Le magasin Carrefour Alès, situé quai du Mas d’Hours, fait partie des sites concernés par la transformation en location-gérance, un modèle où le gérant loue l’enseigne et gère le magasin en son nom, tout en restant affilié au groupe Cora-Carrefour. Pourtant, cette transition s’accompagne de pertes financières et sociales majeures pour les salariés, selon les délégués syndicaux de la CGT.
Julien Aquilina, délégué syndical élu au Comité Social et Économique (CSE) du magasin et ancien délégué central pour le groupe Cora-Carrefour, alerte : « Quand un magasin Carrefour intégré passe en location-gérance, les salariés perdent en moyenne 2 000 à 2 500 € de rémunération annuelle, ainsi qu’une semaine de RTT. Les primes et les augmentations de salaire s’arrêtent. Et ce n’est que le début : on craint aussi la suppression d’avantages comme la participation aux bénéfices ou des primes spécifiques. »
Pour les employés du magasin d’Alès, le choc est d’autant plus fort que leur statut actuel (salariés de Cora pour un magasin Carrefour) leur permet déjà de bénéficier de conditions moins avantageuses que les salariés Carrefour intégrés. « Nous sommes payés par Cora, pas par Carrefour. Leur salaire moyen est de 200 à 250 € supérieur au nôtre, ils ont des primes et une meilleure protection sociale. Nous, on a une semaine de carence en cas de maladie, eux n’en ont pas. » ajoute Philippe Milesi, délégué syndical CGT du Carrefour depuis 2019.
Des effectifs en chute libre
Le magasin d’Alès, qui employait jusqu’à 420 personnes il y a quelques années, compte aujourd’hui 243 salariés (équivalent temps plein). « On manque cruellement de personnel : il manque environ 700 heures de travail quotidiennes », explique Julien Aquilina. « Pourtant, au lieu de recruter, la direction mise sur la polyvalence et la pression pour combler les trous. »
Avec le passage en location-gérance, c’est toute la structure du magasin qui pourrait être remaniée. « Les premiers touchés seront les cadres : aujourd’hui, il y en a 22, contre 4 à 6 dans un magasin Carrefour intégré. Ils seront probablement réduits à néant, et ceux qui restent seront sous pression. Pour les autres salariés, la menace est moins directe, mais le turnover va s’accélérer : les gens partiront d’eux-mêmes, et ne seront pas remplacés. » Résultat : le magasin pourrait perdre 50 à 70 postes dans les années à venir, passant de 243 à environ 170 salariés.
« On craint que la situation ne se dégrade encore »
Philippe Milesi, délégué syndical CGT et employé du magasin depuis 1994, évoque une « surprise » : « On a appris la nouvelle il y a une semaine, par un mail de la direction. Officiellement, on nous a juste dit qu’on figurait sur une liste de magasins « susceptibles » de passer en location-gérance. Rien de concret, rien de rassurant. »
Ses craintes, sont qu'ils subissent une dégradation des conditions de travail, une intensification de la polyvalence, et surtout, la perte de l’espoir d’intégrer un jour le groupe Carrefour. « Avant, on se disait : « Un jour, on sera Carrefour ». Maintenant, c’est fini. Et ce qu’on a aujourd’hui, on risque de le perdre. »
« On est là aujourd’hui pour montrer qu’on ne lâchera rien. La mobilisation ne fait que commencer. »
L’article publié la semaine dernière par Objectif Gard, révélant les inquiétudes des salariés, a amplifié le malaise. « Les gens ont été déçus, voire en colère. Ils espéraient une intégration, et on leur annonce le contraire. C’est une double peine. »
Prochaines étapes : négociations et mobilisation
La direction centrale de Cora-Carrefour va convoqué un CSE central aujourd’hui pour officialiser la reprise, avant une descente vers le CSE local dans les prochains jours. « Une réunion extraordinaire pourrait avoir lieu dès la semaine prochaine ou la suivante », précise Julien Aquilina.
Pour les salariés, l’enjeu est clair : « Renégocier les accords sociaux pour préserver, voire faire progresser, nos acquis. » Mais avec un magasin en sous-effectif chronique et une direction qui mise sur la flexibilité, la tâche s’annonce ardue.