Publié il y a 1 h - Mise à jour le 30.03.2026 - Propos recueillis par Corentin Corger - 4 min  - vu 154 fois

L'INTERVIEW Pierre Gattaz : "Zucman et Piketty sont payés par nos impôts et nous crachent dessus"

pierre gattaz medef

Pierre Gattaz 

- Photo Corentin Corger

Le patron de Radiall et ex-président du Medef (2013-2018) était l'invité exceptionnel du Nîmes Gard Business Club. Devant les chefs d'entreprises locaux, Pierre Gattaz a évoqué son parcours mais aussi ses idées pour redresser l'économie.

Objectif Gard : Qu'est-ce qui vous a motivé à prendre la direction de l'entreprise familiale Radiall en 1992 ?

Pierre Gattaz : Simplement, je me suis dit : il y a une opportunité, peut-être un truc à faire, c'est une belle boîte. Je suis rentré à Radiall comme ça. Ce n'était pas prévu au départ que je travaille dans la boîte familiale. J'ai une grande admiration pour mon père. Avec mon oncle, ils étaient fils d'instituteurs à Bourgoin-Jallieu, donc rien ne les disposait à aller dans le monde de l'entreprise. On s'est toujours extrêmement bien entendu. Il a d'abord eu un rôle de grand frère ou d'ami avant d'être un père. D'ailleurs, je l'ai toujours appelé Yvon au lieu de papa, c'est assez drôle (rires). Il allait encore faire des interviews à 95 ans sur France Info, il était en super forme. J'ai appris que le travail conservait énormément. Il bossait comme un fou.

Qu'est-ce qui vous amène à prendre la tête du Medef en 2013 ?

Je n'étais pas du tout prédisposé à diriger le Medef. En 2001, il y a crise des télécoms et patatras. Radiall a mis 18 mois à se restructurer, je suis sorti de là en loque. Je me suis dit qu'on est dans un pays de fous. J'ai eu des doutes en me disant qu'il ne faut plus avoir de boîtes en France, mais aussi que si tous les patrons réfléchissent comme ça, on ne va jamais y arriver. Alors j'ai créé un premier syndicat patronal, ensuite j'ai fini par me retrouver au Medef. Je ne voulais pas y aller. François Hollande a été élu président de la République avec un programme commun de la Gauche fort sympathique, dont la taxation des riches à 75 %. Je me suis dit que c'était le retour en 1981 et qu'on allait s'en prendre plein la gueule, donc je me suis présenté au Medef pour que l'on puisse se battre pour la croissance et l'emploi. J'étais motivé mais en colère. J'ai été élu sur un score soviétique à 95 %.

"Quand nous ne clivez pas, ça vous manque"

Que retenez-vous de ces cinq ans passés à la tête du principal syndicat patronal ?

J'ai appris qu'il faut rendre coup par coup et ne jamais laisser tomber. À l'époque, on s'en prenait plein la figure. Au début c'était très désagréable. J'avais ma marionnette aux Guignols de l'info. Je le vivais très mal. Quand je rentrais chez moi, si mes deux filles pleuraient et que mes deux garçons étaient morts de rire, c'est que j'étais passé aux Guignols. Au bout de quelques mois, vous apprenez à résister. Et après, quand vous ne clivez pas, ça vous manque. Maintenant, je fais des petits posts LinkedIn le dimanche matin avant la messe. Quand je n'ai pas de critiques du tout, je me dis qu'il n'est pas bon ce post (rires).

Quand vous rencontrez des chefs d'entreprise, quelles sont leurs préoccupations ?

Je ressens une grosse colère, une nervosité. J'ai l'impression de revenir à 2013 où on était tous stressés par le programme de la Gauche. Le nouveau ministre de l'Économie, Éric Lombard, fraîchement nommé, a dit qu'il faudra que les entreprises s'habituent à être moins rentables pour financer la transition énergétique. C'est comme si un coach sportif demandait à ses athlètes de courir moins vite que les concurrents pour ne pas abîmer le stade. Nous on est là pour gagner de l'argent, pas pour s'en mettre plein les pouilles mais pour donner des primes, motiver, former, innover et investir dans l'environnement.

"Faire de l'évangélisation entrepreneuriale"

Aujourd'hui, comment vous faites passer vos idées en matière d'économie ?

J'ai créé un institut des solutions, un think tank qui a pour but de mieux défendre les patrons. La Droite est éparpillée, un peu perdue, l'extrême droite comprend rien à l'économie et la Gauche nous tape dessus de façon incroyable. Pendant trois mois, au moment du budget, c'était toute la journée à nous maltraiter et à nous mépriser. C'est un prélude de ce qui va se passer durant la campagne de la présidentielle. Ça va être un carnage, un cauchemar. Moi j'ai peur. Je ne veux pas supporter Zucman et Piketty ou encore Clémentine Autain. Ils nous critiquent toute la journée et nous, on sue, on rame pour créer de la richesse et générer des impôts qui payent ces gens-là alors qu'ils nous crachent dessus. Cet institut doit être une armée de forces vives, pas que des patrons. On veut embarquer aussi des dirigeants, salariés, paysans, médecins, des gens qui respectent le travail. On a une quinzaine de réformes que l'on va diffuser. Un programme économique et sociale que l'on montrera à tous les candidats. On veut aussi occuper le terrain pour expliquer l'économie. Et contrer, vite et bien, toutes les bêtises que l'on entend par les réseaux et les médias. En gros, c'est faire de l'évangélisation entrepreneuriale.

Quelles sont vos réformes ?

Il faudra toucher le cœur des Français. Les grandes réformes économiques, je les ai écrites dans un bouquin. Si on dit qu'il faut enlever un million de fonctionnaires, vous ne passez pas la porte. Il faut que chaque réforme rapporte du pouvoir d'achat. Le travail doit payer, c'est fondamental. Augmenter le pouvoir d'achat en faisant des économies par ailleurs, ce ne seront pas des sacrifices mais des efforts rémunérés. Deuxièmement, il faut que l'ascenseur social remarche. Une personne au Smic a de grandes chances de rester au Smic toute sa vie, il faut lui dire ça va repartir. Il y a 22 % de chômage des jeunes, c'est un scandale (14 % pour la moyenne européenne). Il faut leur dire : vos enfants auront du boulot. Notre programme est très humain et environnemental.

Pensez-vous qu'il faudrait nommer un chef d'entreprise à la tête de l'État ?

Moi je rêve d'une équipe avec comme mission : cinq ans pour redresser le pays. Avec des gars comme Pierre de Villiers qui ont une éthique et pas d'ambitions personnelles. Ce qui est le problème actuel de tous nos politiques. Des gens qui ont un vrai métier. Je pense que ce serait possible même si je ne vois pas encore toutes les personnes pour l'incarner. Si 2027 c'est encore le bordel et encore une énorme déception avec 10 % de chômage et seulement 1 % de croissance, alors en 2032, il faudra réfléchir à cette option.

Intéressé pour rejoindre le Nîmes Gard Business Club, rendez-vous sur le site https://nimes-gard-business-club.fr/https://nimes-gard-business-club.fr/.

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