Publié il y a 58 min - Mise à jour le 30.07.2026 - Romain Fiore - 4 min  - vu 177 fois

AU BORD DES ROUTES Les secrets de la "Pyramide" de Saint-Christol-lez-Alès

pyramide Saint-Christol-lez-Alès

La pyramide de Saint-Christol-Lez-Alès est en réalité, une obélisque.

- Romain Fiore

À quelques mètres de l'un des carrefours les plus fréquentés de l'agglomération alésienne, plus de 20 000 véhicules passent chaque jour devant ce monument vieux de 250 ans sans vraiment connaître son histoire. Pourtant, la célèbre "Pyramide" de Saint-Christol-lez-Alès est bien plus qu'un simple repère routier : elle raconte l'ouverture des Cévennes au XVIIIe siècle et célèbre celui qui en fut l'un des principaux artisans.

On la voit tous les jours. Les automobilistes la contournent sans forcément y prêter attention. Dressée au cœur de Saint-Christol-lez-Alès, entre les axes menant vers Alès, Anduze et Montpellier, la célèbre "Pyramide" fait partie du paysage depuis près de deux siècles et demi. En 2027, ce monument emblématique soufflera ses 250 bougies.

pyramide Saint-Christol-Lez-Alès
La pyramide vue du bas. • R.F.

Pour comprendre son histoire, il faut remonter en... 1777. À cette époque, la Révolution française n'a pas encore éclaté et l'indépendance des États-Unis vient tout juste d'être proclamée. Ici, dans les Cévennes, les routes que nous empruntons aujourd'hui n'existent pas encore. Les déplacements se font à pied, à cheval ou en charrette sur des chemins souvent escarpés.

Le symbole du désenclavement des Cévennes

Au XVIIIe siècle, les États du Languedoc pilotent les grands travaux routiers. Parmi les personnalités qui militent pour améliorer les communications figure Monseigneur Jean de Beauteville, alors évêque d'Alès. Son ambition est simple : ouvrir les Cévennes sur le reste de la région grâce à de véritables routes reliant Alès à Anduze, Montpellier et aux principaux axes commerciaux.

pyramide Saint-Christol-Lez-Alès
La pyramide de Saint-Christol-Lez-Alès est en réalité, une obélisque.  • Romain Fiore

Ces nouveaux itinéraires changent la vie du territoire. Ils facilitent le transport de marchandises comme la soie, le vin ou encore le sel, tout en favorisant les échanges humains et culturels.

Jean de Beauteville décède en 1775, sans voir l'aboutissement de ce vaste chantier. Deux ans plus tard, un monument est érigé en son honneur au carrefour des nouvelles routes. L'identité de son commanditaire reste aujourd'hui inconnue, mais son objectif ne fait aucun doute, celui de rendre hommage à ceux qui ont contribué à sortir les Cévennes de leur isolement.

Pyramide Saint-Christol-Lez-Alès
"Entre alliés, les montagnes deviennent un passage commun." raconte la plaque en latin, qui donne vers les Cévennes.  • Romain Fiore

Une "Pyramide"... qui n'en est pas une

L'anecdote amuse encore les locaux. Car contrairement à son nom, la Pyramide de Saint-Christol-lez-Alès n'est... pas une pyramide.

« En réalité, c'est un obélisque », rappelle le Rudy Monier, 1er adjoint de la commune, dédié à la culture. Le monument, haut de 13 mètres, est coiffé d'un pyramidion, cette petite pointe pyramidale qui termine traditionnellement les obélisques. Avec le temps, les habitants ont fini par baptiser l'ensemble "la Pyramide", une appellation restée dans le langage courant jusqu'à aujourd'hui.

