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ALÈS Temps de travail des agents et contournement de Saint-Christol : ça ferraille à l’Agglo

Christophe Rivenq a été interpellé par les opposants au projet de rachat d'une ferme par la Légion. (Photo Corentin Migoule)
De gauche à droite, Max Roustan, maire d’Alès, Christophe Rivenq, président d’Alès Agglo, et Patrick Cathelineau, directeur général des services. (Photo Corentin Migoule)

Interpellé ce jeudi soir par un comité opposé au projet de contournement de Saint-Christol-lez-Alès en marge du conseil communautaire d’Alès Agglomération, Christophe Rivenq l’a aussi été par les opposants à l’achat d’une ferme par la Légion étrangère à Saint-Jean-du-Gard. Trois heures plus tard, 39 délibérations avaient été englouties par les élus communautaires qui se sont notamment prononcés sur le temps de travail des agents.

Il a l’habitude de dire que les élus sont « à portée de baffes ». Christophe Rivenq a trouvé l’occasion d’avoir raison ce jeudi soir. À l’initiative du conseiller communautaire d’opposition Paul Planque, une vingtaine d’opposants au projet de rachat d’une ferme par la Légion étrangère à Saint-Jean-du-Gard (relire ici) a interpellé le président de l’Agglo, en marge du conseil communautaire, sur le perron du bâtiment Atome. Empruntant une attitude perçue comme « agressive » à son égard, une militante a provoqué la colère de Christophe Rivenq qui a haussé le ton, avant d’esquisser un sourire au moment d’écouter une jeune femme se présentant comme une élue d’opposition à la mairie de Saint-Jean-du-Gard, par ailleurs membre du collectif « Vallées cévenoles démilitarisées » dont on devine la position.

Durant cette poignée de minutes qui lui a été octroyée, la « manifestante » a répété ce que les opposants revendiquent depuis plusieurs mois : « On nous a menti depuis le début sur ce projet ! Nous souhaitons que ces terres restent durablement agricoles et qu’elles ne deviennent pas un espace d’entraînement pour la Légion. » Le président d’Alès Agglo a alors rappelé le caractère « privé » de ce projet sur lequel il n’a pas la main, tout en rappelant sa position : « Je ne suis pas favorable à ce que les militaires puissent aller dans les chemins pour s’entraîner à tirer. Mais on m’a assuré qu’il n’en était absolument pas question. Je serai vigilant à ce sujet, mais aujourd’hui j’ai tendance à vouloir faire confiance à la parole de l’État. En revanche, je soutiens les militaires pour qu’ils en fassent un lieu de villégiature pour se réoxygéner. »

Les conseillers communautaires d’Alès Agglo ont été appelés à se prononcer sur le projet de contournement de Saint-Christol. (Photo Corentin Migoule)

Après quelques huées modérées, Christophe Rivenq a fait valoir les « vingt minutes de retard » sur l’horaire initial pour regagner la salle des Assemblées du bâtiment Atome où l’attendaient les élus communautaires. Le dernier nommé allait être clairvoyant en annonçant que certaines délibérations à l’ordre du jour s’avèreraient « un peu compliquées », générant des interventions de l’opposition. Celles-ci ont abondé lorsque le président de l’Agglo a introduit la question de la révision du temps de travail des agents de la collectivité, soumis à la loi dite des « 1 607 heures », laquelle supprime la possibilité pour les collectivités de maintenir un régime de temps de travail dérogatoire en vertu duquel les agents pouvaient travailler moins de 1 607 heures annuelles.

Pour l’instant, les communes refusant de se soumettre à la nouvelle réglementation ont obtenu un sursis, puisque le 1er juin dernier, le Conseil d’État a décidé de transmettre au Conseil constitutionnel la responsabilité de trancher. Ce dernier doit se prononcer dans un délai de trois mois. Mais l’Agglo a choisi de ne pas attendre cette date butoir pour s’y astreindre. « On a posé la question aux agents pour savoir s’ils préféraient qu’on passe aux 35 heures hebdomadaires avec 25 jours de congés par an, ou une conservation et harmonisation du nombre de jours de congés par le haut (36 jours de repos annuels pour les agents non-cadres dont neuf jours de RTT, Ndlr) avec 1h30 de travail supplémentaire par semaine. Les organisations syndicales ont demandé qu’on choisisse la deuxième version », a indiqué Christophe Rivenq. Ce à quoi Paul Planque a rétorqué : « Je connais des représentants syndicaux de la CGT qui ne sont pas de cet avis ! »

« Une énième attaque d’un gouvernement libéral »

