Ce jeudi après-midi, était débattue et présentée, dans les locaux des services de l’Éducation nationale à Nîmes, la nouvelle carte scolaire du département. Une journée décisive chaque année pour l'avenir des classes dans l'ensemble du Gard. Un sujet régulièrement remis en question, qui provoque des ouvertures mais aussi des fermetures de nombreuses classes dans chaque commune. Un problème qui touche particulièrement l'école de la Montée de Silhol à Alès, où une classe est menacée, alors que le collège Florian d'Anduze réclame plus de moyens pour les accompagnements d'élèves.
À Alès, "des classes plus chargées et moins de temps individuel par élève"
L'occasion pour les parents, enfants et enseignants, venus de tout le Gard, de manifester devant les écoles. C'était le cas notamment devant l'école de la montée de Silhol, où ils se sont rassemblés devant les grilles dès 8h. Dans cet établissement, une fermeture de classe est annoncée à cause du départ à la retraite d'un enseignant qui ne sera pas remplacé. Cette fermeture porterait à 26 le nombre d'élèves par classe.
Sabrina Girault, présidente départementale de la FCPE et parent d’élève de l’école, détaille les conséquences redoutées : "Nous aurons une augmentation du nombre d’élèves par classe, avec des classes plus chargées. Cela provoquera forcément moins de temps individuel pour chaque élève, notamment pour ceux qui ont besoin d’un accompagnement particulier (cette école accueille un dispositif ULIS, ndlr). Les conditions d’apprentissage seront plus difficiles, pour les élèves comme pour les enseignants, et enfin, le risque de désorganisation pédagogique et la perte de confort de travail concerneront tout le monde."
Dans cet établissement, on passerait donc de dix à neuf classes, provoquant une hausse significative du nombre d'élèves en CE2 avec 32 élèves, tandis que la classe de CM2 passerait à 36 enfants. "Au-delà des chiffres, une fermeture de classe signifie moins de moyens pour l’école et un impact durable sur la qualité d’accueil et d’enseignement", détaille Sabrina Girault.
Sur place, l'adjoint au maire d'Alès, Christian Chambon, était présent pour afficher son soutien, tout comme Pierre Meurin, député de la 4ᵉ circonscription du Gard, venu soutenir les parents.
À Anduze, "ce n'est même pas le minimum syndical"
Au collège Florian d'Anduze, il ne fut question, non pas de fermeture de classes, mais de manque de moyens, notamment pour les accompagnants des élèves en situation de handicap : "Le système est en train de couler, il manque des AESH partout. Ce n’est pas une problématique locale, mais un dysfonctionnement national, avec un manque de budget et de considération", alerte Sandrine Auriel, du syndicat Sud Éducation. Le collège anduzien ne compte que six accompagnants pour 580 élèves, "dont une qui ne s’occupe que d’un seul élève, alors qu'une vingtaine ont des notifications MDPH", précise Sabrina Girault, aussi venue à Anduze et mère d'un enfant à besoins éducatifs particuliers : "Cela représente à peine trois heures d'accompagnement par semaine. Comment voulez-vous que les enfants poursuivent une scolarité correcte ainsi ? Quand l'AESH de mon fils n’est pas là, il ne peut pas travailler, parce qu'il n’a pas sa béquille. Ce n'est même pas le minimum syndical, ça ne répond pas aux besoins des enfants."
Les conditions se dégradent tant pour les élèves que les AESH : "Il n'y a pas de place en établissements médico-sociaux et donc il y a énormément de violence, elles font bouclier, je comprends qu'elles craquent. La direction académique a du mal à recruter alors que les besoins augmentent, signale Sabrina Girault. Et même s'ils arrivent à recruter, ça compense juste les arrêts maladie... Les conditions d'enseignement ne sont déjà pas optimales et ils veulent gonfler les effectifs par classe, en plus d’en fermer. Au bout d'un moment, mathématiquement, il va finir par y avoir un problème."
Des problèmes constatés par Thierry Bazalgette et Philippe Allié, respectivement maires des communes voisines Bagard et Boisset-et-Gaujac, et eux-mêmes professeurs, venus sur place en soutien. Et que vit au quotidien Sandrine Auriel, accompagnante à Boisset-et-Gaujac : "Quand on voit qu'il n'y a même pas de brigade de remplacement, pas de formation, dès le départ, c'est un canard boiteux". Cette dernière regrette de "perdre en plus de pertinence dans le travail et porter une certaine culpabilité". Alors à quoi se raccrocher ? "On sert à quelque chose et j'adore ce que je fais", rassure-t-elle. Mais à terme, ça ne suffira pas : "Dans ces conditions, ce n'est plus possible. Au moins on donne d'heures aux gamins, au plus on les perd..."