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FAIT DU SOIR 500 nichoirs à mésanges et abris à chauves-souris posés dans le vignoble

Ces équipements ont pour but de favoriser la biodiversité, d'éviter les traitements sur les vignes et d'augmenter la qualité du vin.

500 nichoirs à mésanges et abris à chauves-souris vont être posés pendant le mois de mars dans les terres des vignerons coopérateurs de la Maison Sinnae. La semaine dernière, Brice Le Maire, gérant de la société Agri Nichoirs, a procédé à l'installation sur les parcelles de Richard Evesque, vigneron à Saint-Paul-les-Fonts. (Marie Meunier / Objectif Gard)
En ce début d’année 2021, la Maison Sinnae, premier producteur en termes de volumes en Côtes-du-Rhône, multiplie les actions en faveur d’une viticulture plus durable. Pendant le mois de mars, 500 nichoirs à mésanges et abris à chauves-souris vont être installés dans les terres des vignerons coopérateurs. Le but : s’engager encore plus en faveur de la biodiversité, limiter les traitements sur les vignes et ainsi améliorer la qualité du vin.
Richard Evesque, vigneron installé à Saint-Paul-les-Fonts depuis 2003 et président de la commission "jeune" à la Maison Sinnae, a décidé de s’engager davantage vers des méthodes viticoles alternatives. Huit nichoirs à mésanges et autant d’abris à chauve-souris ont été installés aux abords de quelques-unes de ses parcelles par la société drômoise Agri Nichoirs.
Parcelles qui sont touchées par la présence de vers de la grappe. « La cochylis va pondre des œufs sur la grappe de raisin. Ces œufs là vont éclore et quand ces bébés sont là, ils vont se nourrir du raisin et faire des trous. Cela va favoriser la pourriture », explique Richard Evesque. Pour endiguer le phénomène, les vignerons sont obligés de traiter leurs vignes. « Quand les années sont humides, on peut perdre beaucoup en production. Et ça se retrouve aussi qualitativement sur le vin », ajoute le vigneron.

"La mésange peut faire jusqu’à 900 allers-retours chaque jour de son nichoir pour se nourrir"

Bien que Richard Evesque privilégie un traitement phytosanitaire raisonné sur ses terres quand le seuil de vers de la grappe est dépassé, il préférerait l’éviter. Alors, comme d’autres vignerons de Maison Sinnae, il a décidé de prendre le problème au commencement et de trouver une solution écologique.
Il faut savoir que les mésanges et les chauves-souris sont des espèces considérées « comme auxiliaires vis-à-vis des insectes ravageurs ». C’est-à-dire qu’elles se nourrissent des papillons, qui par conséquent, pourront moins se reproduire et ainsi moins dégrader la vigne. En permettant la nichée de ces deux espèces, on recrée un écosystème naturel qui prévient de l’apparition de maladies sur la vigne.
« On estime que la chauve-souris pipistrelle peut manger plusieurs milliers d’insectes en une nuit. Ça va jusqu’à 3 000 quand elle a ses petits. Et la mésange peut faire jusqu’à 900 allers-retours chaque jour de son nichoir pour se nourrir. Quand on atteint le plein pic de nichée, cela fait un aller-retour toutes les 30 secondes », atteste Brice Le Maire, gérant d’Agri Nichoirs.

Lors du pic de la nichée, la mésange fait des allers-retours toutes les trente secondes de son nichoir pour chercher de quoi se nourrir. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Mais pour que oiseaux et chiroptères fassent leur travail de régulation, il faut leur offrir un habitat à proximité des vignes. D’où l’installation de nichoirs et d’abris dans des arbres ou des haies. Chacun est géolocalisé au moment de la pose pour qu’un peu plus tard dans l’année, Brice Le Maire mesure le taux d’occupation. « C’est une démarche qui s’inscrit dans le temps, on se donne trois ans. On est dépendant du passif écologique, rien n’est garanti à 100% », tempère-t-il. Mais la méthode a déjà convaincu nombre d’arboriculteurs et vignerons puisque depuis le lancement d’Agri Nichoirs en 2016-2017, ce sont 6 000 nichoirs qui ont été installés sur toute la vallée du Rhône.

Des métodes pour limiter les traitements de la vigne

D’ici la fin du mois, les 500 nichoirs et abris devraient être posés dans les vignobles de la Maison Sinnae. Un nombre assez conséquent pour mesurer véritablement l’impact de cette action expérimentale. Et on est loin d’une opération isolée. L’engagement environnemental fait partie de l’ADN des 170 vignerons de la Maison Sinnae qui cultivent sur 2 650 hectares. L’entreprise est labellisée "engagée RSE" au niveau exemplaire, et en 2020, 72% de ses vignerons étaient certifiés HVE (Haute valeur environnementale). Cette année, ce pourcentage devrait atteindre les 90 %.

Les nichoirs et abris ont été fixés dans la haie bordant les vignes. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Depuis le début de l’année, trois autres actions en faveur d’une viticulture plus durable ont été engagées par la Maison Sinnae. Elle s’est dotée de 11 stations météorologiques ultraprécises et localisées couvrant l’intégralité du vignoble. Grâce aux données recueillies (pluviométrie, vitesse et direction du vent, températures, hygrométrie et risques de gel), les vignerons peuvent intervenir sur leurs vignes au moment opportun. Par exemple, éviter de traiter quelques heures avant la pluie qui va favoriser l’infiltration dans la terre et obliger à refaire la pulvérisation.
La Maison Sinnae lance aussi un projet pilote de confusion sexuelle toujours pour lutter contre le ver de la grappe. Des diffuseurs de phéromones de synthèse vont être déposés sur plusieurs parcelles. Il s’agit normalement d’une hormone que les femelles libèrent pour attirer les mâles au moment de la reproduction. Ces diffuseurs vont désorienter les mâles qui ne vont plus parvenir à localiser les femelles et donc à s’accoupler.
Deux salariées de la Maison Sinnae ont également été formées par le Museum national d’Histoire naturelle pour devenir animatrices OAB (Observatoire agricole de la biodiversité) et une dizaine de vignerons ont été sensibilisés aux différents protocoles d’observation par la Chambre d’agriculture du Gard. Tout cet investissement marque des actes forts émanant de l’esprit de vignerons convaincus de leur modèle économique et de ce qu’ils laisseront aux générations futures.

Marie Meunier

Plus de renseignements sur la Maison Sinnae au 04 66 90 50 93. Rendez-vous sur les deux sites route d'Orsan, à Chusclan, ou avenue du Général-De-Gaulle, à Laudun-l'Ardoise.

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