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AU PALAIS « Une femme qui entre dans un restaurant, armée d’une batte de base-ball, c’est surréaliste ! »

Le Palais de Justice de Nîmes (Photo Anthony Maurin).
Le Palais de Justice de Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Mazouri est condamnée à 4 mois de prison avec sursis par le tribunal judiciaire de Nîmes, mardi 10 mai, pour avoir harcelé son ex en l’appelant plus de 1 200 fois en moins de 20 jours, et avoir vandalisé son restaurant à coup de batte de base-ball.

« J’ai pété les plombs, admet d’emblée à la barre la femme de 38 ans en robe noire légère, poursuivie pour harcèlement, dégradation et transport d’arme blanche – dans sa BMW, les policiers trouveront aussi un « poing américain ». Si je devais revenir en arrière, je ne referais jamais ça. Je suis rentrée dans leur jeu mais je n’aurai pas dû car, au départ, c’est lui qui est venu chez moi avec son ex-femme pour me menacer de mort et me faire passer pour une dealeuse de drogue auprès de mes voisins. »

« Je me suis approchée parce que je suis myope »

Le président la regarde légèrement perplexe. « Oui, une rencontre qui faisait suite à un cambriolage chez lui pour lequel il vous accuse », rétorque Jean-Pierre Bandiera. La femme hoche la tête. « Sauf qu’il n’y a jamais eu de cambriolage. C’est lui qui a forcé sa propre serrure pour cacher sa double vie, peut-être, explique Mazouri. On s’est rencontré en boîte de nuit. Il m’a fait croire qu’il dirigeait plusieurs entreprises. Je suis tombée amoureuse et ça m’a conduit à faire des choses que je n’aurais pas dû faire. »

Chassée à coup de gaz lacrymogène après être entré, une première fois, armée d’une batte de base-ball, dans le restaurant de tacos de son Mehdi, Mazouri revient à la charge le soir, détruisant cette fois les vitrines du fast-food. Le véhicule du restaurateur est aussi retrouvé rayé. « Si je me suis approchée de sa voiture, c’est parce que je suis myope, mais ce n’est pas moi qui l’ai abîmée, jure la trentenaire. Ma seule conclusion est que c’est son ex-femme qui l’a fait. »

« C’est à cause de son chantage que j’ai avorté »

Après leur rupture, Mazouri a également inondé son ancien compagnon de milliers d’appels et de SMS – 1 235 appels entre juillet et août 2019 -, dont l’un d’eux comportant une photo d’un couteau… « Je venais d’apprendre que j’étais enceinte. Il m’a menacé d’appeler mon frère si je ne mettais pas fin à ma grossesse : c’est à cause de son chantage que j’ai avorté !, explique l’hôtesse de bar qui travaille en Suisse. Je n’en suis pas fière. Mais moi aussi j’ai pris dix kilos et des anti-dépresseurs depuis tout ça. Pour le poing américain, c’est mon petit-frère qui me l’avait prêté car je travaille dans le milieu de la nuit, pour me protéger. »

Le juge évoque les deux condamnations de la prévenue pour des violences sur ses deux enfants, dont la première datant de 2005. « C’est le père de ma fille qui a été condamné pour violences conjugales qui lui a fait du mal, mais les policiers m’ont dit d’avouer sinon je risquais la prison, assure le trentenaire. J’avais 19 ans, j’étais bête, alors j’ai dit oui pour pouvoir garder ma fille. » Quelques années plus tard, elle assène une grosse gifle à son fils qui vient de casser la vitre de sa voiture.

Le juge lui demande si elle a déjà vu un psychologue pour apprendre à gérer son sang-froid. Mazouri s’effondre. « Je sais que j’en aurais besoin car, à force de garder les choses pour moi, je finis par exploser, lâche-t-elle, prise de gros sanglots. Quand j’étais petite, ma mère était violente avec moi ! J’avais souvent des bleus, mais quand l’assistance sociale venait, il ne se passait rien… »

« Vous êtes policier ou restaurateur ? »

Chemise à pois et cheveux rasés, son ancien compagnon souffre depuis d’anxiété et de troubles de l’attention. « Elle n’a pas acceptée notre rupture. Au départ on jouait à un jeu qui a mal fini pour moi… », déclare-t-il à son tour, à la barre du tribunal. Le juge le relance. « Pourtant, un jour, c’est vous qui retournez chez elle… », répond Jean-Pierre Bandiera.

L’homme ne se décontenance pas. « J’y suis allé pour récupérer mes affaires, il n’y avait pas de doute qu’elle était à l’origine du cambriolage chez moi : elle m’avait envoyé une photo d’elle devant le garage à 2 heures du matin, alors que j’étais sorti », se justifie le gérant. « Vous êtes policier ou restaurateur ?, le tance Jean-Pierre Bandiera. Vous ne déposez pas plainte après le cambriolage, mais vous vous croyez autorisé à aller récupérer vos affaires qu’elle aurait eu la sottise de conserver chez elle ? »

La victime accuse un peu le coup. « Je ne l’ai pas menacée. Je n’avais jamais aucun problème avec qui que ce soit, et depuis que je la connais, je n’ai que des ennuis…, admet-il piteusement. Pour l’avortement, c’est elle qui m’a dit qu’il était trop tard, et que si je voulais qu’elle le fasse, elle devait aller en Suisse ou en Espagne et que ça coûtait 5 000 euros. »

Son avocate prend la parole. « Il y a de plus en plus de violences de la part de femmes. Après Metoo, on va peut-être finir par avoir le même mouvement chez les hommes ! Mais cette femme qui entre dans son restaurant, comme une furie, armée d’une batte de base-ball, c’est totalement surréaliste !, pointe Laurence Bourgeon. Le problème est qu’il est difficile de savoir ce qui est vrai dans ce qu’elle dit et quand son harcèlement prendra fin. »

« Pas un coup de folie »

La procureure requiert une peine de 4 mois d’emprisonnement contre Mazouri. « Après un premier épisode d’une violence inouïe en présence de clients, elle y retourne le soir-même, ce n’est donc pas un coup de folie, justifie-t-elle. En outre, elle conteste la dégradation de sa voiture, mais elle a pourtant accepté de le rembourser. »

L’avocat de Mazouri tente de renverser la vapeur. « Elle a tout reconnu : les SMS, les dégradations, mais il faut souligner que son comportement à lui, n’est pas très clair : il l’accuse d’un cambriolage, ils viennent à trois chez elle pour la dénigrer auprès de ses voisins. Il dégrade sa voiture à elle, mais ne la rembourse pas alors qu’il le lui avait promis, et mène une double-vie, puisqu’il continue à voir son ex-compagne !, charge Marc Roux. Il se dit traumatisé, mais n’a pas de suivi psychologique. Par contre, elle, elle est meurtrie, elle était enceinte et s’est sentie trahie. Elle y croyait, elle avait des sentiments à ce moment-là ! »

Pierre Havez

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