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FAIT DU JOUR Au Grau-du-Roi : des pontons illégaux bientôt détruits, les « squatteurs » délogés

Une douzaine d'occupants vivent dans des conditions précaires. (Photo Boris Boutet)
Thierry (à gauche) et Olivier vivent sur le ponton. (photo Boris Boutet)

Lors du dernier conseil municipal, les élus graulens ont voté à l'unanimité la destruction prochaine des pontons dits "Vidourle", situés à deux pas de la base nautique intercommunale. Problème, une douzaine d'occupants y ont amarré leurs bateaux dans lesquels ils vivent toute l'année, certains dans la plus grande précarité. Ils ont jusqu'au 1er juin pour quitter les lieux. 

L'histoire remonte au tout début des années 2000. Étienne Mourrut, maire du Grau-du-Roi à l'époque et aujourd'hui décédé, décide de créer des pontons pour pallier le manque de places dans les ports de la commune. Mais comme nous le confirme Léopold Rosso, son ancien premier adjoint, les lieux sont de la domanialité de l'État. En d'autres termes, en les faisant construire, Étienne Mourrut n'était pas dans la légalité. "On parle là d'une autre époque", nuance le maire actuel, Robert Crauste.

Une période où les procédures et les contrôles administratifs étaient moins rigoureux qu'aujourd'hui. Alors, peu à après son arrivée au pouvoir, Robert Crauste décide de suspendre les locations sur ces pontons. "On était mal à l'aise avec l'idée d'exercer une activité commerciale sur un site illégal", indique-t-il.

Amarré à l'un de ces pontons, Amine a organisé sa vie dans son modeste bateau. (Photo Boris Boutet)

Depuis, se succèdent sur place marginaux et personnes en attente d'une place dans un vrai port. Si certains ne sont que de passage, d'autres s'y sont installés depuis plusieurs années. "Je suis arrivé ici en 2013, témoigne Philippe, 59 ans. Je suis malade du cœur et des poumons et l'iode me soulage. Je ne suis bien qu'au contact de l'eau." 

Sans sanitaire à disposition, ce quinquagénaire vit dans son petit voilier de 9 m² au milieu des navires abandonnés et autres épaves coulées par la neige. À quelques pas de lui, Amine, 39 ans a voulu fuir Nîmes où il avait de mauvaises fréquentations. "Je vis ici depuis quatre ans, explique-t-il. Je fais les saisons au Grau-du-Roi. Ici, on est bien, on vit en plein air."

Sur place pourtant, les forces de l'ordre sont souvent sollicitées pour interrompre les trafics de stupéfiants ou intervenir quand des bagarres éclatent sur fond d'alcool. "On a parfois quelques différends entre nous à cause de la bière de trop, tempère Amine. Mais le lendemain, tout est oublié. On est solidaires et on forme une vraie communauté." 

Au fond de l'eau, des épaves coulées sous le poids de la neige lors d'un hiver rigoureux. (Photo Boris Boutet)

Une communauté qui devra bientôt vivre loin du Vidourle. Au 1er juin, les pontons flottants seront détruits par les services municipaux. En séance, les élus évoquaient les risques causés par ces derniers "de nature à créer des embâcles au niveau du pont tournant" en cas de crue du Vidourle. Mais surtout, c'est la sécurité des occupants qui inquiète l'adjointe aux Affaires sociales, Françoise Lautrec. "La plupart de leurs bateaux ne sont pas aux normes et présentent des risques importants, indique-t-elle. La salubrité de leur lieu de vie pose aussi question."

Avec le Centre communal d'action sociale (CCAS) du Grau-du-Roi, cette dernière est allée à la rencontre de ceux que l'on peut qualifier de squatteurs. "On a recensé 14 personnes âgées entre 25 et 60 ans. On leur a expliqué dès novembre dernier que les pontons allaient disparaître et que nous pouvions les aider à trouver un nouvel hébergement, poursuit Françoise Lautrec. Ce sont des personnes qui ont eu des vies cabossées et qui sont très éloignées de l'emploi. Certains ont accepté de partir dans des centres d'hébergements collectifs. D'autres cherchent un appontement légal pour continuer à vivre dans leur bateau." 

Dans les ports, les interminables listes d'attente

C'est le cas de Thierry qui se présente comme étant un commerçant graulen. "Je propose des balades sur mon bateau en mer et sur le Vidourle, précise-t-il. J'ai débarqué ici en urgence en juillet dernier et j'ai tout fait pour me mettre en règle. Dès qu'on me trouve une place ailleurs, je pars." 

Installé sur place depuis trois ans, Olivier, lui, est résigné. "Je rêvais de vivre sur un navire, mais c'est trop de contraintes, raconte ce sellier au chômage. Je suis Drômois et j'avais envie de grands espaces. En la matière, la mer est ce qu'il y a de mieux. Mais il faut plusieurs années d'attente avant de pouvoir obtenir une place dans un port. Même à Beaucaire, qui est pourtant loin de la mer, il y en a pour trois ans. Je crois que je vais vendre mon bateau et retourner sur la terre ferme. Je ne me vois pas dans un centre d'hébergement collectif. Je me trouverai quelque chose par mes propres moyens." 

Car plus de 20 ans après la création de ces pontons, le problème de fond n'est pas réglé. "Les listes d'attente pour les bateaux sont très importantes, reconnaît le maire du Grau-du-Roi. Aujourd'hui, dans notre commune, on ne peut pas prévoir d'agrandissement des infrastructures portuaires en raison de la haute valeur environnementale de nos territoires classés et protégés. Malgré nos efforts d'optimisation, on est à saturation. Je sais que nos voisins de La Grande-Motte ont un projet d'extension de 400 places pour leur port. Cela permettra peut-être de répondre à certaines demandes."

Amine, à gauche, et Philippe refusent de quitter les lieux. (Photo Boris Boutet)

En attendant, Amine, Philippe et plusieurs autres occupants n'ont pas l'intention de partir. S'ils saluent l'excellente prise en charge du CCAS, ils ne sont pas satisfaits des solutions proposées. "Si c'est pour vivre dans une HLM, je préfère rester ici, tranche Amine. Ou alors, il faut qu'on nous trouve une solution convenable. Nous sommes prêts à payer un loyer si on nous propose des infrastructures correctes. Mais il faut qu'on nous respecte. Il n'y a que des gens bien ici. On va voir si on a des recours possibles pour rester aussi longtemps qu'on pourra. Sinon, je pense qu'on partira avec perte et fracas." 

Au 1er juin en tout cas, l'accès aux pontons sera coupé. "Des mesures de déchéance de propriété seront engagées concernant les bateaux restant sur place, prévient Robert Crauste. Ces derniers seront alors vendus aux enchères ou simplement détruits avant la suppression des pontons." Qu'on s'en réjouisse ou le regrette, une page va bien se tourner sur cette partie du Vidourle.

Boris Boutet

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