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GARD Mort au péage : « En voulant retirer ma main le coup est malheureusement parti », affirme la gendarme

Le palais de justice de Nîmes. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard).

Un homme est mort au péage. Un conducteur qui avait multiplié les infractions routières et refusait de s'arrêter.

C'est une militaire émue, en pleurs par moment, qui a raconté la soirée tragique durant laquelle un homme a trouvé la mort. La gendarme, âgée de 53 ans, est jugée devant le tribunal correctionnel pour "homicide involontaire". 

L'action est filmée au péage de Gallargues, il ne manque que le son qui aurait pu permettre de mieux comprendre le déroulement précis de ces quelques secondes tragiques. Des images qui démontrent aussi et surtout les difficultés d'intervention des forces de l'ordre et qu'aucune interpellation n'est évidente.

Des images visionnées au tribunal correctionnel de Nîmes ce 21 septembre 2021. Plus de trois ans après la gendarme renvoyée devant la juridiction pénale n'en démord pas. " Si monsieur n'avait pas démarré son véhicule le drame ne serait pas arrivé", estime cette militaire expérimentée qui n'avait jamais fait usage de son arme lors d'interpellations en 29 ans de service. "L'action se passe très vite, j'étais persuadée qu'il s'arrêterait", poursuit la gendarme qui intervient arme à la main alors que le chauffard s'arrête au péage de Gallargues-le-Montueux pour prendre son ticket.

Le bras gauche touche la voiture du suspect, des sommations "halte gendarmerie", sont entendues. "Mon bras gauche est déporté et actionne le bras droit. Je suis déséquilibrée lorsqu'il redémarre et en voulant retirer ma main le coup est malheureusement parti", poursuit cette militaire en revivant ce moment qui a transformé sa vie et sa carrière.

Menace et outrage sur le parking de l'Espiguette

Retour sur les faits. Le 30 août 2018, un conducteur multiplie les délits routiers, cause un accident, s’enfuit. Il menace un salarié qui surveille le parking de l'Espiguette et outrage les fonctionnaires de la police municipale au Grau-du-Roi. Ces derniers sollicitent les gendarmes. L’alerte est donnée dans un contexte terroriste dans toutes les mémoires à ce moment-là. Mais rien ne pourra stopper dans sa course folle la Toyota blanche. Car, quelques minutes après la succession d’infractions routières, le drame va survenir au péage autoroutier de Gallargues, la détonation résonne à 19h26.

Un homme qui parviendra à rouler près de 500 mètres avant de s'effondrer au volant de sa voiture. il sera établi après l'autopsie qu'il avait bu et prenait des stupéfiants. Le tir a transpercé le bras, puis perforé le poumon puis le coeur.

" Je déplore qu'il n'y ait eu aucun mot pour les victimes, pour les parties civiles. Est ce qu'il était dangereux au moment des faits qui ne durent que quelques secondes? La réponse est non, c'est évident lorsque l'on revoit les images. Les gendarmes sont derrière la voiture. Il n'était pas menaçant au volant de son véhicule", souligne Maître Loubna Hassanaly, le conseil de celle qui était la petite amie de la victime. Cet homme n'était pas le démon souvent présenté. Il travaillait. Ce matin-là, il s'est réveillé très tôt pour aller ramasser les fruits dans les vergers, il était saisonnier", ajoute l'avocate nîmoise.

" Ce soir-là lorsque vous tirez alors qu'il n'y a aucun danger, il a une main sur le ticket de péage qu'il est en train de récupérer et une autre main sur le volant. Il n'y a pas de danger pour vous, pour les gendarmes ou pour les autres automobilistes. Vous avez une main à l'intérieur de l'habitacle et vous tirez", dénonce maître Philippe Expert. Il est mort parce que vous avez manqué de lucidité, estime maître Expert qui s'adresse à la gendarme. La loi est là pour nous protéger, protégez-nous", demande le pénaliste nîmois au tribunal correctionnel présidé par Jean Pierre Bandiera.

Le procureur Romain Domingues : "Rien ne va l'arrêter dans sa fuite"

"D'abord rien ne justifie de perdre la vie de cette manière. Elle sait que cet homme est en fuite, qu'il ne s'arrête pas et qu'il ne respecte pas les autorités, puisqu'il a pris la fuite au Grau-du-Roi. Les sommations sont lancées, l'arme est sortie. Il va poursuivre sa route et rien ne va l'arrêter dans sa fuite", estime le vice-procureur, Romain Domingues.

"On est dans le cadre d'une faute non intentionnelle. Il y a une faute d'imprudence commise par la gendarme, mais il faut tenir compte du stress, de la rapidité de l'intervention, du contexte", selon le représentant du parquet de Nîmes. Cela démontre les difficultés dans lesquelles les gendarmes et les policiers interviennent", souligne Romain Domingues. "Je vous demande de la déclarer coupable", complète le vice-procureur en réclamant 8 mois de prison avec sursis.

"C'est une femme droite. Elle a voulu devenir gendarme comme son père et il n'y a jamais eu de comportement violent, estime le conseil de la prévenue, maître Cyril Caron. Et j'affirme qu'elle a eu la volonté jusqu'au bout de raisonner cet homme, mais il était sous l'emprise de stupéfiants et d'alcool." Le pénaliste montpelliérain demande la relaxe de sa cliente. "Il faut se mettre à la place des forces de l'ordre qui font face de plus en plus face à des individus qui se moquent de la loi. 95% de gens se seraient arrêtés cette soirée-là, cet homme ne s'est pas arrêté alors que cette gendarme ordonnait de stopper son véhicule".

Le tribunal a décidé ce mardi à 18h30 de condamner la militaire à 1 an de prison avec sursis et à une interdiction de porter une arme pendant 5 ans. Le tribunal a décidé de ne pas inscrire cette sanction au bulletin numéro 2 du casier judiciaire.

Boris De la Cruz

Boris De la Cruz

Journaliste, je suis passionné par les faits divers, la justice et la politique. Je collabore à Objectif Gard et à des médias nationaux.

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