Publié il y a 1 h - Mise à jour le 20.04.2026 - Baptiste Petit - 6 min  - vu 86 fois

FAIT DU JOUR Hausse des carburants : taxis, pêcheurs, infirmiers… ces métiers qui grincent des dents

FAIT DU JOUR Hausse des carburants : taxis, pêcheurs, infirmiers… ces métiers qui grincent des dents

Des prix qui ont augmentés rapidement, mais qui ne baisse pas aussi vite.

- Baptiste Petit

Alors que les prix du carburant continuent de peser lourd sur les budgets professionnels, certains métiers du Gard subissent de plein fouet une équation devenue intenable : des charges qui s'envolent, des tarifs qui ne suivent pas. Taxis, marins pêcheurs, infirmiers libéraux : trois professions, trois réalités, un même constat d'urgence.

Richard Wawrzyniak, chauffeur de taxi à Saint-Geniès-de-Malgoirès depuis bientôt 40 ans et président de la FNTI du Gard, a sorti les chiffres. Les trois premiers mois de 2025 et les trois premiers mois de 2026 n’ont pas été les mêmes pour son budget essence. Un chiffre d'affaires quasiment identique : 42 000 euros sur les deux périodes. Résultat sans appel : la part du carburant est passée de 9,2 % à 11,26 % du chiffre d'affaires, soit 841 euros de plus sur le seul trimestre. "C'est très important, sachant qu'on a déjà subi en novembre dernier une nouvelle convention Sécu qui nous a fait perdre environ 20 % de notre chiffre sur les courses médicales", explique Richard.

FAIT DU JOUR Hausse des carburants : taxis, pêcheurs, infirmiers… ces métiers qui grincent des dents
Richard Wawrzyniak et son taxi. • DR

La hausse du gazole ne s'est pas abattue sur une profession déjà solide, mais sur une profession déjà fragilisée. Depuis novembre, les entreprises conventionnées Sécurité sociale ont vu leurs recettes médicales s'effondrer, sans possibilité de compenser. Richard Wawrzyniak donne l'exemple d'un taxi qui a accompagné un patient jusqu'à la Timone, à Marseille, pour une consultation. Arrivé à 8h du matin, il n'a pu repartir qu'à midi et demi. Quatre heures et demie d'attente non rémunérées. "Le tarif d'attente, on nous l'a supprimé. Si j'avais eu un employé sur cette course, ça aurait été une journée entière pour presque rien."

Taxi, un métier réglementé

Face à cette double peine, les taxis ne peuvent pas augmenter leurs tarifs librement. Ce sont les préfectures qui les fixent. "Une course qui coûte 10 euros aujourd'hui, si demain on demande 15, les gens vont dire que c'est cher, et ils auront raison." Pour s'adapter, Richard Wawrzyniak optimise ses trajets, regroupe ses courses, incite ses clients médicaux à partir plus tôt pour permettre des transports partagés. Cette semaine encore, il a demandé à un patient de décaler son départ d'une heure et demie pour qu'il puisse enchaîner deux courses en un seul trajet. "Il m'a dit, c'est tôt Richard. Je lui ai dit : oui, c'est tôt, mais c'est comme ça, sinon je ne vous emmène pas." Contrainte, certes, mais seule solution pour économiser.

La menace pèse désormais sur les petites structures. "Il y a déjà une entreprise qui a licencié ses salariés depuis novembre. Elle préfère travailler seule et louer sa licence." Une logique de survie qui, si elle se généralise, pourrait réduire l'offre de transport dans les zones rurales du département, là où le taxi est souvent le seul lien vers les soins. Quant à l'électrique, souvent présenté comme la solution miracle, Richard Wawrzyniak tempère : sans borne à domicile (et il vit en appartement), le coût de recharge sur des bornes publiques revient au même prix que le diesel. "J'ai appelé deux collègues qui ont des voitures électriques. L'un d'eux a rechargé 70 % de son véhicule à la borne pour 45 euros. Il m'a dit : ça m'aurait coûté la même chose avec du gazole."

Les pêcheurs à la limite de la rentabilité

Au Grau-du-Roi, David Papy, marin-pêcheur et second à bord du chalutier Le Matthias Thauvin, également adjoint à la pêche de la ville, ne mâche pas ses mots. "Pour nous, marins pêcheurs, c'est une catastrophe." Le gasoil marin est passé de 70 centimes à 1,50 euro le litre en quelques mois, soit une hausse de près de 100 %. Et les bateaux sont de gros consommateurs : jusqu'à 10 000 litres par semaine pour certains chalutiers, soit 6 000 euros de surcoût hebdomadaire. "On sortira à perte. Et quand un bateau sort à perte, le marin payé au pourcentage de la pêche perd entre 25 et 30 % de son salaire. C'est énorme."

FAIT DU JOUR Hausse des carburants : taxis, pêcheurs, infirmiers… ces métiers qui grincent des dents
Le chalutier où travaille David Papy • DR

David Papy le dit sans détour : des collègues ont déjà stoppé l’activité. Des bateaux qui étaient déjà en difficulté avant la crise ont finalement déposé le bilan. D'autres, encore en bonne santé économique, continuent de sortir par obligation pour faire vivre les coopératives et les criées, dont tout un tissu économique dépend. "Il faut qu'on travaille. Mais on est pratiquement arrivés au point de travailler à perte."

