Publié il y a 53 min - Mise à jour le 30.07.2026 - Propos recueillis par François Desmeures - 8 min  - vu 35 fois

FAIT DU JOUR Au festival Lol&lalala, Arnaud Aymard : "Je n'ai jamais vraiment cartonné dans les festivals comiques"

 Arnaud Aymard dans son personnage du poète Jean-Noël Mistral

- Guillaume Le Baube

Arnaud Aymard fait émerger, au fil de ses nombreux personnages, situations loufoques, mal être, interrogations absurdes et poésie singulière, le tout dans un grand éclat de rire. Depuis le lancement du festival en 2021, il est l'artiste le plus présent de la bande à GiedRé et Pierre-Emmanuel Barré, souvent en accès gratuit, l'après-midi, alors que les soirées du cru 2026 du festival affichent complet depuis le jour de leur mise en ligne. Avant ses deux apparitions, mercredi et jeudi à 15h30, entretien avec un artiste de rue en fin d'écriture et en pleine dégustation d'un plat de raviolis.

Objectif Gard : Depuis 2021 vous êtes un peu le fil rouge du festival Lol&lalala puisqu'on vous retrouve presque à chaque édition. Après le poète rural Jean-Noël Mistral, l'année dernière, quel personnage amenez-vous dans vos valises ?

Arnaud Aymard : Cette fois-ci, c'est Perceval de Soleil noir. C'est mon deuxième spectacle. On ne va pas faire une biographie mais je l'ai écrit en 2002, quelque chose comme ça. C'est un concert d'un gars qui s'appelle Perceval et qui est, on pourrait dire, gothique-dépressif. C'est un spectacle assez poétique... mais très gothique et très dépressif.

 Arnaud Aymard dans son personnage du poète Jean-Noël Mistral • Guillaume Le Baube

Très loin du chevalier de la Table ronde, on imagine...

Ben... pas vraiment. En fait, ce sont ses parents qui l'ont appelé comme ça. Ils vivaient en Ardèche et ils l'ont appelé Perceval parce que ils étaient un peu originaux, un peu des hippies. Je reprends quand même le conte à l'intérieur mais ça ne se voit pas tellement. En gros, il est dans sa chambre, il fait un concert, puis il raconte qu'il a réussi à partir en lui, il a fait un énorme voyage et il a rencontré un monde qui s'appelle le monde Soleil noir. Mais, dans la vie, il n'est pas très bien vu. Ce monde là, c'est un peu le refuge de l'adolescent. Dans ce monde-là, bien sûr, tout le monde l'admire. C'est un monde assez étrange, un monde absurde où il y a, par exemple, des chiens en tube, des loups sans pattes antérieures - mais il ne faut pas que je dise toutes les blagues. C'est un monde très absurde, un mélange entre Gottlieb, donc quelque chose de très absurde, et Beaudelaire, entre guillemets. Mais donc, dans cette ambiance-là, un peu glauque.

C'est très loin du personnage de l'Oiseau bleu, que vous aviez joué en 2021 à Anduze ?

C'est vraiment plus gothique. La jeunesse, à une époque - à la mienne - elle n'était pas contre la vie, ce n'était pas suicidaire mais il y avait des groupes comme Trisomie 2021, par exemple, dont l'album s'appelait La Fête triste. C'était une espèce d'apologie de la tristesse et de la sensibilité. Et Perceval est là-dedans : il ne comprend pas qu'on puisse rigoler parce que les choses sont beaucoup plus importantes quand on est triste, vachement plus belles. Ce n'est pas le gothique de maintenant. Perceval est quelqu'un qui parle à des gens qui sont "normaux", alors que lui est spécialisé dans la tristesse.

On est moins dans le conte et la poésie, par rapport à un personnage comme Jean-René Mistral ?

Non, parce qu'il parle directement, poétiquement. Il est à la fois très puéril, comme un ado, et il ne supporte pas le public. Et, à la fois, ce qu'il raconte est assez dingue. Il a fait un voyage intérieur, il a été dans le monde de Soleil Noir, il y a vécu, puis il est revenu. Mais je peux pas tout raconter... C'est un concert et, dès le départ, il se pose comme un espèce de chevalier-chanteur, qui va chanter 7-8 chansons.

"C'est chouette d'être dans le présent mais personne ne sait vraiment d'où il vient"

Vous continuez à créer des personnages ?

