Publié il y a 4 h - Mise à jour le 13.07.2026  - 4 min  - vu 96 fois

GARD Dix ans après les États Généraux du Rail, entre bilan positif et défis à relever

Le Train était au centre des disccusions. 

- D.R.

Dix ans après le lancement des États Généraux du Rail et de l'Intermodalité (EGRIM), la Région Occitanie a dressé le bilan des engagements pris en 2016. Modernisation des trains, réouverture de lignes ferroviaires, développement des cars liO ou encore investissements dans les gares : la collectivité estime avoir profondément transformé l'offre de mobilité régionale, même si certains défis, notamment en matière de ponctualité, restent à relever.

La Région Occitanie poursuit son tour des territoires. Ce vendredi, Jean-Luc Gibelin, vice-président en charge des mobilités et des infrastructures de transport, était à la Maison de la Région d’Alès, situé au HUP, pour dresser le bilan de la vaste concertation lancée en 2016 sur les États Généraux du Rail et de l'Intermodalité (EGRIM), et échanger avec les élus, associations et usagers.

Jean Luc Gibelin
Le vice-président de la région, Jean-Luc Gibelin en charge des transports.  • Romain Fiore

À l'époque, près de 14 000 habitants avaient participé à 37 réunions publiques ayant permis de définir dix grands chantiers pour l'avenir du rail et de l'intermodalité en Occitanie. Dix ans plus tard, la Région estime avoir tenu une grande partie de ses engagements, tout en reconnaissant que plusieurs dossiers restent ouverts.

Un réseau ferroviaire préservé malgré les difficultés

Premier motif de satisfaction mis en avant : la régénération du réseau ferroviaire régional. Alors que l'État concentrait ses investissements sur les grandes lignes nationales, la Région affirme avoir fait le choix de sauver les lignes dites « de desserte fine du territoire ».

Le Plan Rail lancé en 2019 représente ainsi 389 millions d'euros de travaux, dont 273 millions financés par la Région, soit près de 70 % de l'investissement. Selon le bilan présenté, cette politique a permis d'enrayer le vieillissement du réseau secondaire et d'éviter plusieurs fermetures de lignes. La sauvegarde du Train Jaune, la reprise des circulations sur la rive droite du Rhône en 2022 et la réouverture de la ligne Montréjeau-Luchon en juin 2025 illustrent cette stratégie. Les travaux préparatoires de la ligne Alès-Bessèges sont, eux, engagés en vue d'une remise en service annoncée pour 2028.

Gibelin
Jean-Luc Gibelin a présenté le bilan des 10 ans aux élus, personnels de la SNCF et autres.  • Romain Fiore

« Quand il y a de l'offre, il y a une réponse des habitants », a insisté Jean-Luc Gibelin en s'appuyant sur l'exemple de Montréjeau-Luchon, dont la fréquentation a largement dépassé les prévisions quelques mois seulement après sa réouverture.

Une fréquentation en forte progression

Autre point positif : le succès commercial des trains régionaux. Entre 2019 et 2024, la fréquentation a progressé de 68 %, soit la plus forte hausse observée parmi les réseaux régionaux français.

Cette dynamique s'explique notamment par l'augmentation de l'offre, avec 70 trains supplémentaires lors de la première convention puis une nouvelle hausse de 24 % programmée jusqu'en 2032. Elle repose également sur une politique tarifaire offensive : billets à 1 euro, abonnements plafonnés, gratuité progressive pour les jeunes ou encore développement du compte mobilité « += ».

Des résultats plus mitigés sur la ponctualité

Tout n'est cependant pas au vert. La Région reconnaît que l'objectif d'atteindre une ponctualité supérieure à la moyenne nationale n'est pas atteint. En 2025, le taux de ponctualité en Occitanie reste inférieur à la moyenne française, malgré des conventions plus exigeantes envers la SNCF et un système de pénalités financières inédit.

Gibelin
Le maire de Chamborigaud, Christophe Bonnefoy, (1er à gauche), était directement concernant en tant que retraité de la SNCF.  • Romain Fiore

Jean-Luc Gibelin rappelle néanmoins que « près d'un retard sur trois est lié à l'état des infrastructures » et que les incidents extérieurs (intempéries, accidents de personnes ou intrusions sur les voies) représentent également une part importante des perturbations. Face à cette situation, SNCF Réseau s'est engagé à investir 60 millions d'euros sur trois ans afin d'améliorer la fiabilité du réseau ferroviaire régional.

Alès-Bessèges : un dossier toujours sensible

Sans surprise, la réouverture de la ligne Alès-Bessèges a dominé les échanges avec le public. Si la Région maintient son objectif de réouverture en 2028, Jean-Luc Gibelin a fait part de son inquiétude après la publication de deux avis défavorables, l'un du Conseil national de la protection de la nature (CNPN), l'autre de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable. Très critique, il a dénoncé des analyses fondées sur des données anciennes.

« Je suis très en colère que ce type d'inspection puisse produire ce type de rapport. L'intérêt public est contesté par ce type de document. » Selon lui, ces avis pourraient compliquer l'obtention des autorisations administratives et ouvrir la voie à des recours.

Les élus ont échangé à la fin de la présentation.  • Romain Fiore

Il a également regretté que certaines conclusions remettent en cause les bénéfices environnementaux du rail. « Aujourd'hui, on nous explique que vous ne faites pas la démonstration que le report modal est important ou que le train émet moins de gaz à effet de serre que la voiture. C'est cela qui est écrit. C'est inquiétant. » Le vice-président a annoncé qu'il rencontrerait prochainement le préfet afin de défendre le dossier avant la décision finale.

Les associations restent vigilantes

Dans la salle, les représentants du collectif de défense de la ligne Alès-Bessèges ont partagé leurs inquiétudes. Ils redoutent que les nouvelles procédures environnementales ne retardent encore un projet déjà étudié à de nombreuses reprises. L'un d'eux a rappelé que plusieurs bureaux d'études, SNCF Réseau et la Région avaient déjà produit des expertises ces dernières années.

« Toutes ces études sont mises dans un tiroir et on repart sur une nouvelle étude. Cela risque d'entraîner de nouveaux retards. » Autre argument avancé par les défenseurs de la ligne : les contributions recueillies lors de la concertation publique seraient très majoritairement favorables à la réouverture.

Dix ans après, une méthode qui perdure

Des maires et des acteurs du monde ferroviaire et de la région Occitanie étaient présent.   • Romain Fiore

Au-delà du bilan, cette réunion a aussi permis de rappeler l'esprit des États Généraux du Rail : associer les territoires aux décisions. « On ne va pas attendre qu'une décision soit prise pour aller discuter. Nous voulons rencontrer le préfet avant, pour connaître son état d'esprit et défendre ce projet. », a assuré Jean-Luc Gibelin.

Dix ans après leur lancement, les EGRIM continuent ainsi de servir de fil conducteur à la politique régionale des mobilités. Si la Région revendique des avancées importantes — régénération du réseau, hausse de la fréquentation, investissements dans le matériel roulant et politique tarifaire attractive — elle reconnaît également que plusieurs défis demeurent : améliorer la ponctualité, accélérer les procédures administratives et concrétiser les réouvertures de lignes attendues, au premier rang desquelles Alès-Bessèges.

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