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FAIT DU JOUR Pourquoi ces professionnels refusent-ils de se soumettre à l’obligation vaccinale ?

(Image d'illustration : Photo Anthony Maurin)

Pas de licenciement, mais une mise à pied. Telle est la sanction appliquée aux professionnels qui refusent de se soumettre à l'obligation vaccinale, et ce depuis ce mercredi 15 septembre. Malgré les conséquences, certains persistent et signent, fuyant comme la peste les centres de vaccination.

L’obligation vaccinale est entrée en vigueur pour les personnels des établissements de santé, des établissements médico-sociaux, des entreprises de transport sanitaire, les aides à domicile, les étudiants en santé, les sapeurs-pompiers... Pour tous ceux qui travaillent au contact de personnes fragiles, sauf contre-indication médicale reconnue.

Tout un calendrier a été mis en place par le Gouvernement pour sa mise en oeuvre. Depuis mercredi dernier, soit le 15 septembre, les professionnels ciblés peuvent exercer à condition de justifier de l'administration d'au moins une dose de vaccin et de présenter un test virologique négatif. La deuxième injection devra intervenir avant le 15 octobre. À défaut d'avoir été vaccinés dans les temps, ils peuvent/pourront être suspendus, sans salaire.

"Ce ne sont pas des anti-vax. [...] Mais ce vaccin-là, ils ont le droit d'avoir des doutes"

Le syndicat CGT s'oppose, non pas à la vaccination, "mais à la manière de faire" de la part du Gouvernement. "Il faut convaincre et non contraindre", reprennent en chœur Valérie Peytavin, secrétaire du syndicat du CHU de Nîmes, et Bruno Rivier, secrétaire départemental Santé. Et les mêmes de poursuivre : "Ce ne sont pas des anti-vax. Ils ont reçu d'autres vaccins. Mais ce vaccin-là, ils ont le droit d'avoir des doutes. La menace et la sanction ne sont pas des façons de faire. Et alors que les services sont déjà en sous-effectif, quelles conséquences cela aura-t-il sur la prise en charge des patients, sur les conditions de travail des personnels ?" Dans une interview pour Objectif Gard en date du 13 septembre, Nicolas Best, directeur général du CHU du Nîmes, déclarait que la part du personnel non-vacciné s'élevait à 6%. "Ce qui d'après nos calculs représente environ 400 agents. Ce ne semble pas énorme sur 7 000 salariés, mais même si cela ne concernait que 15 ou 20 personnes ce serait compliqué, dans un contexte où les recrutements sont difficiles et les heures supplémentaires très nombreuses", réagit Valérie Peytavin.

Au centre hospitalier d'Alès, 98,3% des agents concernés ont satisfait à leur obligation sanitaire ou engagé une première injection, a-t-on appris ce jeudi matin. Un taux qui selon la direction permet à l'établissement de garantir la continuité du service public hospitalier, avec l’ensemble de ses services et même de nouveaux services à la population comme le SSR (soin de suite et de réadaptation) cardiologique qui a ouvert ses portes à compter du 13 septembre.

À Bagnols-sur-Cèze, le taux est de près de 99%. "On a connu quelques cas particuliers lourds à gérer malgré toute la sensibilisation faite depuis deux, trois mois. Certains médecins de chez nous se sont portés volontaires pour sensibiliser les professionnels. Et cela a porté ses fruits. Nos cadres ont reçu individuellement les personnes les plus réticentes, qui avaient des craintes. Au final, on a moins de 10 agents qui ne sont pas vaccinés", indique Valérie Brunier, directrice adjointe du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze.

Et d'ajouter : "On s'est réorganisé pour continuer de tourner mais il n'y a pas d'impact important sur les services de l'hôpital. À l'Ehpad des Sept Sources, on a la même proportion de personnels vaccinés. C'est pourtant là où on avait le plus de réticence au départ mais on a réussi à mobiliser."

"Je suis même prêt à changer de voie professionnelle"

Des réticents, il en reste tout de même chez les professionnels soumis à l'obligation vaccinale. Greg, 46 ans, en fait partie, il travaille dans les cuisines du CH d'Alès. Toutefois, l'agent d'entretien qualifié ne conteste pas le fait qu'il ne puisse pas travailler à l'hôpital : "Je suis même prêt à changer de voie professionnelle mais cette mise à pied m'empêche de travailler ailleurs. J'avais trouvé un CDD d'un mois mais c'est prendre trop de risques. Je ne peux pas démissionner pour un si petit contrat", se désole-t-il.