Tenant compte de la « pénibilité » de certains métiers, le président de l’Agglo a aussi opté pour des dérogations en vue d’appliquer une différence de traitement entre les agents qui « travaillent dans un bureau et ceux qui ramassent des poubelles ou prennent en charge des enfants », afin que certaines catégories d’emplois bénéficient d’un temps de travail annuel inférieur à 1 607 heures. Prenons le cas précis des chauffeurs-ripeurs qui – puisque la délibération a été votée par l’immense majorité des élus – travailleront 1 431 heures par an, sans perte de jours de congés. Les agents-cadres, également soumis au passage aux 1 607 heures qu’ils ne réfutent pas, obtiennent pour leur part 40 jours de congés annuels. En résumé, « c’est un choix qui va dans le sens de l’amélioration du respect des fonctionnaires territoriaux », a estimé le président d’Alès Agglo.

Pas du goût du maire communiste de Cendras, Sylvain André, qui y a plutôt vu « une régression sociale sans précédent » pour les agents territoriaux, mentionnant qu’on « ne peut pas mettre au même niveau congés et RTT ». En toute logique, il a voté « contre » cette délibération qu’il appelait de ses vœux à être reportée après la décision du Conseil constitutionnel. Des propos partagés par Nordine Sekarna, élu à la mairie de Saint-Martin-de-Valgalgues, comme par le socialiste Arnaud Bord qui a perçu en cette loi « une énième attaque d’un gouvernement libéral envers celles et ceux qui, il y a encore peu de temps, étaient essentiels à la survie du pays ». Et celui qui est aussi conseiller municipal d’opposition à la ville d’Alès de poursuivre : « Arrêtons d’essayer de faire croire que donner à ceux qui n’ont rien en faisant baisser les droits de ceux qui ont un peu serait une avancée sociale. L’avancée sociale, c’est donner à ceux qui n’ont rien les avantages de ceux qui ont eu un peu. »

En retrait une bonne partie de la soirée derrière celui qui est son président à l’Agglo, le maire d’Alès, Max Roustan, est alors sorti du bois pour se fendre d’une intervention laconique : « Ça fait 30 ans que je suis à la mairie et je n’ai pas eu un seul jour de grève des agents, alors vos chamailleries vous allez les faire ailleurs ! » Quelques minutes plus tard, l’opposition allait trouver une nouvelle occasion de ferrailler via une délibération invitant à reconnaître le caractère « d’intérêt général » du projet de contournement par l’ouest de Saint-Christol-lez-Alès (relire ici), après la réception des conclusions de l’enquête publique.

« Un manque de respect envers les élus saint-christolens »

Une nouvelle fois, Paul Planque s’est opposé à ce projet vieux de 60 ans qu’il juge « périmé ». « C’est un projet daté dans le sens où il ignore la 2X2 voies de Nîmes, daté dans le sens où il méconnait la loi « climat et résilience » qui fixe un objectif de zéro artificialisation des terres », a développé l’élu communautaire. Et de suggérer : « Le projet actuel pourrait être repris dans l’objectif de réduire les surfaces imperméabilisées en aménageant et en utilisant les voies déjà existantes. » Une intervention à l’issue de laquelle Christophe Rivenq a relevé « beaucoup de bêtises », notant par exemple que, « si le projet a bien 60 ans, l’enquête publique n’a que six mois ». À ce titre, le commissaire enquêteur a signifié que « la conception du projet a été réalisée en parallèle d’études environnementales et hydrauliques » et que le trajet retenu constitue « la meilleure alternative ».

Avant même le début du conseil communautaire, une demi-douzaine de riverains opposés à cette déviation, parmi lesquels Pierrot Pantel, avait offert au président de l’Agglo un colis « piégé d’humour » contenant un bonnet tricoté à la main. « Comme Monsieur Rivenq pense que 42 degrés ce n’est pas assez et qu’il faut encore des routes pour réchauffer la planète, on lui a offert ce petit cadeau pour ne pas qu’il prenne froid », a justifié le coordinateur du collectif, gouailleur. À l’image de Paul Planque, huit élus communautaires ont voté contre la délibération relative au contournement de Saint-Christol-lez-Alès, malgré tout adoptée très largement. Le maire de la commune concernée, Jean-Charles-Bénézet, n’a tout de même pas apprécié : « Ces votes négatifs peuvent se traduire par un manque de respect envers les élus saint-christolens qui ont voté à l’unanimité pour ce projet, y compris ceux des deux groupes d’opposition. » Un projet qui entre dans une nouvelle phase tout aussi complexe : celle du financement.

Corentin Migoule

Un bonnet en plein été ? Christophe Rivenq, amusé, a ouvert son colis « piégé d’humour ». (Photo PP / DR)

 

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