Il est enfin sorti ! « Il », c’est le rapport de la Chambre régionale des comptes, gardé bien au chaud dans les tiroirs administratifs, le temps de la campagne électorale. Ce dernier sera examiné au prochain conseil municipal, ce vendredi. De quoi s’agit-il ? Les magistrats ont passé à la loupe les finances, les compétences ainsi que l’évolution des effectifs de la ville et de l’Agglo. La période de contrôle s’étend de 2019 à 2024. Elle correspond, peu ou prou, au dernier mandat du maire LR Jean-Paul Fournier à la ville et à la gouvernance de Franck Proust à Nîmes Métropole. De quoi donner quelques pistes à la nouvelle majorité de gauche…
1. Le défi du vieillissement de la population
Qu’apprend-on ? D’abord et, sans surprise : la population stagne, vieillit. En 2025, selon l’Insee, les 39 communes de Nîmes Métropole comptaient 265 741 habitants, soit une légère progression de 1,2 % par rapport à 2019. C’est moins que les autres métropoles occitanes : Perpignan (+ 2,6 %), Toulouse (+ 8,7 %) ou Montpellier (+ 10,7 %). Cette situation s’explique, en partie, par la diminution de la population nîmoise (-1 %). Nîmes Métropole a mis en place un plan d'action en faveur de l’élargissement de la formation, de la création de logements, de transports adaptés pour retenir les jeunes sur le territoire… Il n’empêche, selon les prévisions, à l’horizon 2040, la croissance démographique sera marquée par un vieillissement accru de la population, une baisse relative des jeunes et la moitié des ménages composée d’une seule personne. Ce qui implique des enjeux importants pour l’aménagement, la santé et les services sociaux du territoire.
2. Finances : l’Agglo redressée, Nîmes peut mieux faire ?
La Chambre a aussi contrôlé les budgets de la ville et de l’Agglo. Souvenez-vous, en 2020, Franck Proust avait alerté sur les finances communautaires. Aujourd’hui, les magistrats estiment que « la situation financière a évolué favorablement ». Exemple : la capacité d’autofinancement, c’est-à-dire l’épargne, a évolué positivement : négative en 2019 (-1,4 M€), elle s’élevait à 9,5 M€ en 2024. Sur cette période, la dette a baissé en raison d’une diminution des investissements. Quant à la ville de Nîmes ? Sa capacité d’épargne a progressé, les dépenses d’investissement sont dynamiques : 411 € par habitant contre 384 € pour les communes de la même strate. Seulement l’endettement (budget principal, cadereau et renouvellement urbain) est passé de 239,6 M€ en 2019 à 259 M€ en 2024 avec une capacité de désendettement de 6,4 années.
3. Le grand bazar des compétences !
Les rivalités entre Fournier et Lachaud, puis les relations dégradées entre Fournier et Proust, ont eu des conséquences sur l’action publique. La Chambre alerte (encore) sur la répartition des compétences entre ville et Agglo. Depuis plusieurs années, Nîmes Métropole n’a que très peu élargi son champ d’intervention. Lorsqu’un transfert de compétence intervient, il répond davantage à une obligation légale qu’à une véritable volonté politique. Un temps envisagée, la prise de la compétence petite enfance, poussée par les communes de Leins Gardonnenque, a tout été abandonnée. Aujourd’hui, le maire de Nîmes, Vincent Bouget, est aussi le président de l’Agglo. Reste à savoir si cette concentration des responsabilités permettra de dépasser les blocages du passé.
Pour la chambre, la gestion du passé a manqué d’efficacité. Si Nîmes Métropole gère les transports en commun, elle n’a pas de compétence sur le trafic routier communal (régulation de la signalisation notamment). Plus cocasse encore, la gestion du tourisme : en guerre avec Yvan Lachaud, Jean-Paul Fournier a réussi à conserver la compétence tourisme. Ironie du sort, ces deux élus ont confié la gestion à… la SPL (Société publique locale) Agate. Pour la Chambre, mutualiser permet d’être plus efficace et de partager les coûts. Et de citer quelques exemples comme les arènes, la Maison Carrée, le musée de la Romanité et même le complexe sportif « l’Agora » de Bouillargues… Une évolution qui permettrait également de réorienter les fonds de concours vers des équipements d’intérêt communautaire.
4. Des services publics majoritairement gérés par le privé
Nîmes et Nîmes Métropole ont fait le choix d’externaliser plusieurs compétences. Côté Agglo : les transports, l’eau, l’assainissement et la collecte des déchets ménagers. À Nîmes, la culture, la restauration scolaire ou encore l’exploitation des parcs de stationnement sont également confiées à des opérateurs extérieurs. Et lorsqu’il ne s’agit pas d’entreprises privées, ce sont les SPL (Sociétés publiques locales) Agate et Éclat qui assurent la gestion de certains services. « La gouvernance du territoire s’est traduite par un enchevêtrement des compétences, impliquant des temps de concertation importants pour répartir les missions entre les personnels des différentes collectivités », souligne la Chambre régionale des comptes.
5. Nîmes métropole : 12 % d’agents en moins en cinq ans
Le mode de gestion des services publics, qu’ils soient en régie ou délégués au privé, a des incidences directes sur les effectifs. À Nîmes Métropole, les effectifs ont diminué de 12 % entre 2019 et 2024, passant de 500 à 439 agents. Les magistrats expliquent cette baisse par « l’externalisation de missions », notamment la collecte des déchets sur les communes de Leins-Gardonnenque et du secteur Garrigues Est de Nîmes. Mais pas que… Elle s’arrête aussi sur « la suppression de postes dans un secteur, le sport, où Nîmes Métropole n’avait pas la compétence ». Et d’ajouter : « La diminution du nombre d’agents non permanents sur des contrats courts et sur des contrats d’apprentissage relève d’une politique volontariste. » Pas sûr que cette analyse soit partagée par le nouveau maire de Nîmes… Les mêmes tendances sont observées à la Ville de Nîmes même si les magistrats formulent toutefois une réserve : « La commune doit fiabiliser le suivi de ses effectifs et ainsi améliorer la qualité de l’information des élus municipaux au moment de l’adoption du budget. »
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Les réactions de Jean-Paul Fournier et Franck Proust : invités à répondre aux observations de la Chambre, les anciens dirigeants voient dans ce rapport plusieurs motifs de satisfaction. Jean-Paul Fournier considère le document comme « une feuille de route mais aussi une opportunité pour améliorer nos pratiques professionnelles à l’endroit des Nîmois ». De son côté, Franck Proust retient surtout les passages soulignant « l’évolution favorable de Nîmes Métropole ». Il souligne notamment que « la baisse des effectifs a permis de contenir les charges de personnel, compensant ainsi les décisions nationales ayant entraîné une hausse des dépenses dans ce domaine ». Et d’ajouter : « Cette reconnaissance constitue un encouragement à poursuivre la stratégie engagée. » Même si celle-ci est désormais entre les mains d'une nouvelle majorité.