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ALÈS Jérémy Marin-Cudraz, directeur du Pôle mécanique : « Avoir la vision la plus large… »

Jérémy Marin-Cudraz est aussi l'un des créateurs d'Alès'trem, épreuve d'enduro extrême. (Photo Corentin Migoule)

Atout majeur du bassin alésien, sans cesse brandi comme un totem par les élus locaux lorsqu'il s'agit d'évoquer l'attractivité du territoire, le Pôle mécanique est bien loin de son aspect originel.

Voulu en 1995 par Max Roustan, maire d'Alès, et livré quatre ans plus tard, le site implanté à Saint-Martin-de-Valgalgues, désormais géré par l'Agglo, concentre sur 95 hectares l’ensemble des activités liées aux sports et à l’industrie mécanique. Depuis mars 2019, Jérémy Marin-Cudraz en est le directeur. Évolution, internationalisation, innovation, le trentenaire revient sur "la stratégie initiale" de ce formidable outil et livre quelques secrets pour l'année à venir.

Objectif Gard : Vous êtes directeur du Pôle depuis 2019 mais vous le connaissez en tant qu'employé depuis 2010. Quelles sont les évolutions marquantes ?

Jérémy Marin-Cudraz : Depuis dix ans, de grosses évolutions ont été faites en termes de rénovation. Il y a aussi eu une évolution de la cible clients. Le niveau d'activité n'était pas du tout le même il y a dix ou vingt-ans. Il y a désormais une orientation sur le développement des véhicules électriques, demain sur les véhicules hydrogènes. Il y a eu à la fois une évolution des infrastructures pour le bien-être des usagers, mais aussi une quête de développement. Entre le projet initial de 1995 voulu par Max Roustan, très centré sur le développement industriel, et aujourd'hui le fait est que l'activité s'est rapidement réorientée vers le loisir. Tout a bougé très vite dans le secteur automobile car on est passé d'une période où il y avait beaucoup de tests sur les pistes à une période où les tests se font essentiellement dans des laboratoires. Heureusement, l'arrivée de la technologie électrique a changé tout ça puisque les constructeurs ont besoin de se mettre en situation réelle. Je pense qu'il y a une bonne quinzaine d'années à exploiter avant que ça change.

Le Pôle mécanique s'est aussi complètement internationalisé...

Oui, c'est un process continu, ce n'est pas arrivé du jour au lendemain. C'est le fruit d'un travail de longue haleine mené par l'Agglo et toutes les personnes sur place. L'objectif premier du pôle c'est d'implanter des entreprises et pour cela il y a des projets avec notamment la zone de Tamaris qui est en cours de développement et qui va générer des retombées économiques importantes sur le territoire. Aujourd'hui, le Pôle mécanique est un outil qui génère beaucoup de flux sur Alès Agglomération. On est en discussion avec des entreprises en provenance d'autres territoires qui envisagent de s'y implanter, comme l'a fait récemment la team Wolf dans la zone de Sainte-Barbe à Saint-Martin-de-Valgalgues.

En janvier dernier, une équipe de tournage de la chaîne M6 est venue tourner une partie de l'émission Turbo sur le Pôle (lire ici). Quelques semaines plus tôt c'était TF1 pour Automoto. C'est une visibilité nouvelle ? 

Il y a toujours plus ou moins eu ce genre de partenariats. Mais aujourd'hui, ce qui est encore plus intéressant c'est que ce sont eux qui font le choix de venir chez nous. Avant, on allait les chercher. Alors je ne dis pas qu'on essaie pas d'aller les chercher... Mais le plus intéressant ce n'est pas que nous communiquions à notre sujet, c'est que d'autres le fassent pour nous. Ça participe à la fois à la notoriété du site et à celle de la ville d'Alès.

L'implication de la ville et celle de l'Agglo aujourd'hui a vraiment tout changé ?

Complètement. La stratégie initiale a été établie par Max Roustan, aujourd'hui Christophe Rivenq a pris le relais. Notre rôle à nous sur le terrain c'est de s'approprier cette stratégie et de la mener du mieux possible. On a beaucoup de chance car on a tous les outils à notre disposition. On est écoutés pour la totalité de nos projets et on peut en mener la quasi-totalité, même si parfois la réalité économique nous rattrape.

Parmi les projets, il y a cette piste rallye-raid livrée l'an dernier en un temps record...

