Originaire de Vauvert, Michel Bastide a étudié à Nîmes. Par la suite, il est allé à Marseille afin de faire ses études de médecine. C'est là qu'il a découvert le jazz, en 1962.
Objectif Gard : Vous êtes médecin-chirurgien ophtalmologue retraité et trompettiste depuis plus de cinquante ans. Comment ces deux parcours se sont-ils articulés ?
Michel Bastide : J’ai été ophtalmo-chirurgien à Nîmes, d'abord sur le boulevard Gambetta, puis à Valmedica en Ville active. Je suis retraité depuis 2003. Parallèlement à ma qualité professionnelle, j’ai toujours fait du jazz, à la trompette, au sein d’un orchestre qui s’appelait le Hot Antic Jazz Band, dont je suis cofondateur.
Vous étiez docteur le jour et trompettiste la nuit, c’est un peu ça ?
Oui c'est exactement ça ! En m'installant à Nîmes, je m’étais dit que, quand on est un saltimbanque, c’est mal vu de faire de la médecine. Mais ça m’a démangé très fort jusqu’au jour où un ami toulonnais, qui jouait de la trompette, chirurgien-dentiste à Toulon, m’a dit lors d'un concert : « Tu vois la dame qui est là-bas, c’est une cliente, ça ne devrait pas te gêner de jouer de la trompette devant elle . Et si ça ne lui plaît pas, c’est que c’est une conne.»
Comment cette découverte du jazz s’est-elle faite concrètement ?
Quand j'étais étudiant, je passais tout mon temps libre à courir après les filles, alors je suis allé à un bal, à Marseille. Il y avait un orchestre qui jouait, c’était celui de Jean-Christian Michel. À l’époque, il était rapatrié d’Algérie et il avait un orchestre de jazz composé uniquement de pieds-noirs. Ils m’ont dit qu’il leur manquait un guitariste. Moi, je chantais Brassens, je grattais ma guitare, je n’avais aucune idée de ce qu’était le jazz. Je me suis intégré à l’orchestre, j’ai joué du banjo avec eux pendant un an, puis le trompettiste est parti au service militaire et je me suis mis à la trompette. Je ne l'ai plus quittée.
Après cette période, vous tournez beaucoup. Que se passe-t-il ensuite ?
On s’est fâchés parce que Jean-Christian Michel se tournait vers ce qu’il appelait la musique sacrée et négligeait complètement le répertoire de jazz. Je lui ai proposé de faire un orchestre parallèle, il a refusé. On s’est séparés et tout l’orchestre est parti sauf lui. Avec le clarinettiste, on a créé un orchestre qui s’appelait les Hot Peppers. On a joué dans tous les bals étudiants du sud de la France, à Marseille, Aix, Nice, Toulouse. On a joué à Paris. Plus tard, avec le Hot Antic Jazz Band, on a tenu presque quarante ans. On a joué une dizaine de fois aux États-Unis, dans des festivals et des clubs, au Carnegie Hall à New York, deux fois au Japon, en Inde, dans tous les pays européens, beaucoup en Écosse et en Angleterre. On n’arrêtait pas.
Parallèlement à la musique, vous commencez très tôt à filmer et à collecter des images de jazz. Pourquoi ?
Dès que la télévision est apparue dans les années 60, j’ai vu qu’il y avait des films de jazz qui passaient. Avec ma petite caméra Super 8, je filmais directement sur l’écran et j’enregistrais le son. C’était dégueulasse, mais c’était mieux que rien. Un jour, à un festival de jazz à Orange, un Américain est venu projeter des films. J’ai été absolument sidéré. On l’appelait le grand-père des collectionneurs de films de jazz. J’ai ensuite récupéré un film de Django Reinhardt grâce à Charles Delaunay. Ces copies ont été le début de ma collection. J’ai aujourd’hui des centaines d’heures de films de jazz.
Pourquoi avoir arrêté la trompette et choisi de transmettre cette histoire au Carré d’Art ?
J’ai arrêté la trompette en 2017 parce que je n’arrivais plus à jouer comme je le souhaitais. Avec les enregistrements, on se regarde, on s’écoute, et là c’était la catastrophe (rire) ! J’ai donc eu envie de montrer ces films. Je ne parle que du jazz traditionnel. Je le dis toujours en préambule, je n’ai aucune compétence en jazz moderne. À travers le cinéma et la télévision, je montre comment le jazz a trouvé un allié inattendu. La télévision permet enfin la rencontre parfaite du son et de l’image, en direct, sans artifice. C’est ce que je présente au Carré d’Art depuis quelques mois grâce à Jazz 70.
Les prochains rendez-vous avec Michel Bastide
– Jeudi 15 janvier à 17h15
Jazz & Cinéma – 3. La Révolution de la Télévision
– Jeudi 19 février à 17h15
Louis Armstrong. Un destin extraordinaire
Carré d’Art – médiathèque de Nîmes, grand auditorium.