Pour autant, il n'en démord pas et réaffirme un "non" définitif à l'obligation vaccinale contre la covid, ce qui entraîne une perte de salaire de 1 500 euros net par mois. "Je ne veux pas recevoir le vaccin par peur des représailles mais par peur de la maladie. Et pour le moment, je n'ai pas confiance en ces vaccins. Nous n'avons pas encore assez de recul", lâche-t-il.

Antoine (*) partage l'avis de Greg. Malgré tout, ce sapeur-pompier gardois a reçu sa première dose de vaccin. "Je regrette aujourd'hui. Je ne suis pas allé au bout de mes convictions. J'ai voulu écouter les autres", confie-t-il. Le jeune homme âgé de 22 ans regrette également qu'il n'y ait "pas eu une grosse cohésion de l'ensemble des personnels contre cette obligation vaccinale. Il fallait faire bloc."

Pour l'heure, Antoine est en sursis jusqu'au 15 octobre. En sursis car il l'a décidé, il ne recevra pas la deuxième dose du vaccin. "Je sais que pendant un certain moment, je vais faire une croix sur ma carrière de pompier professionnel, peut-être jusqu'à l'arrivée du vaccin Sanofi ou jusqu'à la Présidentielle. Qui sait en fonction de celui qui passera la situation pourrait évoluer ?"

Cela fait seulement un an et demi que le Gardois porte l'uniforme du soldat du feu et déjà il se dit donc prêt à arrêter. "C'est un métier vocation, un métier passion, mais quand on voit la reconnaissance qu'on a... Je ne veux pas qu'on me traite en héros, mais tout de même. Et je tiens à souligner le manque de soutien de la part de la hiérarchie qui, certes, fait appliquer la loi, mais qui ne fait pas remonter notre mécontentement." Antoine nous apprend que certains de ses collègues auraient même tout fait pour contracter le covid, "en ne respectant pas les gestes barrière, en allant dans des fêtes et buvant dans tous les verres, pour gagner quelques mois et auquel cas ils seraient obligés de se faire vacciner, ils ne recevront qu'une seule dose."

"Il y a un an, on applaudissait les infirmières tous les soirs à 20h et aujourd'hui on ne respecte même pas leurs propres idées"

Pierre (**) est également pompier mais volontaire. "Je ne peux plus avoir d'activité opérationnelle du fait que je ne suis pas vacciné et je ne veux pas l'être. Nous connaissons et recherchons depuis des années le principe actif du vaccin, mais nous ne savons pas quels excipients sont ajoutés dedans, ni leurs effets secondaires", précise le jeune homme âgé d'une vingtaine d'années.
Il souligne "l'absurdité en pleine crise sanitaire de pouvoir se passer de pompiers qui sont les premières personnes à aller chercher les victimes, chez elles, sur la voie publique ou dans des établissements recevant du public. De pouvoir se priver d'infirmiers et de médecins. Qu'est-ce qu'on va dire aux victimes dans l'attente de soins ? Il y a un an, on applaudissait les infirmiers tous les soirs à 20h et aujourd'hui on ne respecte même pas leurs propres idées et/ou convictions à propos du vaccin." Pierre dit ne pas se sentir concerné par le covid arguant que les gestes barrières suffisent à éviter sa contraction, ça a en tout cas marché pour lui.
Quelques personnels soignants ont réussi à se faire un arrêt maladie pour repousser l'échéance du vaccin tout en continuant à toucher leur salaire. C'est le cas de Matthieu (***), qui travaille dans le médico-social. Mais l'option n'est que temporaire : "Je vais devoir quand même commencer mon parcours vaccinal car je n'ai plus de solution. L'arrêt maladie va s'arrêter bientôt." Pas opposé au vaccination, il déplore seulement la manière dont elle a été imposée : "Je suis très en colère. J'ai pris conscience que je suis éjectable du jour au lendemain malgré un fort engagement au travail et auprès des jeunes."
Des contrôles sont opérés pour les professionnels concernés mais aussi chez les médecins pour éviter les possibles arrêts maladie de complaisance. "La Sécurité sociale a indiqué qu'elle renforcerait les contrôles car c'est illégal. Nous, on a donné des consignes appelant à la vigilance chez les médecins. Si des certificats de complaisance sont établis, il y aura possibilité de sanction disciplinaire. Mais ce sera sûrement marginal. Dans le Gard, on approche des 97% de médecins vaccinés. Il ne faut pas monter en épingle quelques cas", tempère Frédéric Jean, président du conseil départemental de l'Ordre des médecins du Gard.
Stéphanie Marin et Marie Meunier

*/**/*** Les prénoms ont été changés. 

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