Contrairement aux taxis, les pêcheurs ne peuvent pas non plus répercuter la hausse sur leurs prix. La vente se fait à la criée, selon un système d'offre et de demande qui leur échappe totalement. "On ne peut pas dire à nos mareyeurs : vous allez payer 5 euros de plus le kilo pour compenser le gasoil." La profession s'adapte comme elle peut : rentrer plus tôt en mer, cibler les espèces à plus forte valeur ajoutée, optimiser les sorties. Mais ce ne sont que des rustines.

FAIT DU JOUR Hausse des carburants : taxis, pêcheurs, infirmiers… ces métiers qui grincent des dents
David Papy, marin pêcheur du Grau-du-Roi • DR

Une aide gouvernementale de 20 centimes par litre a été annoncée par la ministre, puis réannoncée lors d'une réunion à Marseille. "L'urgence, c'est maintenant, pas dans six mois." Ce que réclame la profession, c'est une réduction directe du prix à la pompe : 20 centimes rétroactifs à partir de début mars, et 40 centimes à partir d'avril, ce qui permettrait de ramener le gazole marin au niveau d'avant la crise. Des délégations ont également entamé des contacts avec d'autres corporations pour envisager une mobilisation nationale. "À un moment donné, ça va bloquer, c'est sûr."

Le sujet dépasse d'ailleurs la seule profession. Au Grau-du-Roi, la pêche représente quelque 600 à 700 emplois dans une commune de 8 000 habitants. C'est une identité, autant qu'une économie. "La vie du village tourne autour de la mer et des pêcheurs. C'est eux qui l'ont créé, quoi."

Les infirmiers, un risque silencieux pour l'accès aux soins

Mathieu Reynet, président de la FNI du Gard, infirmier libéral sur le secteur d'Alès, pose le problème différemment. La hausse du carburant ne met pas en danger immédiat la majorité des cabinets infirmiers, les indemnités de déplacement sont prévues dans la convention nationale. Mais elle crée un risque qui inquiète profondément la profession. La rationalisation silencieuse des soins.

Un infirmier libéral parcourt en moyenne 150 à 200 kilomètres par jour. Le surcoût mensuel estimé tourne autour de 200 à 250 euros, selon le secteur et le volume d'activité. Dans les zones cévenoles ou de montagne, où les patients sont plus dispersés, l'impact est encore plus lourd. Et quand les charges augmentent sans que les tarifs bougent, les arbitrages finissent par s'opérer. "Le risque fort, c'est l'accès aux soins. Un infirmier va peut-être commencer à réfléchir avant de se déplacer vers une personne isolée et dépendante. Il ne dira jamais que c'est à cause du carburant, mais il y aura toujours un prétexte : vous êtes trop éloigné par rapport à mon plan de tournée."

FAIT DU JOUR Hausse des carburants : taxis, pêcheurs, infirmiers… ces métiers qui grincent des dents
Les infirmiers souffrent aussi mais différament. • DR

Ce phénomène, il ne le théorise pas : il l'observe déjà chez certains auxiliaires de vie et dans des structures d'aide à domicile. Des passages réduits, des visites supprimées, des patients qui passent de trois prises en charge quotidiennes à deux. Sans que personne ne le formule clairement. Le professionnel de santé ne dira jamais ouvertement que c'est le prix du carburant qui l'a fait renoncer à un soin. Il trouvera une autre justification. Mais le résultat est le même : une personne âgée, dépendante, isolée, voit son accès aux soins se dégrader.

Pour résoudre ce problème, la profession ne demande pas une augmentation tarifaire, ce qui pèserait directement sur le budget de la Sécurité sociale. Elle demande des mesures d'exonération fiscale sur le carburant, une compensation directe et immédiate face aux hausses brutales. "On veut des mesures immédiates, pas un leasing social pour l'électrique dans deux ans." Les véhicules électriques pour les professions de santé sont jugés trop tardifs pour répondre à l'urgence du moment. "Un collègue qui a encore son véhicule thermique ne va pas repartir le jour même avec une voiture électrique. Et hop, le problème est réglé."

Un signal d'alarme

Taxi, pêcheur, infirmier : trois métiers différents, mais une même réalité. Quand les charges augmentent sans que les tarifs puissent suivre, c'est tout un modèle économique qui vacille. Et derrière ces professions, c'est aussi le service rendu aux habitants les plus isolés du Gard qui pourrait se dégrader dans les Cévennes, dans les villages de bord d'étang ou les communes rurales où taxi, bateau et infirmier sont des repères de vie autant que des prestataires.

FAIT DU JOUR Hausse des carburants : taxis, pêcheurs, infirmiers… ces métiers qui grincent des dents
Des prix qui ont augmentés rapidement, mais qui ne baisse pas aussi vite. • Baptiste Petit

En quarante ans de carrière, Richard Wawrzyniak n'avait encore jamais vu des crises aussi rapprochées et aussi cumulatives. David Papy espère que les prix reviendront à des niveaux supportables, mais ne cache pas son inquiétude si l'aide tarde à venir. Le président de la FNI du Gard, lui, pose la question qui résume tout : "Combien de temps ces professions pourront-elles encore absorber ?"

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Baptiste Petit

Actualités

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio