Publié il y a 48 min - Mise à jour le 25.05.2026 - Anthony Maurin - 5 min  - vu 83 fois

NÎMES EN FERIA Les toreros s’arriment mais les toros prennent le large

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)

Le plus lourd de la tarde de Pedraza de Yeltes... a dû être remplacé (Photo Anthony Maurin)

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez (oreille, silence et vuelta) et Clemente (silence, applaudissements et oreille).

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Clemente et Borja Jimenez saluent à l'issue du paseo (Photo Anthony Maurin)

Salvador Ruano faisait office de sobresaliente pour ce mano a mano de clôture de la feria de Nîmes. Une course toujours compliquée à organiser. Il faut trouver le bon sitio pour un cartel qui doit plaire et faire rester les aficionados. Simon Casas tente un gros coup.

La venue, pour leur première corrida intégrale à Nîmes, des toros de Pedraza de Yeltes. Du sang Domecq via El Pilar et des chiffres qui parlent pour eux. En 2025, six lots sont sortis du campo de Salamanque, 26 toros et six novillos lidiés pour huit belles oreilles coupées et trois vueltas posthumes. Des chiffres qui ne révèlent pas forcément les possibilités des exemplaires de ce fer dont le seul toro qui s’est présenté à Nîmes sorti du toril lors d’un solo de Juan Bautista.

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Le plus lourd de la tarde de Pedraza de Yeltes... a dû être remplacé (Photo Anthony Maurin)

Cinq toros de Pedreza et un sobrero de Jose Cruz pour une course assez molle, fade et sans trop d’intérêt taurin hormis la très belle présentation et quelques instants qui ont donné du relief à l’encerrona. Heureusement que les piétons se sont arrimés et ont tout fait pour mettre du rythme, de la justesse et du savoir-faire. Rien ne leur sera reproché.

Devant ces cornus qui représentent sans doute la corrida la mieux présentée de la feria, Borja Jimenez et Clemente. Le premier doit se racheter, le second doit continuer. Tous les deux se connaissent depuis longtemps et se sont présentés à Nîmes, de novilleros, en 2014, à Pentecôte pour Clemente, aux Vendanges pour Jimenez mais chacun a défilé avec Alvaro Lorenzo.

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Borja Jimenez (Photo Anthony Maurin)

Borja Jimenez n’est pas un habitué de Nîmes. Son unique et dernier paseo nîmois était déjà un immense pari. Raté. Enfin, pas raté mais ayant laissé le goût de l’amertume. Ce seul contre six Victorino Martin n’a pas été à la hauteur des attentes. Le natif d’Espartinas le sait mais il sait aussi qu’il a ce qu’il faut dans le ventre et dans la tête pour devenir un grand. Il est sur le chemin de cette carrière et Nîmes est un point de passage obligatoire. Il va brinder son toro à son compañero du jour, un joli geste qui démontre la saine entente de ce mano a mano qui commence plutôt bien avec un brave Pedraza, peut-être le plus intéressant du lot avec le cinquième. Borja Jimenez veut prendre sa revanche et il entre dans le vif du sujet immédiatement. Une belle réception au capote, quelques passes dans le dos avec la muleta, un toreo sérieux. Dans tous les terrains, le maestro est juste. Sous la chaleur écrasante, le combat est rude et son oreille est largement méritée !

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Borja Jimenez (Photo Anthony Maurin)

Avec son deuxième toro, Borja Jimenez Avecilla, apodéré par Julian Guerra, ne pourra pas faire grand-chose. Il devra rester spectateur impuissant face à cet exemplaire des plus fades qu’il a pourtant voulu rehausser par des séries de qualité mais sans option pour la suite des débats. La volonté était là, mais pour un beau duel, il faut être deux. Silence logique mais quel dommage…

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Borja Jimenez (Photo Anthony Maurin)

