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NÎMES Cinq ans ferme pour un jeune « terroriste conjugal » de la Placette

(Photo d'illustration : Anthony Maurin/ObjectifGard)
(Photo d’illustration : Anthony Maurin/ObjectifGard)

Un Nîmois de 26 ans est condamné à cinq ans de prison ferme, en comparution immédiate, jeudi 23 mai 2022, pour des menaces de mort et des violences répétées sur son ex-compagne. Quatre jours plus tôt, devant l’école de la Placette, il l’avait rouée de coups de pied à la tête, au sol, sous les yeux de leurs enfants.

À la suite de cette violente altercation en pleine rue interrompue par des passants, le 19 juin 2022, devant l’école de la Placette, le jeune travailleur agricole est placé en garde-à-vue au commissariat. La mère de leurs deux jeunes enfants dénonce alors de multiples « insultes, rabaissements et violences » depuis leur séparation en 2021.

Des hauts et des bas

« Vous savez dans un couple il y a des hauts et des bas », tente d’expliquer crânement le prévenu, barbe épaisse et t-shirt blanc. Le juge est surpris de cette entrée en matière. « Oui, là on était dans un bas ! », rétorque le président Olivier Sabin, qui observe qu’un témoin a raconté avoir assisté à deux autres épisodes de menaces de mort pour la forcer à revenir. « Oui sa copine la toxico, bien sûr ! », élude William, en haussant les épaules.

L’un d’elle a été enregistrée. Sur les images filmées devant l’école, il assène deux gifles à son ex-compagne, et la frappe à coups de pied au sol, dans le ventre et à la tête, sous les yeux de leurs enfants, jusqu’à ce que des passants s’interposent et les séparent. « C’est la mère de vos enfants, elle reçoit des coups, tombe, mais vous continuez, c’est de l’acharnement ? », l’interroge durement le procureur de la République, Éric Maurel. Mais le prévenu minimise encore une fois la violente altercation. « Il n’y a pas eu cinquante coups de poing et de pied, on n’est pas à Marseille ici. Faut pas abuser ! », se défend le costaud, avec morgue.

Trafic de stupéfiant

Pendant tout l’interrogatoire, William continue à couper la parole, ou à répondre à côté, plein de morgue. Le président évoque ses précédentes condamnations, dès 2005 pour violences sur personne vulnérable, puis en 2006 pour des violences en réunion. « J’ai rien fait. C’était mon ex-belle-mère. Elle est tombée mais elle a dit que je l’avais poussée. Tout le monde a droit à un passé », lâche encore William, contre toute évidence.

Le juge lève encore les yeux. « Mais j’ai dû me tromper de dossier ! Qu’on parle des faits ou de votre casier, ce n’est jamais vous ! », s’étonne Olivier Sabin. Le prévenu a encore été condamné pour refus d’obtempérer, vol en réunion et a fait 3 ans et demi de prison, en 2015 pour trafic de stupéfiant. « Je suis pas un délinquant, je suis un père de famille ! », argue-t-il.

Mère-objet et terrorisme conjugal

« Je suis extrêmement inquiète de la tournure de l’audience. Il dit qu’elle est sa femme alors que leur séparation est actée, pointe l’avocate de la victime, Laurence Jacques-Ferri. C’est une mère-objet pour lui : ce ne sont pas les enfants qui l’intéressent mais bien elle ! Mais quand il la frappe, c’est à eux qu’il fait du mal. Aujourd’hui il doit sortir de leur vie. Il est dangereux. »

Face à cette attitude, le procureur de la République répond avec la plus grande sévérité. Il requiert 5 ans d’emprisonnement contre William. « Il y a quelques années, on parlait d’emprise mentale, mais les chercheurs évoquent aujourd’hui la notion de terrorisme conjugal. C’est cela : il instille chez sa victime une terreur quotidienne, il fait la police dans sa vie, se libérant de toute contrainte sociale pour s’en prendre à elle sur la place publique, poursuivant son harcèlement et son déchainement de violences jusque devant l’entrée d’une école !, analyse Éric Maurel. Cette femme est placée sous un régime de terreur et elle a raison d’avoir peur. Nous avons tous ressenti de l’effarement devant cette scène de femme frappée au sol, devant ses enfants. C’est de la barbarie ! Plus rien ne l’arrête, ni les témoins, ni les pleurs, ni les cris de son enfant, rien ! Il va nous la tuer ! »

Patricia Perrien trouve ces réquisitions particulièrement sévères. « Il n’y a pas que du mauvais chez lui. Il est toujours amoureux et souffre de cette séparation. Mais il verse spontanément 400 euros à la mère tous les mois », avance-t-elle. Son client est condamné à 5 ans de prison ferme, à 3 ans d’interdiction de séjour à Nîmes et au retrait de son autorité parentale.

Pierre Havez

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