Oui. Mais j'ai déjà plein de persos, plein de spectacles. J'en tourne douze en ce moment. Je fais encore Canoan contre le roi Vomir et puis Les Chevaliers de l'espace-temps, ce sont deux contes en feuilleton qui font chacun huit fois une heure. Donc, j'ai 16 heures, mais je ne joue pas souvent ce truc-là parce que personne ne veut des trucs de 8 heures (rires). J'ai un autre personnage qui s'appelle Olaph Nichte qui fait des conférences sur la globale physique, une science que mon personnage a inventée. Ça, ça date d'avant le confinement. Et puis, après le confinement - comme pour marquer l'histoire (rires) - il y a les spectacles plus modernes. L'un s'appelle Sinon ça va : ce n'est pas vraiment un personnage, ça commence à être un spectacle ; il y a Jean-Noël Mistral ; et puis, dernièrement, Désolait, que je vais jouer Aurillac, de la désolation à base de lait. Enfin, je viens d'écrire un spectacle sur Ammoniacal. En fait, je faisais la matinale de radio Nova avec Edouard Baer, il y a 6-7 ans, et c'est dans ce cadre-là que j'ai sorti Jean-Noël Mistral et un autre personnage, qui marchait encore plus que Jean-Noël à l'époque, Ammoniacal. Un personnage très... bizarre, vraiment très bizarre. Il est moitié pingouin, moitié homme, moitié chiffon, et il parle comme ça "Je m'appelle Ammoniacal" (Arnaud Aymard le fait avec une voix très lente, et un timbre entre le bébé et le psychopathe, NDLR). C'est très lent et c'est, paraît-il, très absurde.

Vous venez aussi, le vendredi, avec Radio Info Moyen-Âge en collaboration avec Audrey Vernon. Comment est née l'idée de ce flash-info décalé qui résonne forcément avec le présent ?

L'année passée, la Dernière avait fait une émission de quatre heures avec tous les chroniqueurs, et Audrey Vernon voulait faire un truc avec moi. Je lui ai dit "Pourquoi pas ?" et on a trouvé ce truc, Radio Info Moyen-Âge. C'est chouette d'être dans le présent mais personne ne sait vraiment d'où il vient, d'où vient le langage, d'où vient tout ce dont tout le monde se sert, les fourchettes, les couteaux tout ça ça vient bien de quelque part... Et que ce soit à gauche ou à droite, je ne sais pas, je trouve ça étrange...

Arnaud Aymard en Jean-Noël Mistral lors de l'édition 2025 de Lol&lalala • François Desmeures

C'est une perte de culture vous voulez dire ?

Non, ce n'est pas une perte. Je pense que c'est pareil dans toutes les époques. J'ai l'impression que l'humanité, c'est ça : en deux générations, on oublie ce qu'il s'est passé avant. Même les hommes préhistoriques... Le fait qu'on ait redécouvert ça, c'est quand même dingue parce que, normalement, c'est nous ! C'est fou cet oubli ! Et puis, moi, j'adore l'histoire et, trafiquer là-dedans, c'est rigolo.

"Je joue aussi sur scène mais ce n'est pas vraiment la même chose que le stand-up"

Ça déborde d'ailleurs sur l'Antiquité de temps en temps ?

Ouais mais ça c'est vraiment par faiénantise parce que faire deux infos Moyen Âge, c'était chaud... Bon voilà, on est bien cons, maintenant on a une heure à faire....

Vous êtes plus souvent venus à Lol&lalala en format théâtre de rue, en proximité directe avec le public, plutôt qu'en spectacle sur une grande scène.  Est-ce que vous avez l'envie de remonter sur la grande scène du festival ?

Il faut avoir l'occasion mais on ne fait pas vraiment le même métier. Moi, je joue quand même beaucoup dans les festivals de rue. Je joue aussi sur scène mais ce n'est quand même pas vraiment la même chose que le stand-up et je crois que le public qui vient, c'est quand même un public de fans. Je ne veux pas dire que c'est calibré, mais c'est une forme de spectacle précise le stand-up. Ce que je fais, c'est un peu trop bordélique, je pense. Il faut que le public s'adapte pendant le spectacle, il perd de l'énergie, ce n'est pas facile pour le public.

Le spectacle de Benjamin Tranié, l'année dernière, était plutôt un one-man-show qu'un stand-up conventionnel...

Ouais, un one-man-show ça marche aussi. Moi, je n'ai jamais vraiment cartonné dans les festivals comiques. J'en ai fait quelques-uns, souvent les gens sont un peu déstabilisés, des fois ça a marché, mais ce n'est pas vraiment mon public.

"Être devant les gens, c'est chouette, ça permet de les amener quelque part, de les surprendre, de les décevoir, de faire des points de rupture"

Est-ce que l'humour loufoque et absurde comme vous le pratiquez ne permet finalement pas d'aborder plus de sujets que le stand-up qui est soit très personnel, soit très politique, et souvent calé dans l'actualité ?

