Objectif Gard : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
André Deljarry : Je suis Tarnais d'origine et dans le Tarn, je n'avais pas grand-chose à y faire alors je suis parti. Je me retrouve à Saint-Étienne où j'intègre le groupe Casino en 1976. Ensuite, je rencontre en boîte de nuit, Jean-Pierre Abril, un Gardois, qui m'a demandé de venir travailler avec lui. Ainsi, en 1980, je suis rentré chez Intermarché que je n'ai plus quitté jusqu'en 2006. À Nîmes, l'Intermarché Charlemagne, c'est moi qui l'ai ouvert. Je me suis marié avec une Alésienne en 1982. Le maire, c'était le père Roucoutte, un communiste. Comme quoi tout peut t'arriver (rires) !
Qu'est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans les affaires ?
À l'époque, quand je suis arrivé à Montpellier en 1985, je suis directeur général. Jean-Pierre Abril me dit : il faut que tu voles de tes propres ailes et que tu crées ton Intermarché. Je l'ai fait à Montpellier, il y en avait trois à l'époque. Un jour je vais voir Georges Frêche, maire et président de Montpellier Agglomération, car je voulais développer des magasins dans tout l'Hérault. Il me dit Deljarry, chaque fois que je vais à la culture, au sport, systématiquement, je veux vous voir. Si je vois Intermarché partout, vous aurez toutes les autorisations. Aujourd'hui, il y a plus de 30 Intermarché dans l'Hérault. Ce n'est pas moi qui les ai tous ouverts, mais j'y ai contribué.
"J'ai cette passion de fabriquer le territoire"
Il y a aussi une volonté de structurer le territoire, n'est-ce pas ?
C'est le principe même de l'économie, on doit fonctionner en toile d'araignée. Cette volonté d'être chef d'entreprise, faut aussi la transmettre. J'ai cette chance-là. L'un de mes fils part chez Super U pour ouvrir d'ici la fin de l'année à Grabels. Et l'autre ouvre des salles de sport à Nîmes, une au 7 Collines, dont je suis propriétaire du centre commercial, et une à Carémeau. Moi mon job c'est donner l'envie d'avoir envie, comme la chanson. Derrière tous les chefs d'entreprise, il y a des emplois et politiquement, on ne le dit pas assez. J'ai cette passion de fabriquer le territoire pour garantir l'emploi et l'économie.
Pourquoi cet engagement à la CCI Hérault ?
En 2006, je quitte la grande distribution, j'avais gagné pas mal d'argent. Je voulais rendre au territoire ce qu'il m'a donné. J'ai commencé par le Medef où j'ai été président pendant quatre ans. Après, on est venu me chercher pour la CCI. Ce sont deux accidents. À cette époque, on a passé trois présidents en trois ans à la chambre, il y avait des disputes. On m'a dit : André, avec le bazar qu'il y a, il faut que tu reprennes la chambre. Je suis arrivé en 2011 comme président de la CCI Montpellier puis Hérault, il y avait 56 000 entreprises dans le département. Aujourd'hui, on en compte 104 000. Évidemment, certaines sont mortes au milieu. Pour moi la CCI en deux mots : c'est un facilitateur et un accompagnateur de territoire. On n'a pas d'argent mais on travaille avec l'État et toutes les collectivités.
"On doit tous participer au territoire si l'entreprise le peut"
Il n'y a pas d'argent, est-ce pour cela que vous avez décidé de ne pas vous rémunérer ?
Dans tout ce que je fais, il y a un message. D'abord je n'étais pas là pour gagner de l'argent mais je comprends les présidents qui prennent leur rémunération. Quand vous n'êtes pas dans votre entreprise, il faut se réorganiser et mettre des personnes pour vous remplacer. Moi, ce n'était pas mon cas. Aujourd'hui, je suis promoteur immobilier avec 150 locataires. Cinq, six personnes gèrent, je passe le lundi matin, le vendredi après-midi et tout va bien. Mes boîtes n'ont pas besoin de moi.
Quel est votre plus grande réussite à la CCI ?
Ce sera le campus Anima. La construction des 32 000 m² dans le quartier Cambacérès de Montpellier (projet supérieur à 100 M€). Sans formation, il n'y a pas d'entreprise. Quand on forme aujourd'hui 11 000 personnes au niveau du CFA, 3 500 au niveau de la Business School, 87 % d'entre eux trouvent un emploi le lendemain. Ça va donner un nouveau souffle au territoire. Une école comme la Business School qui a 130 ans, il fallait la déplacer pour donner une nouvelle impulsion. Elle est triplement couronnée, cette école avec de grandes valeurs. Je cherche des endroits avec des valeurs. Je suis dans le monde du sport, on a aidé le hand à Montpellier dans une période où il était mal. À cette époque, dix chefs d'entreprise se sont regroupés pour faire repartir le MHB. Aujourd'hui, c'est mon fils le président. Je suis dans la culture, j'aide le Jardin des plantes en tant que mécène. On doit tous participer au territoire si l'entreprise le peut.
Que souhaitez-vous que l'on retienne de vous dans 10 ou 20 ans ?
Je sais pas, peut-être que l'on va me le dire le 21 mai prochain quand on va me remettre la Légion d'honneur. Je voudrais que l'on retienne la notion de bâtisseur, j'ai beaucoup travaillé là-dessus. On transforme les villes comme le font les maires qui veulent laisser quelque chose. Et aussi ce lien social, de ne pas laisser les autres au bord du chemin. C'est ce que je veux dire aux chefs d'entreprise : ne restez pas seuls, c'est en croisant les expériences que l'on réussit tous ensemble.