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FAIT DU SOIR Voyage dans le temps au mas des Tourelles : la culture du vin à l’époque gallo-romaine

Fabrice Bigot, 31 ans, archéologue, sur le site du mas des Tourelles à Beaucaire. (Photo : S.Ma)

C'est en 1980 qu'ont été effectuées les premières fouilles archéologiques au mas des Tourelles à Beaucaire. Elles se poursuivent depuis, chaque campagne révélant des secrets ancrés dans la terre depuis l'époque gallo-romaine. Mais il en reste encore, les archéologues, Quentin Desbonnets et Fabrice Bigot, en sont persuadés et continuent de "creuser" pour tous les percer.

Hervé Durand, vigneron et propriétaire du mas des Tourelles à Beaucaire, à l'initiative des Vendanges Romaines. (Photo : S.Ma)

"Une aventure est née à partir de cette villa romaine." Cette villa évoquée par Hervé Durand, 77 ans, a été découverte en 1905. Sept décennies plus tard, des fouilles sont engagées pour la première fois et permettent de comprendre qu'elle produisait il y a 2 000 ans du vin mais pas que, puisque les sondages ont également permis de dégager un premier four à amphores.

Ce sont finalement des ateliers de fabrication d’amphores qui ont été dépoussiérés au fil des campagnes de fouilles ainsi que des vestiges témoignant de la présence d’une activité importante de commerce des vins et huiles d’olive. Un patrimoine exceptionnel qui suscite la curiosité, notamment celle de la famille Durand, propriétaire des lieux, qui au-delà de la pierre, s'est intéressée en association avec le CNRS, à la culture de la vigne et du vin, pour essayer de retrouver les goûts des breuvages que l'on consommait à l'époque gallo-romaine.

Les vendanges romaines ont eu lieu ce dimanche 12 septembre au mas des Tourelles à Beaucaire. (Photo : S.Ma)

"À partir de là, il fallait avoir les outils qu'ils utilisaient. Donc nous avons reconstitué ce qu'on appelle une cella vinaria, une cave romaine, à partir du regard que les archéologues ont depuis qu'ils fouillent des villas romaines et des textes datant du Ier et du IIe siècles", précise Hervé Durand. Le résultat : une reconstitution d'une cave telle qu'elle fonctionnait il y a 2 000 ans avec son pressoir à levier dit de Caton, "la seule dans le monde", assure le septuagénaire.

Et comme le veut la tradition, chaque deuxième dimanche de septembre, le mas des Tourelles actionne ce pressoir pour produire sa cuvée Vinum Romanum. Un spectacle auquel le public participe, environ 250 personnes par an. Il découvre à la fois amusé et admiratif, les "esclaves" fouler les raisins à pieds nus, l'une des étapes de vinification des trois vins de la gamme réalisée à partir de recettes dénichées dans des textes antiques : Mulsum, Turriculae et Carenum. 10 000 bouteilles sont produites chaque année.

De nouvelles fouilles démarrées en 2019

Outre cette découverte et la dégustation des trois breuvages mais aussi des jus de raisins, le public a aussi pu se frayer un chemin dans le vignoble et le jardin romains. Ils mènent au site archéologique où des ateliers de fabrication d'amphores ont été découverts. Quentin Desbonnets et Fabrice Bigot, responsables d'opération en archéologie préventive chez Mosaïques archéologie, ont joué les guides le temps d'une après-midi.

Tous deux ont démarré une nouvelle campagne de fouilles en 2019, alors qu'ils préparaient leur thèse à l'université de Montpellier. "On reprend pièce par pièce ce qui a déjà été découvert pour interpréter leur fonction, celle des différents bâtiments, pour pouvoir donner des chronologies de construction, de démantèlement, de reconstruction. Ce qui est important pour nous, c'est aussi de connaître l'ampleur de l'activité de ces ateliers de poterie, de comprendre comment ils étaient organisés en interne, comment les rôles étaient répartis", intervient Quentin Desbonnets, 32 ans.

Fabrice Bigot, 31 ans, archéologue, sur le site du mas des Tourelles à Beaucaire. (Photo : S.Ma)

Ce site est situé sur un axe de communication important avec le Rhône non loin de là. Le fleuve permettait aux navires de remonter jusqu'en Gaulle du nord, là où étaient stationnées les légions romaines, grandes consommatrices de vin. Cet atelier n'est vraisemblablement pas le seul dans la basse vallée du Rhône, il y en aurait un tout les un à deux kilomètres. "Donc ce site n'est pas rare sauf que celui-ci pour la région, est le seul qui est fouillé de manière extensive", rajoute l'archéologue.

Depuis 2019, le duo aidé d'étudiants ont entre autres découvert des informations sur l'usage des combustibles pour la cuisson des amphores dans les fours et son évolution. "Cela nous renseigne sur la gestion des forêts localement, sur ce qu'il y avait autour, sur ce qu'ils pouvaient importer... Du coup, on avons axé nos recherches sur ces études paléo-environnementales avec l'anthracologie, la cardiologie également qui est l'étude des graines carbonisées". Des pépins de raisin ont été retrouvés et seront examinés cette année par une étudiante dans le cadre de sa thèse. "L'objectif est de connaître les cépages qui étaient utilisés à l'époque romaine", souligne le trentenaire. Voilà qui fait l'affaire du mas des Tourelles pour se rapprocher encore au plus près des recettes antiques.

Quentin Desbonnets, 32 ans, archéologue. (Photo : S.Ma)

Autre trouvaille et pas des moindres. Au fil de leurs recherches, Fabrice et Quentin ont découvert le nom du propriétaire du domaine à l'époque romaine. "Sur un lot d'amphores, nous avons trouvé une inscription qui nous permet de connaître le nom du personnage qui est Titus Tavius Marsalis. Il s'agit d'un citoyen romain originaire de Nîmes. Ce personnage faisait partie de la magistrature de la cité donc c'était quelqu'un de très important."

Les fouilles se poursuivront encore pendant au moins deux ans. Un quatrième four encore sous terre devrait faire l'objet de toutes les attentions entre autres découvertes à venir sur un site qui s'étend sur plus de trois hectares. Avis aux amateurs, le mas des Tourelles ouvrira ses portes à l'occasion des Journées européenne du patrimoine les 18 et 19 septembre prochains.

Stéphanie Marin 

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