Nous étions une armée a assuré la première partie. Le duo composé de Léo Nivot et Rémi Le Taillandier, développe depuis quelques années une esthétique singulière, mêlant textes déclamés, guitares électriques et boîtes à rythmes avec des performances habitées, parfois proche de la transe. Une proposition artistique à la croisée de la poésie contemporaine, du post-rock et du post-punk.
Benjamin Biolay, figure majeure de la chanson française, a pris le relais. Auteur-compositeur reconnu pour son écriture élégante et mélancolique, le Lyonnais défend actuellement son album Le Disque bleu, paru en 2025, salué par la critique.
C'était son premier passage sur la scène des arènes de Nîmes. "Je me disais que ça devait faire hyper peur et j'avais raison", a-t-il lâché, acclamé par un public "bienveillant". Benjamin Biolay a fait un tour rapide de sa discographie, Comme une voiture volée, À l'origine, Écran total, Little Darlin', Comment est ta peine ? etc.Trop rapide pour les spectateurs qui en réclamaient davantage.
Un temps calme avant la tempête et un bain de foule pour Arthur Teboul, chanteur et compositeur de Feu! Chatterton. Cette date nîmoise avait une saveur particulière. Le groupe formé en 2011 par une bande de potes, découvrait lui aussi pour la première fois la scène des arènes, après un passage à Paloma au mois de mai. Un rendez-vous très attendu des deux côtés des crash-barrières.
"Quand on nous a proposé de faire ça, c'était extraordinaire", confiait le guitariste Clément Doumic, quelques jours avant le concert. Une annonce qui l'a immédiatement replongé dans ses souvenirs d'adolescent. "J'ai assisté à mon premier concert dans ces arènes. C'était celui de Radiohead en 2003. Un moment exceptionnel qui est resté gravé dans ma mémoire." Il y a également vu Francis Cabrel. "Mais en réalité, tout le groupe a déjà assisté à un concert aux arènes. Donc jouer ici, c'est tout aussi important pour nous que de se produire à l'Accor Arena à Paris", complète le musicien.
Ce retour à Nîmes s'inscrit dans la tournée de Labyrinthe, quatrième album du quintette paru en septembre 2025. Un disque né dans des conditions particulières. "C'est la première fois qu'on fait un album où on ne se sent pas obligé de tout produire dans un studio", explique Clément Doumic. La rencontre avec le producteur Alexis Delong (Zaho de Sagazan, Claude, Disiz etc) a permis au groupe d'explorer de nouvelles méthodes de création, en travaillant les morceaux dans des espaces plus intimes et en poussant plus loin le travail d'écriture et de production.
Le titre de l'album s'est imposé comme une évidence. "Le labyrinthe, c'est la vie", résume le guitariste. Derrière cette image se cachent quatre années de création après le succès de Palais d'argile et le single Monde nouveau, mais aussi une prestation très remarquée lors de la cérémonie d'entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon avec la reprise de L'affiche rouge, un texte de Louis Aragon mis en musique par Léo Ferré. "On avait une certaine forme de pression quand on a abordé cet album, explique Clément Doumic. À la fois entre nous, mais aussi avec le monde extérieur. Donc ça a été assez labyrinthique de faire cet album."
La disparition de leur ami et manager, Jean-Philippe Allard, a également marqué cette période. Le groupe lui rend hommage à travers la chanson Mille Vagues. Puis des événements plus heureux aussi, "certains d’entre nous sont devenus pères pendant la création de cet album". "Alors voilà, c’est la vie, la manière dont on peut se perdre parfois tout en sachant qu’il y a toujours une porte de sortie", complète Clément Doumic. Et ce dimanche soir, ni le public ni Feu! Chatterton ne semblaient pressés de trouver celle des arènes.
Sur scène ou sur le comptoir d’un pressing comme on a pu le voir sur les réseaux sociaux, Feu! Chatterton garde le même objectif. "Les lieux sont différents mais l’essentiel reste le même : partager nos chansons avec le public. Qu'il y ait 20 personnes ou 10 000 et plus, c'est un peu la même chose."
Le petit plus : Ce lundi 15 juin, Clément Doumic et Antoine Fabry, co-réalisateurs de « Tout un fromage » présenteront leur film-documentaire au Sémaphore de Nîmes, à partir de 18h15. Un débat avec le public suivra la projection, avant une dégustation de fromages offerte aux participants.