Publié il y a 1 h - Mise à jour le 08.05.2026 - Sabrina Ranvier - 3 min  - vu 48 fois

FAIT DU JOUR En Angleterre, des lycéens de Camus ont rejoué le procès de Nuremberg

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Professeurs et élèves à Cambridge (Angleterre) pour la reconstitution du procès de Nuremberg. 

- Photo Lycée Camus

Quatre élèves nîmois, trois profs et une mission : plaider en anglais devant un jury de professionnels à l’université de Cambridge. Ils ont participé à une reconstitution internationale commémorant les 80 ans de ce procès des hauts dignitaires nazis.

8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule. Après six ans de conflit, la Seconde Guerre mondiale s’achève en Europe. Adolf Hitler s’est suicidé. Karl Dönitz lui a succédé pour 23 jours. Hermann Goering, fondateur de la Gestapo, et Albert Speer, ministre de l'Armement du IIIᵉ Reich, sont toujours vivants… Comment juger les crimes commis par les nazis ? Le 20 novembre 1945 s’ouvre le procès de Nuremberg. Il se terminera le 1ᵉʳ octobre 1946. Vingt-quatre hauts dignitaires nazis sont poursuivis. Vingt-et-un se présenteront devant la cour.

Quatre-vingts ans plus tard, Anna, Théophile, Eléa et Ambre, quatre lycéens nîmois âgés de 15 à 17 ans, se sont replongés dans ce procès historique. Les 8 et 9 avril derniers, ces élèves de première du lycée Camus ont plaidé devant un jury de professionnels anglophones dans la prestigieuse université britannique de Cambridge. D’autres élèves ou étudiants venus de Grande-Bretagne, d’Allemagne, d’Ukraine, du Canada et des États-Unis ont aussi pris part à cette reconstitution, financée par des mécènes, anciens élèves du collège Winston-Churchill de Cambridge.

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Les lycéens gardois lors du procès • Photo lycée Albert Camus

Un mois pour se préparer

Le lycée nîmois était le seul à représenter la France. Ils ont remplacé au pied levé un établissement héraultais qui s’était porté candidat avant de renoncer. « Le 11 février, on a reçu un appel de la délégation académique aux relations internationales. Est-ce que vous pouvez nous sauver ? », se souvient Fabienne Goizin, enseignante référente sur l’ouverture internationale et l’Europe au lycée Camus.

Thomas Mercieux, professeur d'anglais, Guillaume Morel et Loïc Berthoumieux, professeurs d'histoire-géographie, se chargent de recruter et de former des volontaires. Ils bouclent leur équipe moins de quatre semaines avant le départ. Les quatre lycéens suivent tous la spécialité Histoire-géographie-sciences-politiques-géopolitique, HGGSP. Tous ont un bon niveau en anglais. Trois d’entre eux sont en section euro-anglais, la quatrième est une élève tchèque venue passer un an en France. « On faisait les réunions sur la pause repas », sourit Théophile Hernando. « On avait déjà participé à un projet de modélisation des Nations unies », ajoute Ambre Micloconde.

Charge émotionnelle

Le véritable procès de Nuremberg a permis de juger, pendant dix mois, du 20 novembre 1945 au 1ᵉʳ octobre 1946, vingt-quatre hauts dignitaires nazis. Des magistrats soviétiques, français, britanniques et américains les ont poursuivis pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les organisateurs de la reconstitution ont demandé aux élèves de Camus de travailler sur trois dignitaires nazis. Théophile et Eléa De Sousa Lombardia ont plaidé contre Hermann Goering, numéro 2 du régime nazi. Anna Viktorova a fait de même contre Karl Donitz, éphémère successeur d’Hitler. Chacune des plaidoiries devait faire cinq minutes, en anglais. « C’était intéressant de voir la puissance de la parole », souligne Anna.

Ambre a eu la mission délicate de défendre l’architecte nazi Albert Speer. Elle fait des recherches pour trouver ses bons côtés, se documente beaucoup. « J’ai aimé le défendre mais je me sentais mal. Ma conscience en a pris un coup », confie-t-elle.

Après les différentes plaidoiries des élèves, le jury composé de deux magistrats professionnels et de deux historiens tranchait et déclarait si le haut dignitaire était reconnu coupable ou pas des faits pour lesquels il était poursuivi. Le but n’était pas d’obtenir le même verdict que celui du véritable procès* mais de juger de la pertinence des arguments des élèves. Le verdict des quatre élèves est unanime : tous sont prêts à repartir pour une nouvelle reconstitution de ce type.

* Lors du véritable procès de Nuremberg, 12 accusés ont été condamnés à mort, dont Hermann Goering. Albert Speer, lui, avait été condamné à 20 ans d’emprisonnement. Il avait reconnu sa culpabilité tout en niant sa responsabilité dans la solution finale.

Un juge nîmois au procès de Nuremberg

Quatre juges ont siégé en 1945-1946 à Nuremberg : un Anglais, deux Américains et le Français Henri Donnedieu de Vabres. Né en 1880 à Nîmes, il a enseigné le droit dans les universités d’Aix, de Montpellier et de Paris. Il a également été expert pour l’ONU. Il a fait partie des trois experts désignés par les Nations Unies pour travailler en 1948 sur le projet de convention pour la prévention des crimes et génocides. Il est décédé en 1952 à Paris. À la fin du procès de Nuremberg, on lui a offert un album avec 115 photos prises, lors des dix mois d'audience, par le photographe américain CW Alexander. Cet album est aujourd’hui conservé à la Maison d’Izieu, mais il a servi de base à un livre de 70 photos publié en octobre 2025, Nuremberg l’album du procès. Signé Stéphanie Boissard, Matthias Gemählich et Brigitte Sion, il a été publié aux éditions Tallandier.

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