Pardon, je vais un peu "péter" votre question mais c'est un peu comme une banane et un abricot, c'est difficile de comparer les goûts.

Alors, dit autrement, que permet l'humour absurde et loufoque ?

En fait, je m'en fous un peu. Et puis, je ne fais pas que ça, je raconte aussi des histoires mais c'est souvent absurde et loufoque. L'absurde - c'est vraiment compliqué à expliquer ce que ça m'apporte - je crois, comme tous les clowns, que c'est une grande désespérance et qu'on essaie d'en sortir la tête. Et on fait des raccourcis, on finit par rigoler de cette désespérance. C'est un peu comme l'image de Perceval, c'est une espèce de de moyen de défense face au monde qui est déjà très absurde. Moi, c'est surtout le voyage, l'aventure : je fais très peu de spectacles. Ce que je fais, c'est pas vraiment des spectacles, ce sont des histoires que je lis moi-même. Et ça, ça me fait triper. Après, être devant les gens - là, ça pourrait se rapprocher du stand-up - c'est chouette, ça permet de les amener quelque part, de les surprendre, de les décevoir, de faire des points de rupture. C'est rigolo de les balader, quoi.

"L'absurdité, c'est d'être un être humain et de penser tout savoir alors qu'on ne sait rien"

Vous avez eu une formation scientifique et l'absurde est un humour qui peut partir dans tous les sens. Pour un scientifique, est-ce que ce n'est pas difficile à cadrer ?

Si tu fais de la science vraiment sérieusement, tu t'aperçois qu'on est très proche de l'absurde. À partir du moment où tu t'intéresses à n'importe quoi, une aile de mouche ou des choses qui te semblent connues ; que tu commences à fouiller en regardant dans l'eau ou la lumière, tu t'aperçois qu'en fait, tu ne sais rien. Et qu'à chaque fois que tu étudies - je ne sais pas comment expliquer - la complexité te surgit à la gueule et, finalement, le monde est très complexe. Donc l'absurdité, là-dedans, c'est d'être un être humain et de penser tout savoir alors qu'on ne sait rien. C'est dingue ! Je pense que les gens savent qu'ils ne savent rien. 

Mais ils s'y attachent quand même... ?

Il y a une espèce de point d'interrogation immense au centre de tout le monde, que personne ne va voir, sauf certains scientifiques ou les poètes, qui fait que les gens sont cinglés, dès le départ. Ils vont finir par - je ne sais pas - devenir violents ou devenir cons ou devenir peintres à cause de ce truc-là, quoi.

À cause de cette sécurité de croire qu'on sait des choses ?

Non, à cause de ce trou existentiel. Les gens ont ce trou existentiel, un trou béant et énorme au fond d'eux - pardon, on est partis dans la religion-là (rires) - ils ont un trou béant de détresse, sauf que personne ne peut le formuler parce que c'est un truc qui vient de l'enfance avant que tu saches parler, je pense. Et donc - je ne sais pas pourquoi on en est arrivé là et je n'aime pas trop les gens qui parlent de mécanique quantique - mais dans la mécanique quantique, par exemple, il y a quelques théories complètement folles, dingues ! Il y a aussi les biais cognitifs, par exemple les couleurs : quand tu regardes n'importe quel objet, tu ne vois pas vraiment la matière. Tu vois les électrons de la dernière couche, qui sont pimpées par un photon, qui reviennent dans la couche et on voit la couleur de l'élément. Tout ceci fait qu'on est sur une sorte de nuage, on voit pas vraiment la réalité.

"On est sur une sorte de nuage, on voit pas vraiment la réalité"

On voit la surface et pas la matière elle même ?

C'est ça, ce qui fait qu'on ne peut vraiment pas compter sur grand chose.

Ce qui fait que l'humour absurde serait peut-être le plus logique dans un monde tel que nous le vivons ?

Peut-être, je ne sais pas. Je ne vais pas comparer...

Enfin, je me demandais d'où vous venait ce talent pour la flûte à bec, dont vous jouez à un niveau sous-scolaire lors de l'Info Moyen-Âge ?

(Rire) Dans L'Oiseau bleu, j'ai de la flûte à bec. Et comme je l'ai joué beaucoup de fois, j'ai développé une certaine technique, une virtuosité, j'ai envie de dire...

Arnaud Aymard se produira au parc des Cordeliers, ce jeudi à 15h30, en Perceval de Soleil Noir ; vendredi à 15h30, toujours au parc des Cordeliers, radio Info Moyen-Âge avec Audrey Vernon

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François Desmeures

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