« Ce n’est pas son procès dont il est question, mais peut être sa vie », lance Hugo Ferri, avocat de la victime, face à sa sœur qui savait, mais qui n’a rien dit. « Qu’est-ce que vous vouliez que je fasse ? », lance la sœur de la victime et ex-compagne de l’accusé, François G. C’est dans le cadre d’une affaire concernant des viols incestueux que cette femme témoigne devant la cour d’assises du Gard. Sa sœur, assise à quelques pas d’elle, dit avoir été victime d’attouchements et de viols de la part de son beau-frère, de ses 14 à ses 17 ans. Période pendant laquelle l'enfant, élevée dans des foyers et des familles d’accueil, a été accueillie par sa demi-sœur et son conjoint de l’époque ; l’accusé. « J’ai rien vu ou entendu lorsqu’elle vivait chez moi », explique la demi-sœur de la victime. Pourtant, elle reconnaît à la barre avoir eu connaissance des agissements de son compagnon. « J’avais des doutes, mais j’avais peur », explique-t-elle. « J’ai rien fait à cette époque-là et je regrette », dit-elle, secouée d’un sanglot.
Interrogée par les forces de l’ordre au moment des faits, elle a défendu son conjoint, remettant en doute les paroles de sa demi-sœur, qui s’est pourtant confiée à elle sur les agissements de son beau-frère, dès 2009. Dans une lettre soumise au juge d’instruction en 2019, elle explique même que son conjoint lui aurait demandé d’atténuer des actes dont il se serait rendu responsable, sans toutefois les reconnaître face à elle. « Il m’a préparé pendant toute la nuit avant mon interrogatoire par les gendarmes », explique le témoin. La main roulante sur une balle anti-stress, la victime tente tant bien que mal de retenir ses larmes. Ne souhaitant pas briser le couple de sa sœur avec son bourreau et étant menacée par ce dernier d’être renvoyée en foyer, elle s’est donc tue.
« Je leur ai dit (…) qu’ils allaient avoir des soucis »
Citée par la défense, la sœur de l’accusé s’est aussi exprimée à la barre, non sans avoir des propos tranchés concernant la personnalité de la victime. « Je leur ai dit que s’ils prenaient cette gamine, ils allaient avoir des soucis », raconte-t-elle crûment. Elle s’est ensuite adonnée à dépeindre une image très défavorable de la jeune adolescente, aujourd’hui mère de trois enfants. « Elle est désinvolte, manipulatrice, elle n’écoute rien », dit-elle, soulignant que le couple l’appelait régulièrement à l’aide pour gérer l’enfant. Aujourd’hui retraitée, la sœur de l’accusé a tenté de dédouaner son frère en décrivant la victime comme une aguicheuse : « Elle était toujours en short, vraiment très très court. » Des propos qui semblent contraster avec ceux portés par la sœur de la victime, réfutant qu’elle ait eu des comportements séducteurs auprès de son compagnon. « Elle était pas du tout rebelle, elle était gentille », ajoute la sœur de la victime, avec tristesse.
Les témoins ont ensuite défilé à la barre, tantôt pour dédouaner l’accusé, tantôt pour soutenir la victime. De quoi éclairer les débats des sept jurés et des trois magistrats de la cour quant à la réalité de ces viols, toujours contestés par François G. L’instruction va se poursuivre dans la matinée, avec notamment l’audition des parties civiles et l’interrogatoire de l’accusé sur ces faits. De quoi désépaissir le brouillard qui plane toujours après une journée d’audience.