Ce jeudi soir, rendez-vous était donné chez le patron de la peña Del Fuego, Wladimir Mercier. Ce soir encore, comme souvent, la véranda de son pavillon est transformée en salle de répétition. Et ça répète sec : il faut dire que dès lundi, et jusqu’à vendredi, Wladimir et huit de ses musiciens seront au Salon de l’agriculture pour mettre l’ambiance sur les stands occitans et surtout le stand gardois.
« On est dans les starting-blocks », glisse le chef, trompette à la main. Qui se remémore ce jour où, il y a un peu plus de cinq ans, le président du Conseil départemental d’alors, Denis Bouad, lui fait part de son envie de créer un bodega, la Bodegard, au Salon de l’agriculture. « Et il me dit qu’il ne voit que la peña Del Fuego pour l’animer », sourit Wladimir Mercier.
« Qui est cette fanfare dont tout le monde me parle ? »
Il monte alors avec sa joyeuse bande, tout juste devenue peña résidente de la ville de Bagnols, pour « quatre passages d’une heure chaque jour, rappelle Wladimir Mercier. Les organisateurs sont venus nous voir en nous disant que ce n’était pas une feria, et ont réduit nos passages à trois-quarts d’heure. » Qu’à cela ne tienne, ses passages chronométrés, la peña en fait à chaque fois un événement. Au point qu’en 2024, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau passe les voir en leur disant : « Qui est cette fanfare dont tout le monde me parle ? »
Cette année, Wladimir Mercier s’attend à un salon encore plus fréquenté sur les stands régionaux. « Comme c’est une année spéciale, sans les bovins (du fait de la crise de la dermatose nodulaire, NDLR), les gens vont se reporter sur les stands des régions, et celle qui est connue pour mettre le plus le feu, c’est l’Occitanie », pronostique-t-il. Alors « on est obligés de mettre le feu, on est attendus », poursuit-il.
La peña, qui compte de dix à douze membres, part à neuf, le nombre de places du minibus. De quoi embarquer trois trompettistes, un altiste, un saxophoniste, un ténor, un batteur, un trombone et un euphonium, un tuba ténor. Dans le tas, deux nouveaux : Mathias, saxophoniste de 19 ans, et Leonardo, batteur de 24 ans. « C’est un honneur pour moi d’être sélectionné », affirme le plus jeune de la peña, qui s’attend à « un grand moment ». Cinq ans plus âgé, Leonardo se dit « tranquillou mais motivé, j’ai hâte », et compte profiter à plein de son remplacement à la batterie.
Tout ce beau monde sera logé toute la semaine dans un appartement de quatre chambres loué par la peña, « dans un esprit famille », glisse Wladimir Mercier, dont l’épouse Elodie, surnommée « Céline de Dions » ou « Mariah Careiron », fait aussi partie de la bande.
La peña s’exporte
Une bande créée en 2020, qui s’est donc professionnalisée autour de Wladimir Mercier, chef de peña depuis 41 ans. « Nous avons la licence spectacle vivant, on peut embaucher des intermittents, j’ai six ou sept professionnels dans la bande, accompagnés par d’autres qui jouent dans des orchestres et qui viennent nous donner un coup de main », précise Wladimir Mercier. Car la peña a des activités toute l’année : en dehors des fêtes, on la retrouve dans des cérémonies patriotiques, des mariages et même… des enterrements. « On en a fait deux cette année », glisse le patron, qui précise que dans ces cérémonies, le client demande souvent « Les copains d’abord » de Brassens.
Mais le Salon de l’agriculture reste « une grosse vitrine, mieux que les ferias car là on tape toute la France, avec de grosses retombées », affirme-t-il. Ainsi, la peña a pu jouer à Monaco récemment, devant le prince Albert, « et on a été tellement appréciés qu’on a été labellisés », sourit-il. La joyeuse troupe a aussi pu jouer en Allemagne à la fête de la bière ou dans la ville jumelle d’Uzès, à Schriesheim, dans des soirées privées, au Mondialito de foot en salle et en juin prochain chez Jean-Pierre Foucault.
D’ici là, la peña jouera cinq passages de vingt minutes par jour de lundi à vendredi sur le salon, des grands classiques des peñas, pour « une ambiance feria », pose Wladimir Mercier. Qui prévient : « Cette année, on va aussi chanter. »