Aux Archives départementales du Gard, l’exposition « Le temps de la guerre 1939-1945 dans le Gard » invite le public à redécouvrir l’histoire du département durant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’au 31 mai 2027, plus de 500 objets, photographies et documents retracent les parcours de résistants de toutes nationalités, de victimes de la répression, de journalistes, de soldats ou encore de civils confrontés au quotidien de la guerre. Préparée pendant deux ans par les équipes des Archives, l’exposition a reçu le label national « Mission Libération », qui distingue les projets liés aux 80 ans de la Libération.
Conférences
À travers ces archives et témoignages, la mémoire du Gard en guerre se dévoile. Dans le but d'approfondir ces thématiques, les Archives départementales proposent un cycle de conférences réunissant historiens, chercheurs et témoins. C’est dans ce cadre qu’a été organisée, samedi 28 mars à l’auditorium des Archives à Nîmes, une conférence consacrée au camp de concentration du Vernet d’Ariège, animée par Fernando Sanchez et Raymond Cubells.
Les deux intervenants ont retracé l’histoire de ce camp ouvert le 9 février 1939 pour interner les Républicains espagnols fuyant la guerre civile. Les premiers internés arrivent par train et découvrent un camp encore dépourvu de baraquements, contraints de dormir dehors avant de construire eux-mêmes les installations. Les conférenciers ont fait revivre cette réalité à travers des témoignages d’internés et de nombreux dessins réalisés dans le camp, aujourd’hui conservés par l’Amicale du camp du Vernet. Les œuvres d’artistes internés comme Sikachinsky, Carlos Duchatellier, Giuseppe Capone ou Igor Yasinsky, mais aussi un carnet de dessins écrit par Sandor Garaï et illustré par Vladimir Makaroff, montrent comment l’art a servi à la fois de témoignage et de forme de résistance face à l’enfermement.
Alexandre Grothendieck
La conférence a également mis en lumière un destin directement lié au Gard et à Nîmes, celui d’Alexandre Tanaroff, connu sous le nom de Sacha Schapiro, anarchiste d’origine russe et père du futur grand mathématicien Alexandre Grothendieck.
Après la Retirada de février 1939, Schapiro et sa compagne Jeanne Raddatz, dite Hanka Grothendieck, réfugiée politique, trouvent refuge en France. Après un passage en région parisienne, ils récupèrent leur fils Alexandre, laissé en Allemagne depuis 1933 auprès d’amis. La famille rejoint ensuite Nîmes à l’automne 1939, où elle participe aux vendanges. Hanka est employée comme domestique chez le commissaire de la ville.
Mais la situation des étrangers devient rapidement précaire. Le 29 octobre 1939, le commissariat central de Nîmes dresse une liste d’étrangers considérés comme suspects et destinés à être internés au camp de concentration du Vernet d’Ariège. Parmi eux figure « Panaroff Alexandre, réfugié russe anarchiste », pseudonyme utilisé par Schapiro.
Arrêté à Nîmes
Le document, conservé aux archives départementales du Gard et présenté lors de la conférence, mentionne également son inscription au carnet B, fichier de surveillance des individus jugés dangereux pour la sûreté de l’État (ex fichier S).
Arrêté à Nîmes, Sacha Schapiro est interné au camp du Vernet le 31 octobre 1939. Il sera ensuite transféré au camp de Drancy, avant d’être déporté à Auschwitz le 19 août 1942, où il est assassiné dès son arrivée.
Pendant ce temps, Hanka Grothendieck et leur fils Alexandre connaissent eux aussi l’internement, notamment au camp de Rieucros en Lozère. Le jeune Alexandre sera finalement caché au Chambon-sur-Lignon pendant la guerre. Après le conflit, il deviendra l’un des plus grands mathématiciens du XXᵉ siècle et recevra en 1966 la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques.
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