Il y a des trajectoires qui forcent l'admiration. Celle de Cyriaque Alarcos en fait partie. À 15 ans, il débarque seul au festival d'Avignon avec des tracts imprimés chez Copy Center à Lunel et une valise remplie de textes de Raymond Devos et Sacha Guitry. Trois ans plus tard, il foule les planches de l'Odéon à Paris et s'apprête à jouer devant 500 personnes dans sa ville natale. Entre temps, aucun producteur, aucun metteur en scène pour lui tenir la main. Juste du travail, de l'audace et la conviction qu'il peut réussir tout en gardant la tête sur les épaules : "On peut arriver à faire des choses en partant de nulle part".
Quand on l'interroge sur les difficultés rencontrées, Cyriaque ne mâche pas ses mots. "Personne ne me soutient ou m'aide, ni producteur, ni metteur en scène, ni régisseur. Je suis vraiment seul sur ce projet". Une solitude qui aurait pu décourager n'importe qui. Pas lui. « La diffusion, c'est très difficile, surtout à mon âge. Mais ça me motive encore plus à aller de l'avant. »
Son spectacle, Les Fourberies de Cyriaque, raconte l'histoire d'un comédien coincé dans sa loge dix minutes avant le lever de rideau. Dix minutes qui s'étirent en 1 h 10 de scène, le temps de revisiter ses doutes, ses peurs, ses tracs et pourquoi il a choisi de faire ce métier. Une mise en abîme qui dépasse largement le cadre du théâtre : "Ce trac, ça peut être quand on n'ose pas dire non à quelque chose, quand on a peur de dire "je t'aime" à quelqu'un. Il est attaché à tout le monde".
Lunel, berceau de sa vocation
C'est à Lunel que tout a commencé. Les guignols à l'espace Castel, les pièces des ATP à Georges-Brassens, et surtout la rencontre avec sa professeure Yolande Lefèvre. "Elle m'a vraiment propulsé, elle m'a aidé à comprendre ce métier et à apprendre cette discipline qui est vraiment très rigoureuse".
En parallèle, l'adolescent intègre en 2021 la troupe d'Opéra Junior de l'Opéra Orchestre National Occitanie Montpellier. Cinq années à travailler avec des metteurs en scène de renom : Marion Guerrero, Nicolas Othon ou encore Benoît Benichou, qui lui forgent une double compétence, théâtrale et musicale. "Cette troupe, c'était ma deuxième famille", confie-t-il.
Aventure parisienne
Septembre 2024. Cyriaque pose ses valises dans une chambre de bonne parisienne pour intégrer le Cours Florent, prestigieuse école qui a vu passer Pierre Niney, Nadia Tereszkiewicz ou encore Birane Ba, aujourd'hui pensionnaire de la Comédie-Française. Le choc est rude. "Lunel me manque, ma famille me manque, cet univers de soleil et de garrigue... Arriver dans cette capitale avec ses torrents de pluie, dans mon petit 8 m², ça a été quelque chose d'assez émouvant".
Mais le jeune homme transforme l'appréhension en carburant. "Ça m'a donné du gaz, de l'énergie. J'ai eu le trac, je l'ai toujours et je l'ai en permanence. Et je crois que cette énergie-là m'a permis de jouer à l'Odéon, de jouer mon spectacle pendant deux mois à Paris".
Quand on lui demande ses modèles, reviennent les noms de Louis de Funès, Jacques Villeret, Christian Clavier jeune. "Rabbi Jacob, La Soupe aux choux, je pouvais les regarder dix fois, ça gardait la même énergie et la même surprise". Mais son Graal se trouve salle Richelieu, dans le premier arrondissement de Paris. "Mon rêve ultime serait de rejoindre la Comédie-Française. J'avais fait mon stage d'observation de troisième au sein de cette Ruche. C'était quelque chose d'unique".
En attendant, il garde les pieds sur terre. "Je sais bien que c'est un métier où ça peut s'arrêter très vite. Il y a 80 % de travail, 10 % de chance et 10 % de réseau". Un réseau qu'il a dû construire seul, sans appui familial dans le milieu. "Mes parents, quand je leur parle de théâtre, ils sont un peu perdus. Ça a été flou pour eux de me laisser partir sur Paris".
Au-delà de l'ambition personnelle, Cyriaque porte un message très clair : "Dans un monde où la culture est de plus en plus menacée, je crois que c'est important que nous, les jeunes, aussi de Lunel, on prenne la défense de cette culture". Le théâtre, pour lui, reste avant tout une aventure humaine, un art du collectif même lorsqu'on est seul en scène, même s'il l'admet : "Je ne suis jamais vraiment seul parce qu'en face de moi, il y a toujours un public et je joue avec lui".
Les 2 et 3 mai, à 20 h 30, l'espace Georges-Brassens accueillera donc ce retour aux sources. 500 places, la plus grande jauge que son spectacle ait connue. Une façon de boucler la boucle avant de repartir conquérir Paris. "Pouvoir retourner à Lunel en mai, c'est un profond moment de joie qui, j'espère, atteindra le public".
"Les Fourberies de Cyriaque", samedi 2 mai et dimanche 3 mai, espace Georges-Brassens, Lunel
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