C'est un chantier à la mesure des ambitions affichées par SNCF Réseau. Ce vendredi, sur la vaste base de travaux aménagée à Laudun-l'Ardoise, les responsables du gestionnaire d'infrastructures ferroviaires ont présenté les contours d'une opération exceptionnelle : la régénération complète de la ligne de la rive droite du Rhône entre Bourg-Saint-Andéol et Saint-Gervasy. Un chantier colossal de 230 millions d'euros qui s'étalera du 17 août 2026 au 2 août 2027.
Cette opération s'inscrit dans un programme plus large de modernisation des infrastructures ferroviaires en Occitanie, où SNCF Réseau investit plus de 550 millions d'euros cette année. « Il représente un investissement énorme mais chaque euro investi génère 0,90 centime d'euros d’achat ou de création de richesse indirecte dans le secteur », a souligné Thomas Hernandez, directeur régional de SNCF Réseau Occitanie, devant les élus et partenaires réunis pour cette visite de chantier.
Un kilomètre de voie renouvelé chaque jour
L'enjeu est stratégique. La ligne de la rive droite du Rhône constitue l'un des principaux axes fret du pays, reliant le nord de la France et l'Europe à l'Espagne, tout en participant à l'offre de transport régional. Pour maintenir ses performances, SNCF Réseau va procéder au renouvellement intégral de 160 kilomètres de voies ferrées.
Pour y parvenir, l'entreprise déploiera un impressionnant « train usine », un dispositif industriel composé en réalité de neuf trains spécialisés capables de renouveler jusqu'à un kilomètre de voie par jour. « Tous les 40 à 50 ans, il est nécessaire de remplacer intégralement les infrastructures ferroviaires, comme on change une voiture devenue trop ancienne malgré son entretien », explique Hugo Fraisier, maître d'ouvrage opérationnel du chantier.
Au total, 310 000 tonnes de ballast (le caillou qui maintient la plate-forme), 270 kilomètres de rails et près de 245 000 traverses en béton seront remplacés. Les travaux se dérouleront quotidiennement à partir du 17 août prochain, jusqu'au 2 août 2027, entre 8 heures et 17 heures, permettant le retour des circulations ferroviaires chaque soir, notamment des frets commerciaux et des TER qui circuleront normalement les week-ends.
Une mobilisation de 450 personnes
Derrière ces chiffres vertigineux se cache une organisation millimétrée. Pas moins de 450 salariés de SNCF Réseau et des entreprises partenaires, notamment du groupe Eiffage, seront mobilisés sur le chantier.
La base arrière de Laudun-l'Ardoise, entièrement réhabilitée pour l'occasion, jouera un rôle central dans cette organisation. Chaque jour, plusieurs trains viendront y charger et décharger le matériel nécessaire aux opérations. Une activité qui se poursuivra également la nuit afin d'assurer le réapprovisionnement et la maintenance des équipements.
« Ce type de chantier nécessite une logistique extrêmement importante. Nous devons acheminer plus de 2 200 tonnes de ballast par jour tout en garantissant la reprise du trafic ferroviaire chaque soir », précise Hugo Fraisier.
Un chantier laboratoire pour l'économie circulaire
Si ce chantier impressionne par son ampleur, il se distingue également par son approche environnementale. SNCF Réseau a fait de cette opération un véritable laboratoire d'innovations en matière d'économie circulaire.
L'intégralité des matériaux déposés sera ainsi revalorisée. Les anciens rails seront fondus afin de produire de nouveaux « rails verts », les traverses en béton seront concassées puis réutilisées pour aménager plus de 125 kilomètres de pistes ferroviaires, tandis qu'une partie du ballast sera lavée et réemployée directement sur le chantier.
Autre innovation, l'utilisation d'eaux usées retraitées pour l'arrosage des pistes et la limitation des poussières. Une expérimentation inédite qui permettra de réutiliser près de 400 m³ d'eau sur les 500 m³ nécessaires aux travaux.
Dans un contexte de sécheresse et de risque incendie accru, SNCF Réseau expérimente également l'application de produits retardants sur les abords des voies afin de limiter les départs de feu lors des opérations de découpe des rails.
« Nous voulons démontrer qu'il est possible de mener un chantier industriel de cette ampleur tout en réduisant considérablement son impact environnemental », insiste Thomas Hernandez.
Une seconde vie pour la base de Laudun-l'Ardoise
À l'issue des travaux, la base arrière de Laudun-l'Ardoise ne sera pas démantelée. Elle devrait au contraire servir de support à de futurs projets industriels.
David Biallet, vice-président de l'agglomération du Gard rhodanien en charge des mobilités, a rappelé que le site pourrait notamment accueillir le développement du projet porté par la société MGH, spécialisée dans la production d'énergies décarbonées destinées au secteur maritime.
« SNCF Réseau réalise un travail remarquable de réhabilitation des infrastructures dont notre territoire pourra ensuite bénéficier. C'est un partenariat concret qui favorisera l'installation de nouvelles activités économiques », s'est félicité l'élu.
Après plusieurs mois de travaux préparatoires engagés dès janvier dernier, le premier coup de pioche industriel sera donné le 17 août prochain au nord de la ligne, près de Bourg-Saint-Andéol. Une nouvelle visite du chantier, cette fois directement sur les voies, est d'ores et déjà prévue à l'automne.