Publié il y a 1 h - Mise à jour le 30.06.2026 - Olivier Lemierre - 3 min  - vu 401 fois

ARLES Le littoral camarguais en première ligne de la submersion marine : 32000 personnes exposées à l'horizon 2100

Les Saintes-Maries-de-la-Mer sont particulièrement exposées.

- Olivier Lemierre

Du Grau-du-Roi à Port-Saint-Louis-du-Rhône, 32 000 personnes seront dans les années à venir exposées au risque de submersion marine. En raison du changement climatique, les tempêtes vont devenir plus fréquentes et plus violentes. Le Symadrem, en charge de la protection du littoral sur 100 km, propose six scénarios possibles pour faire face à ce danger. Entretien avec Thibaut Mallet, son directeur.

On connait bien le Symadrem (syndicat mixte interrégional d'aménagement des digues du Delta du Rhône et de la mer) pour les travaux de protection qu'il engage afin de protéger les habitants des crues du Rhône. Son rôle est tout aussi important sur le littoral. C'est lui qui s'occupe de la gestion et de l'entretien des digues du Grau-du-Roi à Port Saint-Louis-du-Rhône. Un dossier loin d'être simple. Le littoral camargais doit faire face à la fois à l'érosion et aux submersions marines du fait du changement climatique. Le niveau de la mer augmente de 4 mm par an et les tempêtes vont à la fois devenir plus fréquentes et plus violentes d'ici la fin du siècle. Différents scénarios d'adaptation sont proposées, comme l'explique Thibaut Mallet, le directeur du Symadrem.

Objectifs Gard & Arles : Quelles sont les projections concernant l'érosion côtière qui grignote le territoire camarguais, et les risques de submersion marine du fait des tempêtes ?

Thibaut Mallet : Il faut bien distinguer les deux phénomènes. L'érosion côtière n'est pas considérée par l'État comme un risque naturel. Elle n'est pas éligible au fonds Barnier. En revanche, la submersion marine, comme une crue du Rhône, fait partie des aléas naturels, et elle est à ce titre éligible. Selon les projections que nous avons, 400 personnes seraient impactées, dans les années à venir par le recul du trait de côte dû à l'érosion. C'est bien plus pour le risque de submersion qui concernerait, sur les 100 km du littoral que l'on gère, environ 32 000 personnes à l'horizon 2100. Nous allons forcément prioriser les travaux pour faire face à ce second risque le plus majeur.

Quelle est l'ampleur de la montée des eaux ?

Au siècle dernier, c'est-à-dire, de 1900 à 2000, la mer est montée d'environ 40 cm. Pour notre siècle, on tourne plutôt autour de 70 cm. Tout va dépendre de nos rejets de gaz à effet de serre dans les années et décennies à venir, sachant que la Camargue est située au niveau, voire par endroit sous le niveau de la mer.

Quelles sont les pistes envisagées pour répondre à ce défi ?

Nous avons envisagé plusieurs récits narratifs. Le premier est un récit "fixiste". On protège toute la Camargue et on maintient le trait de côte là où il se trouve aujourd'hui, avec des épis, comme on l'a fait ces cinquante dernières années. C'est un investissement de 400 millions d'€ et un surcoût d'entretien de 5 millions d'€ par an. Le second récit est le repli. On arrête d'investir dans des ouvrages de protection et on déménage le littoral de la Camargue dans les terres. Coût estimé : 15 millions d'€. Le troisième scénario serait de maintenir la situation actuelle sans faire de gros investissements, son coût n'a pas été évalué.

Le quatrième récit, c'est la protection individualisée : on protège les maisons avec des batardeaux par exemple, soit un investissement entre 150 et 400 millions à l'horizon 2100.

Cinquième scénario : on protège toute la Camargue par une digue à l'intérieur des terres, là où on peut reculer. Sur les 100 km, cela est possible sur 93 km. Mais on ne recule pas aux Saintes-Maries ni au Grau-du-Roi, que l'on va protéger. L'investissement serait de 180 millions et 1 million d'entretien par an. Il s'agit-là de refaire ce que Napoléon III avait réalisé en créant la digue à la mer qui était bien en recul du trait de côte.

Dernier scénario : on organise une protection ciblée, des digues autour des zones urbanisées, à fort enjeux, comme les Saintes -Maries et le Grau-du-Roi, et on laisse ailleurs la mer pénétrer en Camargue. Le coût prévisionnel est estimé à 180 millions d'euros et 800 000 d'entretien par an. Mais du coup, on ne protège pas les zones agricoles et les milieux naturels.

Quelle est l'évaluation risque / coût de ces travaux ?

Ne rien faire a un coût ! Une tempête qui arrive tous les 100 ans peut coûter à la collectivité autour de 200 millions d'euros. Mais si elle arrive tous les 5 ou 10 ans ans, comme cela sera possible en 2100, vous voyez bien combien ce que cela peut représenter... Notre comité de pilotage a étudié les différents récit : 57% des membres seraient en faveur d'une protection globalisée et 40% pour le récit fixiste, avant l'estimation des coûts. Les choix se feront dans l'année 2027.

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Olivier Lemierre

Actualités

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio