À quelques heures de l'arrivée des premiers Fous Chantants, le Fort Vauban ressemblait davantage à une ruche qu'à une salle de spectacle. Des tables qui s'installent, des rallonges électriques qui se déroulent, des centaines de chaises alignées avec précision, des brumisateurs fixés sous les chapiteaux... Ici, rien n'est laissé au hasard.
Depuis le 15 juillet, les bénévoles s'affairent dans l'ombre. Avant même que les premiers choristes ne franchissent les portes du fort, cinq allers-retours en camion de 20 m³ et en fourgon ont été nécessaires pour acheminer tout le matériel stocké dans un entrepôt de Saint-Hilaire-de-Brethmas. « C'est énorme », résume avec le sourire "Nono", responsable de toute la partie technique. Une équipe de sept personnes pilote cette logistique avant d'être rejointe par près de 60 bénévoles pour le montage des installations.
Une ville éphémère construite en quelques jours
Pendant une semaine, le Fort Vauban devient une petite ville capable d'accueillir quotidiennement un millier de choristes. Sous le grand chapiteau, sur le côté du Fort Vauban, 1 000 chaises attendent leurs occupants, réparties par pupitres, le véritable centre névralgique. Les répétitions s'enchaînent matin et après-midi jusqu'aux concerts des 31 juillet et 1er août, avec près de sept heures de travail vocal quotidien.
Pour supporter la chaleur estivale, les bénévoles ont multiplié les attentions : installation de brumisateurs, tapis au sol pour limiter la poussière et faciliter les déplacements, espaces ombragés avec tables et chaises... Chaque année apporte son lot d'améliorations.
« Quand on rentre chez les Fous, on rejoint une grande famille », glisse "Nono", reconaissable grâce à sa chaîne de l'Olympique de Marseille autour du cou. Une philosophie qui pousse les bénévoles à peaufiner chaque détail. Leur mission ne consiste pas seulement à monter des tentes ou transporter du matériel. Ils veulent créer un cadre où les choristes n'auront à se soucier de rien.
« Qu'ils ne pensent qu'à chanter »
Cette volonté, Philippe Cadou, chargé de la communication interne auprès des choristes depuis 2019, la résume en une phrase : « On les chouchoute pour qu'ils ne pensent qu'à une seule chose : le chant choral. »
Au fil des années, les visages sont devenus familiers. « Depuis vendredi, quand les choristes arrivent, il y a des "Bonjour Philippe", "Bonjour Nono"... On se connaît depuis longtemps. » Une relation qui dépasse largement le simple cadre de l'événement. Beaucoup reviennent chaque été, autant pour retrouver leurs amis que pour vivre une nouvelle aventure musicale. « On est une famille de cœur », confie-t-il.
Une demi-heures pour servir près de 1 000 personnes
L'autre défi se joue pendant les pauses des répétitions. Chaque jour, en une trentaine de minutes seulement, près de 800 à 1 000 choristes convergent vers le Comptoir des Fous, devenu le véritable cœur de vie du festival. Derrière le bar, 21 bénévoles s'activent pour que chacun puisse repartir avec une boisson ou un encas avant la reprise des répétitions.
Les chiffres géré par Marina et Axel donnent le vertige : une dizaine de réfrigérateurs, deux tireuses à bière, six cafetières, deux machines à thé, près de 260 litres de bière prévus sur la semaine et plus de 1 000 litres de café servis au total. S'y ajoutent plusieurs centaines de litres de boissons fraîches, des sirops artisanaux, du miel, des bonbons pour la voix et même une cuvée de vin spéciale Fous Chantants élaborée par un vigneron local, où chacun pourra goûter et même des bouteilles pourront être amené et acheté après cette folle aventure.
À quelques mètres de là, la "Pause gourmande" proposera sandwichs, salades, offres végétariennes, crêpes et gaufres, pendant que d'autres choristes profiteront des espaces de détente aménagés à l'ombre.
Des souvenirs, des informations... et une application
L'organisation ne s'arrête pas à la restauration. Une boutique propose t-shirts, sweats, tote bags, écocups ou encore des nouveautés destinées aux plus jeunes. Avec une moyenne d'âge de 55 ans, les choristes aiment repartir avec un souvenir... souvent aussi pour leurs petits-enfants.
Au stand d'accueil, les bénévoles renseignent les participants, distribuent les dossiers, gèrent les navettes, le paiement sans contact et alimentent toute la semaine l'application "L'Œil des Fous", qui centralise les horaires, les paroles des chansons, les réservations de repas et les informations pratiques.
L'ombre indispensable des Fous Chantants
Lorsque les projecteurs s'allumeront aux arènes d'Alès pour les deux concerts avec Soprano, les regards seront naturellement tournés vers les 1 000 choristes et l'artiste invité.
Pourtant, loin de la scène, près de 90 bénévoles auront déjà remporté leur premier défi : faire oublier toute la mécanique qui se cache derrière l'événement. Une organisation invisible pour le public, mais indispensable pour que, chaque été, la magie des Fous Chantants puisse opérer.