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FAIT DU JOUR Grau-du-Roi : l’écoquartier de la discorde

Grau-du-Roi le projet eco-quartier l'ancien camping des Pins (Photo Yannick Pons)
Robert Crauste est bien décidé à défendre ce projet jusqu’au bout (Photo Yannick Pons)

L’ancien emplacement du camping des Pins, en friche depuis plus de vingt-cinq ans, est en passe de devenir un terrain constructible pour 460 logements, d’une surface d’environ 6,5 hectares au coeur du village. Des voix s’élèvent contre ce chantier qui s’inscrit dans le projet d’écoquartier Méditerranéen imaginé par l’urbaniste Joan Busquets et fermement soutenu par le maire du Grau-du-Roi, Robert Crauste.

Dans la droite ligne du projet urbain de Joan Busquets, l’architecte Pieter-Jan Versluys a imaginé un écoquartier entre tradition et modernité, qui s’inscrit dans une série d’autres travaux débutés cette année comme ceux de la place Revest ou de la plateforme multimodale autour de la gare. Des bâtiments de quatre étages maximum seront plantés dans une structure urbaine matricielle à l’instar du centre-ville, aérée par des aires piétonnes.

Grau-du-Roi écoquartier, projet global (Photo DR)

Accompagnée par l’EPF (établissement public foncier), la Ville a racheté ce terrain 9 millions d’euros afin de construire 460 habitations dont 120 logements sociaux gérés par le bailleur social Habitat du Gard. Les primo-accédants graulens pourront bénéficier d’un prix préférentiel de 2 800 € le mètre carré et le promoteur Pitch gèrera la vente des autres appartements.

Rajeunir la population, utopique ou réaliste ?

Le prix d’achat d’un logement est de 4 200 € le m2 en moyenne au Grau-du-Roi, d’où une fuite importante des familles et la menace d’une augmentation du vieillissement de la population qui conduirait à fermer des classes et à voir la ville dépérir, selon Robert Crauste. C’est le dernier terrain à bâtir au Grau-du-Roi – hors PPRI (Plan de prévention risque inondation) –, campé à proximité du centre-ville et de toutes les commodités. Le maire du Grau-du-Roi souhaite garder les jeunes dans sa ville. « Nous avons 400 demandes de logements sociaux en souffrance et les jeunes n’ont pas les moyens d’habiter ici à cause du prix de l’immobilier, alors ils quittent la ville. Et puis cela fait partie de l’histoire de notre ville, nous sommes dans l’équilibre entre la tradition de pêcheurs et la modernité. Si tous ces projets n’avaient pas été concrétisés, Port Camargue n’existerait pas et nous serions 2 000 habitants », explique Robert Crauste.

Charly Crespe, à la tête de l’opposition, n’est pas persuadé que ce projet est la bonne solution pour rajeunir la population. « On fait du court terme en construisant des logements à outrance. On n’évitera même pas les fermetures d’écoles. La livraison d’une partie du projet des Orchidées et la construction de logements récents n’ont pas empêché les fermetures de classes sur trois établissements publics. Qui va vouloir venir dans une ville qui affiche le taux le plus élevé de chômage du Gard ? Est-ce que c’est leur rendre service de venir ici s’il n’y a pas de travail ? », martèle-t-il.

« Finis la fraîcheur de l’été, la végétation, les oiseaux et les lapins »

Après deux consultations au cours desquelles quelques dizaines d’habitants s’étaient prononcés, l’enquête publique qui concernait la première partie de cet immense chantier, l’îlot test, a cette fois beaucoup plus mobilisé les Graulens. 200 personnes ont été interrogées par l’enquêteur, mais l’association Lou Fanal, portée par Nicole Garcia, a collecté quelque 600 pétitions dans le quartier le plus concerné. « L’enquêteur n’a pas tenu compte de nos pétitions sous prétexte qu’il y avait deux signatures douteuses dans le lot, et que l’enquête portait uniquement sur l’Ilôt test. Il va pousser onze immeubles sous nos fenêtres dont le plus haut mesure 18 mètres. Finis la fraîcheur l’été, la végétation, les oiseaux et les lapins », rage cette habitante de la rue de la liberté, en première ligne.

