Publié il y a 5 h - Mise à jour le 20.02.2026 - Coralie Mollaret (avec Abdel Samari) - 3 min  - vu 2164 fois

EXPRESSO « Impunité », « pressions », « dérives »… Avant son départ, le colonel Carret met le feu aux poudres

Sacré cadeau de départ… Avant de quitter son poste, le 1ᵉʳ mars, le directeur des pompiers par intérim a écrit une lettre au vitriol. Avec cette missive, Thierry Carret se place-t-il en lanceur d’alerte ? Ou la rancune, née de ses relations délétères avec le président Pissas, a-t-elle motivé ses écrits ?

« Je tenais, avant de quitter mes fonctions de directeur adjoint et de directeur par intérim, vous faire part de mes réflexions… » Le 30 janvier, Thierry Carret a pris la plume, écrivant pas moins de dix pages (que nous avons pu consulter) « à l’attention des élus du conseil d’administration du SDIS. » Le service départemental d’incendie et de secours qui embauche 720 sapeurs-pompiers professionnels, 2 000 volontaires et 170 personnels administratifs et techniques.

Derrière son discours très technique, le colonel dénonce des « pressions » et même, « des obstructions permanentes » du syndicat Sud, qui l’aurait empêché de mettre en place un « plan de renouveau ». Finie donc l’époque où les manifestations du syndicat Sud servaient à la direction pour obtenir des moyens supplémentaires… Ce fut le cas notamment en 2017 pour les camions feux de forêt, sous Denis Bouad, alors président du Département.

De « vrais sous-officiers » pour « éviter les dérives »

Les « retards et fragilités inquiétantes » du SDIS résulteraient, selon lui, d’un manque de capitaines au profit du recrutement de pompiers de terrain : « Ce sous-encadrement, 18 % contre 25 % pour un SDIS normal, est fait en conscience. » Résultat, la masse salariale s’organiserait mal, le règlement intérieur prendrait la poussière et même, cette situation « éloignerait les pompiers de leur raison d’être : sauver des vies. » Sur la gestion des ressources humaines, Thierry Carret, pointe, selon lui, des anomalies.

D’abord, le temps de travail des pompiers professionnels : « Il est très favorable aux catégories C. Nous aurions dû passer à 1 607 heures par an, soit une économie d’1 M€. » Sur le manque de mobilité des pompiers, « elle est pourtant cruciale pour équilibrer les centres de secours. Aujourd’hui, sur l’Aigoual et à Génolhac, nous n’avons aucun candidat désirant être affecté sur ces structures. » Ce défaut d’encadrement aurait également eu des conséquences sur la saison des feux de forêt : « En 2022, la sollicitation de certains cadres était telle que certains n’ont eu qu’une seule journée de repos en juillet et août (…) Certains feux ont dû être commandés en dehors des règles. »

Le colonel Carret ne s’arrête pas là. Il dénonce « une perte de repères et d’éthique qui touche les effectifs qui ont été trop longuement habitués à une forme d’impunité. » Or, « de vrais sous-officiers de garde, choisis par rapport à leurs compétences, leur respect de l’éthique, seraient de nature à éviter les dérives dont beaucoup d’entre eux ont été à l’origine. »

Budget 2026 : « Nous sommes dans une impasse »

À la fin de sa missive, le directeur apporte son avis sur le prochain budget, voté après son départ : « Nous sommes dans une impasse. Certains artifices, déjà largement utilisés, comme le report du paiement des vacations, arrivent en limite. Il n’y a pas d’autres solutions que de solliciter le Département à hauteur de 2 M€ ». Avant de partir, il donne même quelques idées « de réformes structurelles » comme la « réduction des effectifs des pompiers (de terrain, catégories C), passant de 750 à 680, soit une économie de 3,5 M€ ou celle du nombre d’adjudants, à ramener à 180 voire 160 (au lieu de 400, NDLR). »

Après neuf ans passés à la direction, cette lettre est-elle une sorte de fantasme d’un plan de « renouveau » qu’il n’a jamais pu appliquer ? Thierry Carret se place-t-il en lanceur d’alerte ? Ou ses relations délétères avec le président Pissas ont-elles motivé ses écrits ? À la lecture de cette lettre, certains s’interrogent : « Le colonel Carret écrit dix pages où il détruit le SDIS, alors qu’il l’a dirigé pendant presque 10 ans, en disant que c’est la faute des élus et d’un syndicat… ? Un peu trop facile ! »

Au 1ᵉʳ mars, le directeur ne prendra finalement pas sa retraite. Le Gardois sera détaché du SDIS 30 à la direction générale de la sécurité civile à Paris. Il pourrait toutefois revenir à Nîmes, à la base de Garons, pour son expertise feux de forêt. Et non pour celle sur les lettres incendiaires…

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