Onze années d’alternative font d’un torero un matador de toros qui connaît les difficultés d’un métier qui n’en est pas un. Être matador de toros, c’est suivre son rêve en en payant le lourd prix. Il ne lui reste plus qu’à se jeter dans la bataille et Borja Jimenez le fera sans aucune hésitation. C’est un torero, un vrai, indiscutablement. Il prend ses responsabilités, se met dans des terrains risqués et continue pour donner quelques notes vibrantes aux tendidos fatigués. Les courbes qu’il trace sont celles d’un maestro qui veut couper avec un toro qui est juste pour cela. Alors Borja Jimenez met les bouchées doubles et avance la jambe. S’il avait mis la première épée… Mais il faudra deux tentatives. Quelques mouchoirs blancs s’agitent, trop peu, le palco ne cède pas. Vuelta.

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Clemente (Photo Anthony Maurin)

Clemente, Clément Dubecq, est né en 1995 à Bordeaux. Peu évident de devenir matador de toros, surtout quand on passe, de novillero, par Nîmes et que la course se passe mal, très mal. Depuis il s’est racheté en mangeant son pain noir pour enfin savourer le pain blanc. Il n’aura pas le meilleur lot de la tarde mais, comme pour Jimenez, personne ne pourra lui reprocher un quelconque manque de quoi que ce soit. Clemente a fait l’effort, y compris devant ce remplaçant estampillé Jose Cruz qui n’avait rien à offrir à l’aficion et au torero. Le Jose Cruz est arrivé en piste après le remplacement du plus lourd (684 kg) d’une tarde qui pesait en moyenne 659kg… oui, 659kg.

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Clemente (Photo Anthony Maurin)

Deuxième duel pour le maestro qui a pris son alternative il y a dix ans à Zamora. À Nîmes depuis qu’il est matador de toros, le public a peu vu Clemente, seulement trois corridas à son actif à Nîmes mais sept oreilles coupées et deux belles Portes des Consuls ouvertes. Borja a eu le même nombre de toros que lui mais pas les mêmes statistiques. Après le silence, ce sont les applaudissements que Clément entendra. D’autres que lui, avec ce niveau sonore, seraient sortie saluer voire faire la vuelta. Mais revenons à ce quatrième toro pas inintéressant mais toujours à contretemps. Clemente parvient tout de même à le canaliser sur quelques séries gauchères d’un bel effet mais le toro ne tient pas et, malgré ses efforts, le piéton est obligé de passer à autre chose. Le triomphe s’échappe devant lui.

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Clemente (Photo Anthony Maurin)

Roman Perez est l’apoderado de Clemente. Leur relation est belle et la carrière du Français explose enfin. L’hiver dernier, il a justement averti les empresas que sa présence sur les affiches coûterait le juste prix, le prix qu’il estime celui de sa valeur. Un choix audacieux et juste pour un homme qui s’affirme avec panache, sans vulgarité mais avec puissance. Dernier toro de feria pour Clemente et voilà un toro qui a pu sauver les meubles du fer qu’il représente. L’aficion a dû être déçue mais ne jetons pas tout car nous avons tout de même pu voir de belles choses, notamment sur cet ultime combat que Clemente a su valoriser. Aussi bien à droite qu’à gauche, il embarque le toro là où il veut et démontre un certain pouvoir. Clemente saura faire voir son toreo de vérité, sans fioritures, ce qu’on apprécie à sa juste valeur. Une grande valeur. La valeur qu’il faut pour couper une belle oreille de poids et pour redonner un peu de brio à cette fin de feria !

Mano a mano de Pedraza de Yeltes pour Borja Jimenez et Clemente (Photo Anthony Maurin)
Le prix du meilleur picador est allé à Borja Lorente aux ordres de  Clemente (Photo Anthony Maurin)

Borja Lorente Saez « Pelucho » remporte le prix du meilleur picador après avoir piqué en quatrième position (Clemente). C’est ce même piquero qui avait déjà marqué les esprits l’an passé à Las Ventas avec ces mêmes Pedreza de Yeltes.

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