Charly Crespe dénonce « le sketch de l’enquête publique ». Pour lui, bétonner un espace naturel en plein centre est un non-sens qui va à l’encontre de la loi climat et résilience. « Nous considérons que cet endroit correspond à un ENAF (Espace naturel agricole ou forestier), que cette loi d’août 2021 cherche à protéger particulièrement », lance-t-il.

Selon Robert Crauste, le périmètre d’intervention relatif à ce projet comprend le village ancien de pêcheur de la rive gauche et une partie de la rive droite, de la gare jusqu’à l’hôtel de ville. L’urbaniste Juan Busquets a travaillé sur l’ensemble. « Il y aura des connections de partout à pied, avec le train, notamment au travers d’une grande esplanade qui va éclore au pôle d’échange multimodal de la gare. Un reverdissement est programmé, 40 arbres seront plantés place Revest pour commencer », promet le maire avant d’ajouter que trois immeubles ont été supprimés du projet et que ceux qui sont proches des maisons ont été rabaissés.

Le stationnement et la circulation en question

Pour ce qui concerne le stationnement dans le quartier, toujours selon Robert Crauste, 600 places de parking en sous-sols seront construites et une étude est en cours pour faire des parkings le long de la voie ferrée.

Les opposants Charly Crespe et Jean-Pierre Filhol estiment que ce projet va dégrader la qualité de vie de tous les habitants du Grau-du-Roi. Ils pointent du doigt le problème du stationnement et de circulation déjà prégnant en saison qui sera aggravé par la densité de ce programme. « 500 logements, c’est 1 000 voitures de plus dans un espace restreint dans lequel on ne peut déjà plus se garer », craint Nicole Garcia. Un argument qui étonne Robert Crauste : « Cette ville est capable d’accueillir 120 000 personnes et pas 1 000 de plus ? »

Près de l’ancien camping des Pins on se gare comme on peut (Photo Yannick Pons)

Si rien n’est fait, la circulation déjà compliquée pourrait en pâtir, assure l’association Lou Fanal. « On dessert Port Camargue, le casino, l’Espiguette, les promenades à chevaux… On est obligés de réfléchir et planifier à l’avance pour sortir notre voiture tellement il est impossible de circuler. La rue de la liberté c’est déjà une autoroute, alors là… », s’exaspèrent les époux Pierre, des habitants du quartier.

Une réunion publique est organisée ce jeudi

Le Groupe de réflexion pour l’avenir et l’unité (GRAU), un groupe d’élus d’opposition animé par Charly Crespe, organise une réunion publique ce jeudi 2 juin au carrefour 2000 de Port Camargue à 18H30, afin de sensibiliser la population. « Tout est fait trop vite alors qu’il existe d’autres solutions plus vertueuses. Il faudrait fixer la population auprès des commerces. Par exemple, nous pourrions ajouter un étage sur les immeubles du Boucanet ou convertir des résidences secondaires en résidences principales », propose Charly Crespe.

« Le prochain Plan local d’urbanisme (PLU) est censé contenir un espace pour un troisième cimetière et une aire d’accueil des gens du voyage. Nous sommes dubitatifs sur l’intérêt du troisième cimetière, mais nous dénonçons surtout le manque de réalisation de colombariums dans les deux cimetières de la ville alors même que c’est une demande forte de nos concitoyens pour laquelle nous avons été sollicités », ajoute-t-il. Pour l’élu, ce projet représente un enjeu fondamental des quinze prochaines années pour toute la commune alors que la population, assure-t-il, n’est ni informée, ni concertée. Au Grau-du-Roi, on le voit, il n’y a pas que la Méditerranée qui fait des vagues.

Yannick Pons

 

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