En centre-ville de Nîmes, Pop Eat a ouvert au mois de mars. La nouvelle Dark Kitchen (NDLR : restaurations accessibles uniquement en ligne via des plateformes de livraison de nourriture sur Internet), travaille quasiment exclusivement en livraison via Uber Eats et Deliveroo, avec un peu de vente à emporter. Mais pour Isam Krichi, propriétaire de Pop Eat et éducateur au foyer de l’enfance, le sens de ce projet dépasse la cuisine et la restauration rapide : "J’avais beaucoup d’idées en tête, créer une association, restaurant ou autre, la dark kitchen m’a paru la plus simple et la moins coûteuse au départ", explique-t-il.
Pop Eat est ouvert en soirée de 20h à 2h. L'entreprise nîmoise a quatre enseignes distinctes affichées sur les plateformes de livraison, avec différents concepts, mais toujours la même cuisine : Nîmes Crousti pour le poulet et le riz, Street Baguette pour les sandwichs et burgers, Panda Sucré pour les desserts et PopEat pour les salades. L'établissement fonctionne avec Isam et son amie d'enfance, avec en plus le soutien de jeunes stagiaires.
La dark kitchen est située au 20 Rue des Lombards, à Nîmes. "On s'est installé en centre-ville pour le dynamiser à notre échelle, et faciliter le travail des livreurs ", explique Isam. "Ça nous permet aussi de travailler avec les commerces du coin, boulangerie, maraicher, etc" ajoute-t-il.
Des stages court pour une première immersion
Éducateur au foyer de l'enfance depuis cinq ans, Isam met en pratique dans son établissement les méthodes et ses connaissances qu’il utilise auprès des adolescents. En contact direct avec d'autres éducateurs, il propose de courts stages aux jeunes en difficulté, d’une à deux semaines. "L’idée, c’est de donner aux jeunes une première immersion dans le monde du travail. Ils repartent avec une expérience à inscrire sur leur CV", explique le Nîmois. Il arrive aussi que des jeunes passent la porte de Pop Eat spontanément pour proposer leur candidature de stage. "Peu importe leur bagage professionnel, on est en capacité de les accueillir pour leur offrir cette première expérience, en venant chez nous, ils savent qu'ils seront les bienvenus", précise le propriétaire. Isam donne une chance aux profils refusés ailleurs : "Je demande à la mission locale de ne pas m’envoyer les jeunes les plus motivés ou ceux qui ont le meilleur CV. Au contraire, je veux ceux qui peinent à trouver un stage. Ici, ils ont une place assurée". Il ajoute : "On leur apprend la rigueur, la discipline, mais aussi les responsabilités et les conséquences de leurs actes." La double facette d'Isam, éducateur au foyer de l'enfance depuis cinq ans et propriétaire de Pop Eat, lui permet de gérer au mieux les jeunes accueillis en stage.
L'objectif de la cuisine est de donner le goût du travail aux jeunes qui n'y étaient pas familiers, sans les décourager. Avec comme but l'embauche d'un jeune en fin de stage. Isam explique : "Si un jeune se plaît dans son stage et souhaite continuer avec nous, on n'hésitera pas à lui faire signer un contrat". Pour le moment, aucun stagiaire n'a continué l'aventure : "Des jeunes se plaisent dans la cuisine, mais n'ont pas comme projet de continuer pour une longue durée".
Avec ces stages, Isam soutient les jeunes d’une manière qui dépasse largement le rôle habituel d’un simple propriétaire d’établissement. "On a eu des stagiaires dans des situations très compliquées qui n'avaient pas de quoi manger le soir, ils savent bien qu'ils sont les bienvenus ici pour manger gratuitement", explique-t-il. Grâce à son approche bienveillante, il reste proche de ses stagiaires, quitte à les accompagner au-delà du cadre professionnel : "Il m’est déjà arrivé d’aider un jeune qui vivait dans un appartement insalubre à lui en trouver un nouveau", confie-t-il. Même après la fin de l'expérience, il garde contact et continue d'accompagner les stagiaires qui sont passés chez Pop Eat.
L'avenir de Pop Eat
L'avenir de la cuisine est simple, survivre dans un premier temps et se développer ensuite. "Les plateformes de livraison prennent beaucoup de commission, ce qui rend difficile de faire une marge importante" explique Isam. L'objectif de la cuisine, pour le moment, n'est pas de réaliser beaucoup de profit. "La priorité, et elle le sera toujours, c'est continuer d'accueillir de plus en plus de jeunes chez nous et engager notre premier salarié ", ajoute-t-il.
À l'horizon, si la dark kitchen se développe bien, Isam ambitionne d'en ouvrir de nouvelles un peu partout sur Nîmes et ailleurs. "Pourquoi pas continuer de s'étendre à Nîmes, Montpellier ou même ailleurs, toujours avec le même principe d'accueillir des stagiaires en difficulté pour les aider dans leur insertion professionnelle, c'est le cœur de Pop Eat", conclut Isam Krichi.