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Publié il y a 7 mois - Mise à jour le 06.07.2023 - Corentin Migoule - 5 min  - vu 1044 fois

FAIT DU SOIR Un an après "l'électrochoc" de l'incendie ravageur, Bordezac modèle de la lutte contre les feux de forêts

feu Bordezac

Le paysage alentour porte encore les stigmates de l'incendie. 

- Corentin Migoule

Marie-Françoise Lecaillon, préfète du Gard, se déplaçait ce jeudi après-midi à Bordezac où la commune s’est engagée dans une démarche de mise en conformité des obligations légales de débroussaillement et a opéré des travaux à la suite de l’incendie ravageur du 7 juillet 2022.

Le paysage qui borde la D51, route ralliant Bessèges à Bordezac, porte encore les stigmates de l'incendie ravageur du 7 juillet 2022. Peu avant 17h ce jour-là, alors que ça brûle déjà du côté de Montfrin et à Générac, un incendie se déclare au dessus de Bessèges. Si le feu est maîtrisé au cours de la nuit, 600 hectares de forêts sont partis en fumée. Cet évènement d’ampleur a naturellement "marqué les habitants" de l'aveu du maire, Didier Cayron, lequel recevait en mairie ce jour un parterre d'élus et de professionnels chargés de la protection de la forêt. 

préfète Bordezac
La préfète du Gard accueillie par le maire de Bordezac. • Corentin Migoule

Dans l'assistance, Marie-Françoise Lecaillon, préfète du Gard, avait fait le déplacement pour prendre la mesure de l'engagement de la commune en matière de mise en conformité des oligations légales de débroussaillement (OLD) notamment, et découvrir les travaux qu'elle a déjà opérés à la suite de l’incendie de l'an dernier. "Ici, la forêt quand elle s’enflamme, c’est un cheval au galop. Plus de 400 hectares ont brûlé en deux heures lors de l'incendie", a d'abord exposé l'édile bordezacois.

Sonnant comme un électrochoc, l'incendie a permis à la municipalité locale de percevoir l'impérieuse nécessité d'agir. Trois mois plus tard à peine, naissait l'entreprise Cévennes Consulting du Bordezacois Cédric Jalles. Depuis, les missions de l'ingénieur d'affaires vont de la coordination forestière communale et intercommunale au reboisement forestier, en passant par le contrôle des OLD.

Cédric Jalles
Cédric Jalles a dirigé la réunion en mairie. • Corentin Migoule

C'est le dernier nommé qui, diaporama à l'appui, s'est chargé de présenter à l'assistance composée de représentants de l'État, d'élus locaux, de conseillers départementaux et du président des Communes et collectivités forestières du Gard, entre autres, les actions menées par la municipalité depuis l'incendie de sorte que telle mésaventure ne se produise plus jamais. Tout au moins pas dans de telles proportions. 

Dans sa démarche, Cédric Jalles s'est d'abord attelé à poser un diagnostic. En prenant Bordezac, commune de 400 âmes avec 86 % de surfaces boisées, au jeu de la comparaison avec la voisine Peyremale. "À Bordezac, sur les 30 dernières années, il se produit en moyenne un feu de forêt tous les 350 jours. Comment se fait-il qu'à Peyremale qui est autant boisé que nous, ce soit un feu tous les 1 800 jours ?"

Si, à configuration visiblement similaire, les incendies y sont cinq fois moins fréquents, c'est qu'il y avait inévitablement à Bordezac des carences en matière de lutte contre les feux de forêt. Depuis un an donc, Bordezac s'échine à "faire chuter la vulnérabilité" des zones communales identifiées comme étant les plus "critiques". Sous l'impulsion de Cévennes Consulting et de la mairie, 31 propriétaires de parcelles boisées ont été réunis au sein d'un nouveau groupement.

feu Bordezac
Le paysage alentour porte encore les stigmates de l'incendie.  • Corentin Migoule

Parmi eux, 14 étaient directement concernés par des obligations légales de débrouissaillement. "Ça a permis de réaliser 44 OLD, soit l’équivalent de 21 hectares nettoyés", a précisé Cédric Jalles. "Cette action collective est plutôt incitative dans le sens où celui qui n’adhère pas est susceptible d'être montré du doigt. Donc c’est intéressant", a commenté la préfète du Gard. Et d'ajouter : "D'autant qu'on a tous un Idéfix en nous." Chiot de fiction célèbre de la bande dessinée Astérix, Idéfix pleure en effet lorsqu'un arbre est déraciné...

Au total, 135 contrôles ont été opérés, 13 amendes dressées. "C'est la contrainte de l’amende qui a fait basculer les priorités dans l’esprit des gens et leur a permis de s’engager dans une démarche en vue de trouver des solutions", jure Cédric Jalles. Mais parce qu'il ne s'agissait que d'un début, la commune de Bordezac ne s'est pas arrêtée en si bon chemin. Elle a ainsi chargé l’entreprise Donnadieu d'opérer un "travail d’éclaircissement de la forêt", quand l'entreprise Environnement bois énergie (EBE) basée aux Salles-du-Gardon a récolté le bois pour le transformer en rondins au profit de ses clients utilisateurs. 

