Publié il y a 1 h - Mise à jour le 03.07.2026 - Romain Fiore - 4 min  - vu 88 fois

ALÈS La liquidation judiciaire de Sauramps sonne la fin d'une institution culturelle en centre-ville

Sauramps Alès

La librairie a baissé les rideaux depuis ce vendredi matin. 

- Romain Fiore

Ce vendredi 3 juillet 2026, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation judiciaire de la librairie Sauramps, mettant fin à près de 80 ans d’histoire pour cette enseigne emblématique. À Alès, comme dans toutes ses boutiques de Montpellier, les rideaux de métal sont tombés définitivement, laissant place à la tristesse des salariés, des clients et des commerçants voisins.

Le rideau de fer est baissé, les lumières sont éteintes et, derrière la vitrine de la place Saint-Jean, un simple mot d'adieu témoigne de la fin d'une aventure qui aura marqué plusieurs générations d'Alésiens. Ce vendredi 3 juillet, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation judiciaire du groupe Sauramps, entraînant la fermeture définitive de l'ensemble des librairies de l'enseigne, dont celle d'Alès.

Fondée il y a près de 80 ans, Sauramps était l'une des plus importantes librairies indépendantes de France. Après plusieurs années de difficultés économiques, un redressement judiciaire ouvert à la mi-juin et l'absence de repreneur crédible, l'enseigne n'a pas pu être sauvée. Une décision qui met fin à vingt-quatre années de présence de Sauramps au cœur d'Alès et qui laisse six salariés sur le carreau.

Une page qui se tourne en centre-ville

Ce vendredi après-midi, devant la librairie fermée, les passants s'arrêtent, lisent le message affiché sur la porte et peinent à cacher leur émotion.

« Ils vont fermer parce qu'ils ont fait faillite, c'est ça ? C'est dommage parce que c'était un établissement incontournable. C'était quand même une librairie connue du centre-ville », confie Anna, qui passait devant la boutique avec son chien. Installée depuis quelques années à Alès, elle fréquentait ponctuellement l'établissement. « Peut-être que les gens n'ont plus les moyens. Et puis il y a internet aussi. Quand on marche en ville, on voit de plus en plus de magasins qui ferment. »

Sauramps Alès
Après 24 ans années d'existance, Alès dit adieu à Sauramps.  • Romain Fiore

À quelques mètres de là, au Bar des Forains, l'annonce a provoqué un véritable choc. « Franchement, j'en ai des frissons dans le dos », lâche Karine Dumas qui gère le commerce. « J'avais beaucoup de clients qui venaient me dire : "Je vais acheter des livres à Sauramps". Ça va nous faire très mal. Je ne comprends pas comment ils ont fait pour fermer. Quand on parle de 4 millions d'euros de pertes, ça fait peur. »

Même constat chez Luc, habitué du centre-ville : « Nous, on n'est pas très littéraires, mais c'était important pour les enfants, pour les jeunes qui y allaient avec l'école. Après, ce n'est pas à cause d'Alès que ça ferme, c'est la maison mère de Montpellier. Ça faisait plusieurs semaines que les gens n'y allaient plus beaucoup. Et puis avec les loyers... Quand on voit ce qu'ils payaient, est-ce que ça les valait vraiment ? »

Derrière les chiffres et les procédures judiciaires, il y a surtout des salariés qui voient s'effondrer des années de vie professionnelle et humaine. Au total, 54 salariés du groupe sont concernés par cette liquidation judiciaire, dont six à Alès.

« Une nouvelle douloureuse pour Alès »

Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, a rapidement réagi à cette annonce en ce début d'après-midi. « La liquidation judiciaire de Sauramps en Cévennes est une nouvelle douloureuse pour Alès. Elle frappe d'abord les salariés, dont l'emploi, le quotidien et l'avenir immédiat se trouvent aujourd'hui bouleversés. Je veux leur dire ma considération, mon respect et mon soutien », a-t-il déclaré.

Sauramps Alès
La fermeture de la librairie a été acté ce vendredi matin.  • R.F.

L'édile a également tenu à rappeler la place particulière qu'occupait la librairie dans la vie locale : « Sauramps était une adresse familière. Je pense à celles et ceux qui l'ont fait vivre, année après année, avec professionnalisme et attachement. Je pense aussi aux habitants qui y avaient leurs habitudes, leurs souvenirs, leurs repères. À celles et ceux qui ont tenu cette librairie, je veux dire notre reconnaissance. »

Une fin annoncée depuis plusieurs mois

Cette fermeture, aussi brutale soit-elle, n'a malheureusement surpris qu'à moitié les observateurs. Dès le début de l'année, plusieurs signaux inquiétants étaient apparus. À Montpellier, Sauramps avait annoncé la fermeture prochaine de sa boutique du centre commercial Polygone. À Alès, les clients constataient progressivement que les rayons se vidaient.

Une grande partie de l'étage, autrefois entièrement occupée par des ouvrages, avait été fermée au public. Les « Non, nous ne l'avons pas » se multipliaient face aux demandes des lecteurs.

En janvier dernier, Valérie Desbrosses, responsable de la librairie alésienne, affirmait pourtant vouloir « rester positive » et continuer à faire son travail « du mieux possible ». Mais la situation économique du groupe s'était progressivement dégradée, sur fond de baisse de fréquentation, d'augmentation des coûts et de concurrence accrue.

Une concurrence à outrance

L'arrivée récente de nouvelles enseignes culturelles comme Cultura, mais aussi la concurrence des géants du commerce en ligne et des plateformes d'occasion, ont contribué à fragiliser davantage le modèle économique des librairies indépendantes.

Sauramps Alès
Le message laissé devant Sauramps ce matin.  • R.F.

« En vrai, je m'en doutais », reconnaît Thomas, passant et étudiant à l'École des mines. « Plus personne n'achète vraiment en librairie aujourd'hui. Moi-même, je préfère acheter mes livres sur internet ou d'occasion sur des sites spécialisés. C'est plus simple que de chercher dans une librairie avec dix mille bouquins. »

Au-delà des raisons économiques, la fermeture de Sauramps laisse surtout un vide symbolique. Celui d'un lieu culturel, d'un commerce emblématique et d'un repère du centre-ville alésien, qui aura accompagné pendant près d'un quart de siècle les habitudes de lecture de plusieurs générations. Aujourd'hui, derrière le rideau baissé de la place Saint-Jean, c'est un morceau de la vie culturelle alésienne qui disparaît.

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