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NÎMES Le jugement dernier pour le « Terminator » nîmois ?

Me Saphia Foughar et Me Amar Bouaou ont respectivement défendu Enzo et Imed. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Me Saphia Foughar et Me Amar Bouaou ont respectivement défendu Enzo et Imed. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Hier, le tribunal correctionnel de Nîmes a examiné un dossier de grande ampleur débuté en 2017 à la suite d’un règlement de compte et qui s’est soldé un an plus tard par une importante saisie de 300 kg de cannabis.

C’est l’aboutissement d’une longue enquête qui a atterri ce mardi 19 janvier entre les mains du juge Jean-Pierre Bandiera, dont le bureau était rempli de volumineux dossiers. Pendant une heure et demie, le président expose les faits qui commencent par un règlement de compte le 25 octobre 2017.

Ce soir-là, à la sortie d’un bar à chicha proche de la gare de Nîmes, un homme se fait tirer dessus à deux reprises. La victime, blessée à la jambe et qui aura 45 jours d’ITT, dit ne pas connaître l’auteur des coups de feu qui a pourtant agi à visage découvert. Un témoin, qui a relevé une partie de la plaque d’immatriculation du tireur, fait avancer l’enquête.

Celle-ci s’oriente vers un certain Imed, un homme de 35 ans connu de la justice pour des affaires de vols et de stupéfiants. Les policiers surveillent alors de très près celui qui fait figure de principal suspect et dont le comportement intrigue : il change de voiture comme de chemise et se tient le plus éloigné possible des téléphones portables.

300 kg de cannabis saisis !

Parmi ses fréquentations régulières, il y a Enzo, un célibataire de 41 ans qui vit d’une pension d’invalidité et de son activité de chauffeur-livreur. Mais la vraie passion de ce natif d’Alès, ce sont les voitures et les motos. Pendant cette année de surveillance, les forces de l’ordre l’ont vu avec une douzaine de véhicules dont il change souvent les plaques d’immatriculation…

Jean-Pierre, lui, jouerait plutôt le rôle de nourrice. Cet homme de 51 ans, farouche partisan de l’autosuffisance alimentaire, vit dans une vaste propriété un peu délabrée du côté de Cabrières. C’est chez lui que sont stockées les voitures et les armes et c'est là qu'Imed conditionnerait la drogue. Une perquisition à son domicile permet de découvrir plusieurs armes, dont des carabines, un fusil à pompe, un fusil de chasse, ainsi que des sachets de cannabis et de cocaïne.

Le quatrième et dernier accusé, Lotfi, est un père de famille âgé de 33 ans. Il est celui qui sera identifié en train de conduire une voiture contenant 150 kg de drogue pendant que son ami Imed en fait autant avec un autre véhicule contenant la même quantité de cannabis. Nous sommes alors le 4 septembre 2018. L’enquête a commencé depuis bientôt un an et les policiers s’apprêtent à interpeller la bande des quatre.

Cette nuit-là, les policiers le savent, un go-fast entre l’Espagne et la France est en cours. Vers 5h du matin, Lotfi et Imed, sous surveillance, récupèrent 10 valises de 30 kg de cannabis à Marguerittes et vont se réfugier, chacun au volant d’une voiture chargée de manière équitable, au domicile des parents du premier. Seulement, une fois là bas, ils repèrent les policiers et tentent de prendre la fuite. Imed se laisse interpeller sans résistance. Mais Lotfi s’enfuit en percutant les voitures des policiers avant d’abandonner la sienne et de détaler à pied. Il sera arrêté quelques mois plus tard. Au total, 300 kg de cannabis et plusieurs milliers d’euros sont saisis dans les voitures.

Terminator était « très lié » au disparu du Bois des Espeisses

Retour à l’audience. Le président Bandiera prévient d’emblée l’assemblée qu’Imed, actuellement en liberté suite à une erreur de procédure, ne se présentera pas devant le tribunal. Il s’est fendu d’un courrier : « Je n’ai pas eu la force de me présenter à l’audience de crainte de ne pas bénéficier d’une justice équitable ». Pourtant, toute l’instruction tourne autour de cet homme de 1,90m, dépeint comme « une terreur » et qui a pour doux surnom… « Terminator ».

