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AU PALAIS « On m’a tiré dessus, alors j’ai pété mon bracelet pour aller me cacher »

(Photo d'illustration : Anthony Maurin)
(Photo d’illustration : Anthony Maurin)

Mohamed, 32 ans, a été condamné à 5 ans de prison ferme, mardi dernier par le tribunal judiciaire de Nîmes. Le 7 décembre 2020, il avait tenté de kidnapper un habitant du Chemin-Bas afin de lui voler 30 kilos de drogue. Son complice présumé, Yanis, 21 ans, est relaxé.

Cette nuit-là, vers 0h30, alors qu’il se rend aux toilettes, le père de la victime entend puis aperçoit par le judas un trio cagoulé et armé d’un fusil mitrailleur, d’une batte de base-ball et d’un revolver en train d’attendre son fils dans la cage d’escalier. Il prévient aussitôt son fils qui rentre au quartier, au volant de sa Clio avant d’entendre un coup de feu en bas. La balle vient percuter l’enjoliveur de la Clio en train de faire demi-tour.

« Ça ressemble à un équipement de kidnapping, non ? »

Sur place, les enquêteurs trouvent une douille de 9 mm et, sur le rebord de la fenêtre, les empreintes de Mohamed. « Moi aussi, j’ai été kidnappé et séquestré, et j’allais souvent manger au snack d’à côté avant d’aller me cacher dans des cages d’escalier du quartier, explique le trentenaire. Je n’ai pas d’autres explications mais j’ai rien à voir dans cette histoire. »

Le président a du mal à croire ses explications. « Ou alors, c’est que vous étiez bien présent ? », insiste Jean-Michel Perez. Incarcéré avant les faits, Mohamed s’était évadé depuis octobre 2020. « On m’a tiré dessus, j’ai pris peur, alors j’ai pété mon bracelet pour aller me cacher », répète-t-il.

Lorsque le pistolet automatique sera retrouvé, un peu plus tard, le 23 décembre, dans une Audi Q2 abandonnée après une course-poursuite avec la police, on y trouve encore les empreintes de Mohamed. Dans le même sac : un pied de biche, une bombe lacrymo, un tonfa et du serflex. « Ça ressemble à un équipement de kidnapping, non ? », demande le juge.

Mais Mohamed continue à nier. « Avec cette arme on m’a donné un coup de crosse, l’ADN doit venir de là », prétend-il. Le président fait la moue. « Et sur le chargeur aussi ? » relance Jean-Michel Perez. « Au moment du coup, le chargeur est tombé, et mes kidnappeurs ont continué à me taper avec », maintient Mohammed.

« le Man », « Cid » et « Bourriquet »

Dans des enregistrements sonores apportés au commissariat, on entend pourtant le prévenu décrire précisément l’incident à deux autres hommes surnommés Cid et Bourriquet. Mohammed s’insurge : « Mais je ne les connais même pas. J’ai fait dix ans de prison, on s’est à peine croisé, proteste-t-il. Quant à moi, on ne m’appelle pas Momo, mais le Man », jure le trentenaire.

Son co-prévenu – alias « Cid » – renchérit. « On doit être au moins trois au Chemin-bas et un à Pissevin à avoir le même surnom », élude-t-il. Le président tente de comprendre son sens. « Qu’est-ce qu’il fait Cid dans l’Age de glace ? », veut-il savoir. « C’est le petit avec les yeux écartés », répond laconiquement Yanis.

Guerre des gangs

Le juge tente d’en savoir plus sur le rôle de Mohamed dans la guerre entre les gangs du Chemin-Bas et du Mas de Mingue, où la même arme sera utilisée à plusieurs reprises. « Et pourtant, en pleine guerre des gangs, vous étiez dehors, évadé ? », tente de comprendre Jean-Michel Perez. Mohamed s’impatiente : « Non je me cachais ! J’avais peur, vous comprenez ? Même en détention, j’ai eu des problèmes. Ça n’en finit plus, moi je veux partir loin d’ici, c’est fini Nîmes ! » Le prévenu s’énerve franchement : « En fait tout ce qui se passe à Nîmes, c’est de ma faute !, proteste-t-il. Vous me parlez de cinq ou six affaires différentes. On va manger pour tout ça alors qu’on n’a rien à voir ? »

Le procureur requiert deux ans ferme contre Yanis et Mohamed. « Nous avons même un enregistrement dans lequel ces deux-là expliquent tous les détails de ce plan de kidnapping visant à se procurer les 30 kilos de stupéfiants ! Reste à déterminer qui a tiré ? Il y a une incertitude car tous les deux étaient armés »

« On ne sait pas qui a tiré ! »

Mais les avocats des deux prévenus contestent l’identification de leurs clients. « Pourquoi ce père a-t-il immédiatement pensé que ces trois-là étaient là pour son fils ? Certainement pas car il s’agit d’un doux agneau !, pointe l’avocate de Yanis, Camille Alliez. Quant à ce fameux ‘Sidé’, dont on entend parler dans les écoutes, ce n’est pas mon client – lui c’est Cid -, mais c’est un autre que l’on surnomme aussi le Parigot »

Son confrère renchérit. « Je veux bien que le père fournisse des descriptions, mais enfin, il ne les connait pas et en plus ils portent des cagoules !, ajoute Cyril Caron. Dans tous les cas, mon client doit être relaxé car on ne sait pas qui a tiré, or la seule violence de ce dossier, c’est le tir ! »

Pierre Havez

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