Objectif Gard : Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, comment vous présenteriez-vous ?
Silvia Alexieva : Je suis professionnelle du jeu d'échecs. J'habite à Nîmes, je suis capitaine de l'équipe de France féminine, entraîneuse de l'équipe de France jeunes et présidente du Caissargues Chess Club.
Vous êtes née en Bulgarie avant de construire une carrière internationale. Aujourd'hui, ça représente quoi, le Gard, pour vous ?
J'habite ici depuis bientôt 13 ans. Il faut dire que j'adore cette région, et Nîmes. Pour moi, c'est la plus belle ville du monde ! Aujourd'hui, j'ai envie que la ville de Nîmes devienne un centre international du jeu d'échecs, d'où l'idée de créer cet événement, ce festival Apogée.
« C’était un tournoi qui n’était pas gagné d’avance »
Vous venez de décrocher un nouveau titre de championne d'Europe seniors féminine +50. Quelle saveur a ce titre ?
C'est mon troisième titre de championne d'Europe, donc ce sentiment m'était assez familier. Mais je suis plus qu'heureuse, forcément. Surtout que c'était un tournoi qui n'était pas gagné d'avance, il y avait grand nombre de concurrents cette année. J'étais bien préparée, mentalement je me sentais très bien et j'ai bien joué. C'est important aussi de gagner de cette manière.
Les échecs sont entrés très tôt dans votre vie...
Oui, j'ai découvert les échecs à l'âge de 6 ans. C'est mon père qui m'a appris à jouer. Ensuite, à 7 ans, j'ai intégré le club d'échecs de mon quartier avec mon frère. Au départ, c'était plutôt un loisir, puis c'est devenu ma profession.
Qu'est-ce qui vous a motivé à ne jamais lâcher ?
C'est mon pays d'enfance, la Bulgarie. À 7 ans, j'ai commencé les compétitions. Petit à petit, j'ai intégré les équipes de Bulgarie. C'était une autre époque, mais elle m'a permis d'évoluer, d'apprendre plein de choses et de construire la personne que je suis aujourd'hui.
Vous êtes à la fois joueuse, entraîneuse, présidente de club et maintenant organisatrice. Quelle casquette vous ressemble le plus ?
Un peu toutes. Mais pour la première fois, je vais organiser un événement d'une grosse ampleur. Jusqu'à présent, avec l'équipe, on organisait plutôt des événements sur une journée. Là, ce sera une vraie fête des échecs pendant plusieurs jours.
Comment est née cette idée du Festival Apogée ?
On y réfléchissait depuis un moment. Avec Éric Fuchs, nous organisons déjà trois événements par an depuis six ans. L'arrivée de Bruno Mangin dans le club nous a poussés à aller plus loin. Il nous a dit qu'il fallait faire renaître l'idée d'un tournoi sur plusieurs jours. On s'est réunis autour d'une table et on s'est dit : on y va.
Le festival mêlera échecs, éloquence, patrimoine gardois. C'était important, pour vous, de sortir les échecs de la salle de tournoi ?
Oui, exactement. Nous allons parler des échecs pendant plusieurs jours, mais pas seulement entre joueurs. Il y aura notamment des animations à Nîmes, à Caissargues, au Pont du Gard. L'idée, c'est aussi de faire découvrir les monuments, les arènes, la Maison Carrée, le patrimoine de Nîmes et du Gard.
Vous voulez aussi donner une nouvelle image des échecs ?
Oui. Les échecs ne sont pas toujours très médiatisés, mais c’est un jeu qui peut rassembler tout le monde. Les enfants, les parents, les grands-parents. Autour d’un échiquier, toutes les générations peuvent se retrouver.
Le champion du monde Veselin Topalov sera également présent. Que représente cette venue ?
C’est un invité d’honneur. Sa présence donne forcément une dimension particulière au festival. C’est important pour les passionnés, mais aussi pour les jeunes qui pourront voir de près un très grand champion.
« Les échecs apprennent à réfléchir avant d’agir »
On imagine souvent les échecs comme un sport calme. Dans la tête d’un joueur, c’est vraiment calme ?
Non, c’est très intense. Il faut réfléchir, calculer, choisir la meilleure variante. Dans les positions compliquées, il faut prendre la bonne décision. Avec l’expérience, on apprend à gérer ces moments, mais l’intensité est bien là.
Que vous ont appris les échecs dans la vie de tous les jours ?
La concentration, la stratégie, la capacité à avoir un but. Les échecs apprennent beaucoup de choses. On apprend à réfléchir avant d’agir, à prendre des décisions, à accepter aussi les erreurs.
Le Caissargues Chess Club, que représente-t-il pour vous ?
C’est comme mon enfant. Je l’ai créé il y a six ans pour développer le jeu d’échecs comme je le vois. Depuis le début, je ne suis pas seule. Éric Fuchs est là, avec l’équipe du club. Ce que j’aime, c’est réussir à réunir les familles, les enfants, les parents, parfois les grands-parents, autour du jeu d’échecs.
À la fin de cette première édition, qu’aimeriez-vous que les joueurs et les familles retiennent ?
J’aimerais qu’ils se disent : c’était super, on revient. On commence déjà à réfléchir à la suite. On n’a pas envie de s’arrêter là.