La piste rallye-raid c'est l'exemple parfait ! On avait Romain Dumas qui était en train de construire un véhicule pour le Dakar et qui avait des besoins pour aller plus vite dans le développement de son véhicule. C'était intéressant pour lui d'avoir un type de terrain particulier avec certaines difficultés. La piste a été prête avant que le véhicule ne soit en état de rouler. On a une grande réactivité et une grande adaptabilité. La politique sur tous nos projets c'est la modularité. On ne veut pas se verrouiller sur une technologie ou sur un type d'activité. On essaie d'avoir la vision la plus large pour disposer d'un outil le plus polyvalent possible.

"La venue de son altesse sérénissime le prince Albert"

 

Romain Dumas est un étendard de ce Pôle mécanique depuis de longues années. Le jeune Loris Cabirou (lire ici), pur produit cévenol, peut-il en devenir un ?

Je ne veux pas lui mettre la pression. C'est un peu tôt mais je pense qu'il a un certain potentiel. La compétition est impitoyable. Il est encore jeune mais ça serait intéressant d'avoir un jeune pilote circuit performant puisqu'en rallye on a déjà Yohan et Léo Rossel qui sont sur le devant de la scène. Loris pourrait participer à des futurs programmes de développement auprès de constructeurs comme ça a été le cas pour Romain (Dumas) et Stéphane (Sarrazin). Que le Pôle soit identifié à travers des pilotes de développement particulièrement efficaces c'est extrêmement important pour notre relation avec les constructeurs.

Vous évoquiez la polyvalence du Pôle. L'expérimentation menée par le groupe Capelle en novembre dernier en est un exemple...(lire ici)

Exactement ! Il y a souvent une barrière avec le Pôle mécanique. Les gens pensent que c'est un lieu clos, inaccessible. C'est faux, même si en ce moment c'est vrai à cause du coronavirus qui nous oblige à fermer l'accès au public. Mais en temps normal, dans 99% des cas, l'accès est facile et gratuit, sans restrictions particulières à l'exception de deux ou trois événements dans l'année. On a une vraie volonté de laisser ce site ouvert et ça vaut pour le public comme pour les entreprises. C'est l'axe qu'on veut développer avec l'arrivée du nouveau bâtiment.

Justement, quand sera-t-il opérationnel et que va-t-il accueillir ?

Les travaux vont commencer la semaine prochaine. C'est un bâtiment qui sera destiné en partie aux événements d'entreprises. Sur 600 m², deux étages, dont un qui accueillera un centre de développement dédié aux ingénieurs. Il devrait être terminé à la fin de l'année.

Donc le Pôle mécanique n'a pas encore atteint son plein potentiel ?

Bien sûr que non. Une structure qui dit qu'elle a atteint son plein potentiel est une structure morte. Le jour où il n'y aura plus de perspectives d'évolution je vais m'en aller car je ne servirai plus à rien (rires). Aujourd'hui, la société évolue tellement vite que le métier change quasiment tous les ans. C'est ça qui est stimulant et c'est pour ça que la modularité est importante.

Des travaux sont également en cours sur le circuit vitesse. De quoi s'agit-il ?

On vient de recevoir un dispositif de chronométrage complet avec trois secteurs et ce qu'on appelle "l'attaque mode". Vulgairement, ça permet de faire sortir les pilotes de leur trajectoire pour aller valider une zone via trois points de passage dans l'optique de bénéficier d'un surplus de puissance pendant une quinzaine de secondes. Un peu à l'image du DRS en Formule 1 sauf que ce n'est pas un dispositif mécanique, c'est une communication entre le circuit et le véhicule. On travaille aussi sur l'éclairage du circuit pour pouvoir permettre la réalisation de tests nocturnes. Les écuries ont droit à un nombre de jours limités de tests, 13 par an pour les constructeurs, notamment. Ce qui signifie qu'ils doivent optimiser ces jours-là, donc l'éclairage leur permettra de gagner un temps de travail précieux.

À condition que la pandémie le permette, quels sont les principaux événements que le Pôle va accueillir en 2021 ?

Dans les nouveautés, en avril il y aura l'Eco Mobility Tour qui a vocation à faire découvrir des véhicules "propres". Les rencontres internationales des véhicules écologiques (RIVE), qui ont lieu tous les deux ans, se dérouleront en juillet avec la venue annoncée de son altesse sérénissime le prince Albert II de Monaco. Et le championnat de France de Superbike (motos) qu'on a récupéré cette année et qu'on espère garder. Puis nos événements traditionnels tels que l'ouverture de la saison de la Coupe Caterham et le 25 Power, exclusivement dédié aux jeunes pilotes.

Propos recueillis par Corentin Migoule

 

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