Un reboisement envisagé

Un arsenal de mesures a par ailleurs été déployé par la municipalité, dont un meilleur ciblage des zones critiques, l'engagement d’un garde particulier, l'intégration des OLD au permis de construire. Elle s'essaie même au sylvopastoralisme, autrement dit le pastoralisme en forêt, avec un troupeau de brebis et un âne chargés de l'entretien d'une piste DFCI située entre Bessèges et Bordezac. 

Plusieurs actions sont fortement envisagées par l'équipe municipale, dont l'achat d’un tracteur équipé, la création d'une zone de retournement pour les pompiers dans le chemin "très vulnérable" du Lacas, et un reboisement de 27 hectares actuellement soumis à une recherche de financement puisque son coût est estimé à 332 000 €.

L'occasion pour le maire Didier Cayron d'interpeller les services de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) dans l'optique d'obtenir une subvention au titre du "fonds vert". Il a en tout cas reçu les félicitations de la préfète du Gard, enjouée par de telles manœuvres en vue de se prémunir du risque incendie. "Montrer que ça marche à un endroit peut donner envie à d’autres de faire", a conclu la représentante de l'État.

Et aussi, trois questions au commandant Jérôme Jallet (SDIS 30), chargé de mission feu de forêt 

Pompier
Le commandant Jérôme Jallet (SDIS 30). • Corentin Migoule

Objectif Gard : Le maire de Bordezac parle de l'incendie du 7 juillet dernier comme un évènement marquant dans l'esprit des habitants. Comment a-t-il été vécu par les pompiers mobilisés ?

Jérôme Jallet : En tant que Bességeois d'origine, je suis l'un des premiers à être arrivé sur les lieux de l'intervention. Il a été vécu comme un incendie très particulier car dans les Cévennes, depuis le gros incendie de Portes en 1985, on n'avait pas vécu un aussi grand feu. C'était très compliqué à aborder car ce jour-là il y avait d'autres feux dans le département, notamment à Générac et à Montfrin (relire ici). Beaucoup de moyens étaient mobilisés ailleurs. À cause de cette simultanéité, quand on est arrivés, on était très peu nombreux. Donc il a fallu prioriser au départ. La stratégie de lutte, c'est la protection des personnes, des biens et de l'environnement. Notre premier objectif, c'était d'éviter les blessés. Il a été atteint. Le deuxième objectif, c'était pas de maison brûlée. Il a été atteint aussi. Et la forêt, avec 600 hectares brûlés, bien évidemment c'est beaucoup. Ça a un impact visuel énorme. Un impact sentimental aussi pour les Cévenols. Mais quand on compare avec les dégâts des feux dans l'ouest de la France, on se dit qu'on s'est pas trop mal débrouillés. Grâce à l'engagement des habitants notamment et au facteur "chance" aussi. Grâce à la mutualisation des moyens également puisque j'ai souvenir que des pompiers de Saint-Étienne et du Rhin sont venus nous prêter main-forte. 

Depuis l'incendie, la municipalité de Bordezac déploie un arsenal de mesures pour mieux lutter contre les feux de forêts. Les pompiers se sentent-ils mieux armés à l'heure où les premiers pics de chaleur sévissent ?

Le feu de Bordezac peut-être un électrochoc pour sensibiliser la population. Les gens qui ont subi le feu sont beaucoup plus sensibles que ceux qui ne l'ont pas subi. Néanmoins, les actions qui ont été menées par la commune de Bordezac, c'est exceptionnel ! On doit la citer en exemple ! Ce n'est pas facile quand on est une petite commune. On pourrait être tenté de jeter l'éponge. Au contraire, ils se sont retroussés les manches. Si ça peut se répercuter sur les autres communes, ça peut-être une bonne chose pour les terres cévenoles. 

On a le sentiment que les pluies du mois de juin ont été salvatrices pour éviter des incendies plus précoces dans l'été. Pour autant, ça pourrait ne pas suffire ?

C'est vrai qu'on n'est pas dans les mêmes conditions que l'an dernier à la même époque. On a été soulagés par ces pluies du mois de juin. Fin mai, on était dans une situation très critique. Mais on sait qu'il n'a pas plu cet hiver ni au printemps, les indices de sécheresse sont encore élevés et les nappes phréatiques n'ont pas eu le temps de se regorger. Une petite canicule est annoncée ce week-end. Il ne faudrait pas que ça dure quinze jours parce que, très rapidement, la végétation peut tourner et on pourrait se retrouver dans des conditions propices à des incendies. Donc prenons ce qu'il y a prendre, ce qui est passé est gagné. Il faut rester prudent. 130 hectares ont brulé ce mercredi dans l'Aude. Donc on tirera le bilan à la fin de l'été. 

Corentin Migoule

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