En son absence, le président ne peut que lire ses déclarations. Dans celles-ci, Imed affirme ne pas être l’auteur du règlement de compte, mais dit connaître l’identité du tireur. Le juge indique aussi que ce dernier était « très lié » à l’homme récemment disparu au Bois des Espeisses et retrouvé mort dans une voiture brûlée à Bellegarde (relire ici).

Quant au trafic de drogue, Terminator a déclaré aux enquêteurs qu’il n’aurait qu’un « rôle secondaire », celui d’un « larbin ». Pour le procureur Stanislas Vallat, c’est bien le premier rôle que tiendrait le Schwarzenegger nîmois, raison pour laquelle il requiert contre le récidiviste entre 12 et 14 ans de prison.

Son avocat parisien, Me Amar Bouaou, n’en revient pas : « On a l’impression d’être devant la cour d’assises ». En plus des « réquisitions incohérentes », il regrette que le ministère public fonde une partie de son dossier sur une dénonciation anonyme. « Cette justice fait froid dans le dos et mon client a bien fait de vous fuir », assène-t-il avant de demander la relaxe pour le règlement de compte.

Lotfi, lui, est bien présent et « assume » les faits. Il reconnait avoir trempé dans ce trafic parce qu’il avait « besoin d’argent ». Il devait empocher 2 500€. Mais ce qui intéresse davantage le tribunal, c’est sa fuite et les risques qu’il a fait courir aux forces de l’ordre en leur fonçant dessus à bord d’une voiture.

Du côté des parties civiles, on en est convaincu, il savait que c’était des policiers. « Non, je ne le savais pas. J’ai eu peur que ce soit une bande rivale », se défend le trentenaire. Son conseil, Me Khadija Aoudia, enchaîne : « Nous n’avons aucun élément pour dire qu’il voulait violenter. On est sur une scène de panique et l’élément intentionnel fait défaut ». Elle demande la relaxe alors que le procureur venait de requérir de 7 à 8 ans de prison contre son client.

Plusieurs années de prison pour chacun des accusés

Après ces deux prévenus, Jean-Pierre, la nourrice, et Enzo, le passionné de voitures, passent presque au second plan. Me Alexandre Zwertvaegher révèle que Jean-Pierre vit « un calvaire », qu’il craint des représailles de la part d’Imed, et demande au tribunal « plus de justesse » que les 4-5 ans requis par le procureur. Quant à Saphia Foughar, qui défend Enzo, elle plaide la relaxe car il n’y aurait, selon elle, « pas de preuves mais que des suspicions ». Le procureur avait requis 6 ans de prison contre son client.

Après une heure et demie de délibéré, les quatre accusés ont tous écopé de peines de prison. Jean-Pierre, la nourrice, prend 2 ans, dont 9 mois avec sursis et l’interdiction de détenir une arme pendant 5 ans. Enzo, le seul qui comparaissait libre et qui est parti avant la fin de l’audience, a été condamné à 3 ans dont un an avec sursis, une amende 1 000€ et une interdiction de séjour dans le Gard pendant 5 ans. Lotfi, lui, repart avec 5 ans de prison dont un an avec sursis, l’interdiction de détenir une arme et de venir dans le Gard pendant 5 ans. Il devra verser aux policiers victimes plus de 7 000€ de préjudice moral. Enfin, Imed est relaxé pour le règlement de compte, mais écope de 8 ans de prison pour le reste, de 10 000€ d’amende et des interdictions de venir dans le Gard et de détenir une arme pendant 5 ans. Un mandat d’arrêt a été décerné à son encontre. Et contrairement à la phrase culte de son personnage, le célèbre « I’ll be back », le tribunal aimerait ne plus jamais revoir Terminator et ses acolytes. C’était, autrement dit, le jugement dernier.

Tony Duret

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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