L’exposition "Christian Lacroix, dessins, gribouillages et graffitis" est à découvrir jusqu'au 4 octobre au musée Réattu d'Arles*. Elle retrace le parcours du célèbre couturier arlésien, dessinateur inspiré depuis sa prime enfance. Les œuvres présentées à partir du 4 juillet proviennent d'un fonds de dessins inédits prêtés par l’association "Archives et Patrimoine Monsieur Christian Lacroix", récemment installée à Arles.
Ce fonds, d’une grande richesse, dont le but est de développer la recherche autour de l’œuvre de Christian Lacroix, conserve des croquis d’enfant, des dessins de mode, des maquettes de costumes de scène, des illustrations pour des livres ou des magazines, etc. La diversité des supports conservés (carnets d’hôtels, enveloppes décachetées, post-it, toiles, objets en céramique) et des techniques expérimentées (crayon, feutre, encre, gouache, acrylique, palette graphique, collage) témoigne d’une pratique constante et intime du dessin chez Christian Lacroix.
"Je n'ai jamais appris à dessiner"
Si quatre grandes thématiques ont été retenues - Arles, la Provence, et la Camargue ; dessiner la mode ; dessiner le costume ; les méthamorphoses du dessin - l'objectif de cette exposition est avant tout la mise en exergue des lignes de force qui ont guidé et guident toujours cet autodidacte prolifique. Il avoue d'ailleurs "avoir horreur du vide". Aussi, depuis toujours, il griffonne, crayonne sur tous les supports, ce qui lui passe par l'esprit en lisant un livre, en se promenant dans Arles, dans les Alpilles, en allant aux corridas, en observant des photos… "Je n'ai jamais appris à dessiner, ni à peindre. Je ne sais pas faire quelque chose de classique, comme dessiner un portrait réaliste, et je ne le saurai jamais", avoue-t-il. "Je dessine des caricatures, c'est plus ludique." Il se rappelle que sa mère l'avait présenté à des concours de dessins durant sa jeunesse à Arles : "Je n'ai jamais rien gagné. Je me suis rattrapé après."
Le créateur venu à la mode un peu par hasard - il a suivi des études d'histoire de l'art à Montpellier puis à Paris et se destinait plutôt au métier de conservateur de musée - a montré à la fin des années soixante-dix ses dessins à des maisons de couture. Il reconnait avoir rencontré des difficultés à réaliser des croquis respectant les proportions. "Quand je suis entré chez Patou, j'étais un peu embêté. J'utilisais des collages pour y parvenir. Ce fut la même chose lors de mes collaborations après au théâtre."
Une attirance pour le noir
Les très nombreuses œuvres présentées (impossible à chiffrer) dans cette exposition témoignent aussi de son attirance pour le noir utilisé pour les dessins, les croquis, les graffitis et autres gribouillages. Cela peut intriguer le visiteur tant le créateur de mode est connu pour les vêtements aux couleurs chatoyantes de ses collections. Le noir l'inspire beaucoup, depuis toujours. "La nuit, je rêve en noir et blanc", donne-t-il comme explication.
Cette première exposition des œuvres tirées du Fonds prêtés par l’association "Archives et Patrimoine Monsieur Christian Lacroix" au musée Réattu peut éveiller des vocations. C'est du moins ce qu'espère Andy Neyrotti, responsable du pôle étude-conservation du musée. "Le but de ce fonds est aussi de produire de la recherche avec des étudiants. On fouille dans 70 ans d'archives, de la maternelle à nos jours. Toute une vie de dessin, et d'innombrables données numériques accumulées par Christian Lacroix sur des disques durs externes."
Un lien intime avec la photographie
En écho à l'exposition consacrée à l’œuvre dessinée de Christian Lacroix, le musée Réattu explore également tout au long du parcours muséal, la relation que ce créateur insatiable, formé à l'histoire de l'art, commissaire d’expositions et invité d’honneur des Rencontres en 2008, entretient avec la photographie, en présentant une sélection d’œuvres qu’il a acquises depuis une trentaine d’années, à travers différents coups de cœur personnels ou projets professionnels.
Cette collection de photographies dont l’intérêt et la cohérence tiennent autant à l’œil de connaisseur de Lacroix qu’à son besoin d’enrichir en permanence sa propre création de nouvelles images, formes et couleurs, couvre un spectre esthétique assez large, qui s’étend des scènes de la vie quotidienne de Véronique Ellena et Guillaume Janot, aux approches poétiques et décalées de la photographie de mode par Sarah Moon ou Grégoire Alexandre.
Le visage de Christian Lacroix, comme emblème et incarnation de sa maison de couture pendant plus de vingt ans, y est aussi un sujet récurrent, interprété, entre autres, par Annie Leibovitz, Paolo Roversi, Mario Testino ou Erwin Wurm.
*À découvrir jusqu'au 4 octobre au musée des Beaux-Arts de la ville d'Arles, musée Réattu, 10 rue du Grand Prieuré de l'Ordre de Malte, Arles. Réservation : 04 90 49 37 58. Tarif 8 €/6 €.