plus grandes communes. Mais les usagers n'ont pas attendu la fibre, les gens ont besoin de débit maintenant.

Surtout maintenant que le télétravail a pris un nouvel essor !

Complètement. Comment voulez-vous faire du télétravail ou de l'enseignement à distance quand vous n'avez pas de fibre à domicile ? C'est un sujet qu'il faut porter car nous, les communes, on se retrouve au premier plan. Nous on se retrouve avec des citoyens qui ne vont pas pouvoir remplir leur feuille d'impôt, seront dans l'incapacité de suivre certaines démarches... Sur mon canton l'autre fois, la commune de Belvezet n'avait ni téléphonie ni eau potable. On se serait cru 50 ans en arrière, ça a duré pratiquement une semaine... Il y a aussi les problèmes de délinquance, de cambriolage. Il n'y a pas assez de moyens en gendarmes et policiers. C'est un ensemble de sujets majeurs et on va apporter notre pierre à l'édifice.

Propos recueillis par Marie Meunier

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