Ce jeudi 6 février, l’Opéra Grand Avignon accueillait Julie Fuchs dans Satie & Friends, récital en écho à son quatrième album solo Je te veux, paru en novembre 2025 chez Sony Classical.
Retour aux sources
Dès les premières pages, le concert s’installe dans une relation chaleureuse entre la scène et la salle. L’atmosphère se veut ouverte, joueuse, participative. La soprano, très à l’aise sans jamais perdre sa rigueur, dialogue avec le public, l’associe aux rythmes, parfois au chant, et installe un climat de concert vivant, loin de tout formalisme figé.
Le programme rend hommage à Erik Satie et à l’effervescence de la Belle Époque. Il traverse un Paris bohème et populaire, nourri de cabaret, de chansons à texte, de valses lentes, de mélodies impressionnistes et de textes parlés. Le répertoire circule de Chabrier à Chaminade, de Bruant à Poulenc, faisant dialoguer écriture savante et langage de la rue, gouaille parisienne et raffinement mélodique.
La diva de l'Empire
Délicatement sonorisée, Julie Fuchs aborde ce concert d’une voix chaude, au vibrato généreux. Elle a réduit un peu de volupté à son timbre, afin de le rendre plus clair. Sa présence scénique, précise et attentive à l’espace, permet à la voix de trouver naturellement sa place dans la salle. Elle navigue avec aisance entre les univers, passant du raffinement de Debussy et Chaminade à l’énergie des chansons de Bruant, comme Le chat noir.
Au cabaret, où elle nous invite enfin, sa voix se rapproche d’un dire chanté hérité du début du XXᵉ siècle. La diction, particulièrement soignée, rend le texte immédiatement lisible et met en valeur chaque intention. Certains morceaux rencontrent un écho immédiat et réjouissant, notamment Tu ne manieras pas mes tétons d’Aristide Bruant, dont l’esprit cabaret entraîne la salle à répondre spontanément en chœur.
Autour de la soprano, les musiciens participent pleinement à cette dynamique collective. Alphonse Cemin au piano en constitue l’axe central. L’accordéoniste Félicien Brut, visiblement très heureux d'être là, invite Davide Vittone à la contrebasse dans Passion puis Indifférence de Tony Murena, puis Alexis Cárdenas au violon dans la Sonate pour violon et piano de Poulenc, faisant émerger deux duos particulièrement marquants, salués par le public.
Julie Fuchs lumineuse
Allons-y, chochotte d’Erik Satie, la soprano convie sur scène la basse Florent Baffi, qu'elle connaît bien. Son apparition assume un registre burlesque et théâtral qui prolonge l’esprit du programme. Le récital offre à entendre Satie autrement. Dans un esprit léger, parfois espiègle, ces pages quittent le cadre strictement classique et invitent à redécouvrir un répertoire familier sous un jour nouveau.
En rappel, Le Temps des cerises conclut la soirée, avant une séance de dédicaces. La soprano invite à retrouver ce magnifique moment au mois d'août, lors du festival Nos jours heureux à Saint-Bonnet-du-Gard.