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LE 7H50 de Philippe Maheu, Dasen du Gard : « On a le devoir de protéger nos enfants contre l’ignorance »

Philippe Maheu est le Dasen du Gard depuis début juin 2020. (photo Objectif Gard)

Après deux semaines de vacances, les écoles, collèges et lycées du pays et du Gard vont faire leur rentrée scolaire. Une rentrée très particulière marquée par l'aggravation de la crise sanitaire et le reconfinement de la population, mais aussi par le contexte terroriste. Philippe Maheu, le Dasen (directeur académique des services de l’Éducation nationale) du Gard nous en dit plus sur le déroulement de cette journée de reprise.

Objectif Gard : Comment va se dérouler cette rentrée particulière ? 

Philippe Maheu : La journée commencera à 8h ou à 8h30. Le Conseil de défense a annulé la possible dérogation de différer la rentrée à 10h, en raison du contexte sanitaire et sécuritaire. On est au plus haut niveau de l'alerte attentat intrusion. Le Gouvernement ne souhaitait pas que l'on puisse laisser des enfants sans surveillance devant les établissements scolaires. Dans chaque établissement, la matinée pourra être consacrée en partie à engager un dialogue sur l'assassinat de Samuel Paty avec les élèves à partir de la classe de CE2. Avant, en maternelle jusqu'au CE1, les enfants sont trop petits pour qu'on puisse engager ce type d'échanges. [...] Tout le monde, à 11h, se retrouvera soit dans sa classe soit dans la cour, en veillant là aussi à ce qu'on respecte le cadre sanitaire, pour une minute de silence précédée de la lecture de la lettre aux instituteurs de Jean Jaurès. [...] Mais l'école n'a pas vocation à ne faire qu'une matinée à la thématique de la liberté, de la liberté d'expression, il y aura d'autres séquences dans les jours et les semaines qui viennent.

C'est important d'intégrer cet événement tragique dans le programme dès le CE2...

C'est déjà intégré dans le programme du premier et second degré à travers l'éducation civique. On travaille aussi le rapport à la presse, la capacité à prendre de l'information, à la lire avec un petit regard critique. En l'occurrence, on a vraiment la volonté de faire naître dans la tête de nos élèves cette idée qu'ils sont dans un pays où la liberté et la liberté d'expression sont partie prenante dans ce qui fait notre identité. Ça va au-delà des programmes les valeurs qui font notre République.

Le président de la République lors de son discours a dit : "Nos enfants ne sauraient être durablement privés d'éducation, de contact avec le système scolaire". Est-ce que dans le Gard, il y a beaucoup d'élèves qui sont passés sous les radars depuis le premier confinement ? Et est-ce qu'il était essentiel de rester en présentiel malgré la crise ? 

Effectivement, à la suite du déconfinement, tous les enfants ne sont pas revenus. Mais heureusement, ils sont très minoritaires. Par ailleurs, depuis le 1er septembre, on a eu l'augmentation assez importante du nombre de familles qui ont demandé à faire valoir le droit à l'instruction à domicile. Les chiffres ont été quasiment multipliés par 4 par rapport à ceux de l'an dernier. Au 16 octobre, nous comptions 750 enfants dont les familles ont fait la demande mais il faut le rapporter aux 147 000 élèves du département. Ça reste minoritaire. Le président de la République a demandé à ce qu'on maintienne le plus possible ouvertes les écoles, les collèges et les lycées car on a aussi le devoir de protéger nos enfants. Les protéger contre la circulation du virus mais surtout les protéger contre l'ignorance en quelque sorte. Il faut leur permettre de pouvoir retrouver la vie de groupe, la vie en société et leur permettre de continuer à accéder aux savoirs. C'est un objectif prioritaire pour notre pays.

Recommencer l'école en distanciel, ça paraissait inenvisageable ?

Pour tout vous dire, on aura sûrement des classes qui seront fermées. On aura sans doute à devoir réactiver l'école à distance. Mais on a quand même accumulé de l'expérience par rapport au mois de mars dernier. On a déjà toutes les ressources pédagogiques qui sont disponibles pour les enseignants qui peuvent l'activer dès lors qu'ils sont obligés de faire l'école à distance. Et puis, on a également anticipé sur un autre phénomène repéré aux mois de mars et avril derniers : on a veillé à ce que les enfants puissent être équipés correctement. Nous avons recensé le niveau d'équipements des établissements et des élèves pour qu'avec l'aide des collectivité, on puisse équiper les familles qui étaient en déficit de matériel. [...] On a déjà cette alerte qui nous fait penser qu'on sera sans doute amenés malheureusement à devoir fermer des classes dans les écoles et les établissements scolaires.

Combien de cas covid ont-ils été recensés dans les écoles et établissements du Gard ?

Depuis la rentrée, on en a eu très peu : 546 enseignants et personnels positifs au covid dans le Gard sur plus de 10 000 personnes. On est monté jusqu'à plus de 95 classes fermées qu'on a d'ailleurs rouvert en respectant le protocole sanitaire et la "septaine". Pour autant, on a acquis cette rapidité, cette réactivité à suivre tous ces cas, ces foyers d'infection en lien avec l'Agence régionale de santé et la Caisse d'assurance maladie et à déclencher la continuité pédagogique. On est dans une deuxième vague, certes plus forte, mais on a acquis de l'expérience depuis mars dernier.

Au niveau du protocole de la rentrée, il sera plus strict avec notamment le masque dès 6 ans. Quelles sont les autres mesures ?

On a travaillé avec les chefs d'établissement et les directeurs des écoles pour limiter le plus possible le brassage des élèves. Sur le principe, un même groupe d'élèves doit rester dans une même classe toute la journée et toute la semaine. D'où le fait que les enfants puissent se restaurer dans leur classe ou qu'on limite l'accès à la restauration en grands groupes, avec le passage à la cantine classe par classe. Il y a beaucoup de précautions prises par rapport à ça parce que l'expérience a montré que c'était plutôt dans les moments de restauration qu'on avait la possibilité d'avoir des foyers d'infection.

Et pour les parents d'élèves, dans quelles conditions peuvent-ils déposer et venir chercher leurs enfants ? De quelle attestation doivent-ils se munir ?

Tous peuvent télécharger l'attestation sur le site du Gouvernement ou sur l'application Tous Ensemble contre le covid. On a fait en sorte que les parents d'élèves puissent être informés des conditions de cette rentrée. L'inquiétude est évidemment présente mais il ne s'agit pas de la renforcer mais de donner le plus possible d'informations pour la dépasser.

Propos recueillis par Marie Meunier

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