" Il a redressé les sentiers et transformé les chemins en route plane, un nouveau Jean" raconte la plaque de la direction vers Alès en rendant hommage à Jean de Beauteville.  • Romain Fiore

Sur trois de ses faces, des plaques gravées en latin rappellent sa vocation. Celle tournée vers Alès rend directement hommage à Jean de Beauteville en évoquant celui « qui a redressé les sentiers et transformé les chemins en route plane, un nouveau Jean », soulignant son rôle dans le développement des infrastructures locales.

Un monument qui a résisté à l'Histoire

En près de 250 ans, l'obélisque en a vu passer des événements. « La Révolution française d'abord, qui a entraîné la destruction des plaques d'origine, jugées trop favorables à la monarchie puisqu'elles évoquaient Louis XVI, et à ce moment-là, le roi était était pas trop en vogue. Les plaques seront finalement réinstallées en 1863. » raconte Rudy Monier. 

Pyramide Saint-Christol-lez-Alès
« À Genève, la force acquise grâce aux travaux publics [a été dédiée] à Louis XVI, roi de France et de Navarre, les délices du peuple, le restaurateur des lois et des mœurs, en l'an de la rédemption 1777. » Cette plaque en direction de Montpellier a d'abord été détruite avant d'être replacé trois ans plus tard. Cette dédicace fait référence aux aménagements et travaux d'infrastructures entrepris au XVIIIᵉ siècle (notamment sur le Rhône ou les voies de circulation reliant Genève au Royaume de France) sous le règne du jeune Louis XVI, salué ici comme un prince réformateur. • Romain Fiore

Le monument traverse ensuite les deux guerres mondiales avant d'être titré aux Monuments historiques le 7 avril 1939. Au fil des décennies, il résiste également aux intempéries. La boule qui la coiffe est déjà tombée une fois il y a plus d'un siècle avant d'être replacée. Plus récemment, la foudre est venue endommager son sommet il y a quelques années.

Autre curiosité visible aujourd'hui : à l'origine, l'obélisque dominait la chaussée. Deux siècles et demi de réfections successives de la route ont progressivement rehaussé le niveau du bitume, donnant désormais l'impression que le monument s'est enfoncé dans le sol.

pyramide Saint-Christol-Lez-Alès
La Pyramide s'illumine de rose lors d'Octobre Rose.  • D.R.

Toujours au cœur des échanges

Le hasard fait parfois bien les choses. Là où la Pyramide marquait autrefois un carrefour stratégique pour les voyageurs, elle demeure aujourd'hui l'un des points de circulation les plus fréquentés de l'agglomération, avec près de 20 000 véhicules qui y transitent quotidiennement.

À quelques mètres se trouvait également un relais de poste, où voyageurs et messagers faisaient étape avant de reprendre la route. Un dernier témoin de cette époque où les infrastructures routières ont profondément transformé le territoire.

pyramide Saint-Christol-Lez-Alès
La pyramide de Saint-Christol-Lez-Alès voit passer en moyenne 20 000 voitures par jour.  • Romain Fiore

Pour la municipalité, cette histoire résonne encore avec les enjeux actuels. Le monument rappelle combien les réseaux de transport ont toujours été essentiels au développement économique et à l'ouverture des Cévennes, et le projet de contournement de la commune qui date depuis 60 ans, se veut être en lien avec un mode de consommation en changement et un besoin de transformation et d'adaptabilité des infrastructures. 

Un anniversaire déjà dans toutes les têtes

À l'approche de son quart de millénaire, la commune réfléchit déjà aux célébrations de 2027. Des travaux de restauration pourraient être engagés avec le soutien du ministère de la Culture afin de redonner tout son éclat à ce monument devenu l'un des symboles de Saint-Christol-lez-Alès.

Car au-delà de la pierre, la "Pyramide" raconte une histoire rarement associée aux monuments du XVIIIe siècle. Ici, il ne s'agit ni d'une victoire militaire ni d'une bataille. Elle célèbre simplement une idée : celle de routes ouvertes, de voyageurs, de commerce et de liberté de circuler. Deux cent cinquante ans plus tard, le message continue de traverser les générations.

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