Publié il y a 1 h - Mise à jour le 04.07.2026 - Yannick Pons - 3 min  - vu 18 fois

AVIGNON OFF La bohème racontée par une jeunesse qui lui ressemble

Tableau de bohème

- @Yannick Pons

Olivier Desbordes revisite La bohème dans l’intimité du théâtre de l’Étincelle, un opéra loin des fastes des grandes scènes lyriques. Neuf jeunes artistes, musiciens, chanteurs et comédiens, passent du chant au théâtre, de l’interprétation musicale à leur propre histoire.

Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils chantent, jouent, passent d'un instrument à un personnage en un quart de seconde. À La nouvelle étincelle, La vie de bohème prend le contre-pied des grandes productions lyriques. Olivier Desbordes connaît pourtant l'œuvre de Puccini sur le bout des doigts. Il l'a déjà mise en scène à plusieurs reprises. Cette fois, il a choisi une autre voie. Là où l’opéra italien de la fin du XIXᵉ siècle mobilise habituellement un orchestre symphonique, un chœur et plusieurs solistes, le metteur en scène confie toute l'œuvre à neuf jeunes interprètes. « Ce n'est pas une réduction, c'est un choix », insiste Olivier Desbordes. Son objectif, retrouver l'essence même des personnages et laisser toute la place à leurs émotions.

« Un très beau sujet sur la jeunesse qui perd ses illusions »

Fondateur d'Opéra Éclaté, Olivier Desbordes resserre son regard sur cette bande de jeunes artistes installés sous les toits de Paris, vers 1830. Rodolfo, Mimì, Marcello, Musetta, Schaunard et Colline partagent une mansarde glaciale. Le poêle chauffe à peine, les repas improvisés avec trois fois rien, l'argent manque, mais la solidarité maintient encore le groupe. Jusqu'au moment des premières illusions... Cette proximité trouve un écrin idéal. En plein cœur d'Avignon, la Nouvelle étincelle occupe une ancienne fabrique d'allumettes, un clin d'œil à l'histoire des lieux jusque dans son nom, et conserve le charme des petites salles d'autrefois. Sept rangées de sièges rouges font face à une scène au niveau du public. Les premiers spectateurs ne sont qu'à quelques centimètres des interprètes.

À gauche, le petit orchestre accompagne l'action. Soudain, la violoncelliste abandonne son instrument et devient Musetta. Quelques scènes plus tard, elle retrouve naturellement sa place parmi les musiciens. « La Bohème est un très beau sujet sur la jeunesse qui perd ses illusions », rappelle Olivier Desbordes. Avec Mari Laurila-Lili et Joan Brunet-Manquat, il a repris le livret pour aller à l'essentiel. La grande scène de foule disparaît. À sa place surgissent plusieurs sorties inattendues. Les guitares électriques et les cris de « Pallas ! Pallas ! » brisent le silence, et le spectacle change brusquement de couleur avant de retrouver le fil de Puccini.

Ils sont la bohème

Accordéon, violon, contrebasse, clavier, guitares électriques et violoncelle accompagnent une partition où chacun passe naturellement du chant à la musique, puis au théâtre. À tour de rôle, les interprètes s’avancent au centre de la scène, suspendent brièvement le récit et livrent une improvisation inspirée de leur propre vécu. Sans rompre le rythme du spectacle, chacun raconte son rapport à ce métier, ses rêves, ses doutes, ses raisons et son plaisir de monter sur scène. « Ils parlent d'eux. Ils parlent de leur mythe de la vie. On est complètement dans la bohème », explique le metteur en scène. Pendant quelques instants, les personnages de Puccini s'effacent devant ces jeunes femmes et les jeunes hommes qui leur prêtent leur voix. Le texte est en français et la diction est bonne.

La mort de Mimì dépasse alors le simple drame amoureux. Elle devient le moment où cette jeunesse comprend que rien ne sera plus tout à fait comme avant. Olivier Desbordes aime rappeler cette phrase qu'il attribue à Puccini, après une lecture de l'œuvre au piano devant des amis. « Nous pleurions comme si nous avions perdu notre jeunesse. » C'est ce passage vers l'âge adulte qui traverse tout le spectacle. Mais la mise en scène refuse la nostalgie. Les rêves sont malmenés mais pas abandonnés. Au salut final, ce sont à la fois les personnages et ces jeunes artistes d'aujourd'hui qui rappellent que la bohème n'est peut-être pas une époque, mais une manière de vivre et de créer.

Infos pratiques

La vie de bohème, d'après La bohème de Giacomo Puccini et la pièce d'Henri Murger. Festival Off d'Avignon.
Du 4 au 25 juillet, 18h10
La Nouvelle étincelle, 14 place des Études, Avignon. Réservations au 04 90 85 43 91.
Plus d'infos ici

Distribution

Mise en scène, décor et adaptation dramaturgique Olivier Desbordes. Assistance à la mise en scène Joan Brunet-Manquat. Responsable musicale, cheffe de chant et arrangements Mari Laurila-Lili. Lumières Clément Chébli. Costumes Stella Croce.

Interprétation : Éric Allard-Jacquin, Simon Catrice, Justin Domenicone, Nicolas Hézelot, Pauline Jolly, Ulysse Mbenzu, Louis Ouvrard, Maëlise Parisot et Charlotte Ruby.

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