« C’est difficile de fédérer les détenus mais c'est en train de prendre car ils mènent une cause commune », salue maître Khadija Aoudia. L’ex-bâtonnière de Nîmes accompagne les 115 détenus de la prison de Nîmes qui, à travers un manifeste, annoncent saisir la justice pour dénoncer leurs conditions de vie « indignes ». L’avocate qui se bat depuis 20 ans pour améliorer les conditions de détention a décidé, pour la première fois, de mener une action au pénal en saisissant la Cour de justice de la République pour non-assistance à personne en danger : « Il y a un péril imminent et grave dont le ministre de la Justice est parfaitement informé. L’état de droit doit permettre à toute personne détenue d'avoir tous les éléments qui conduisent à une exécution de sa détention dans une condition humaine et digne. »
Son confrère Arnaud Lemoine initie lui un recours administratif visant à faire reconnaître la responsabilité de l’État : « Toute personne détenue demeure un justiciable comme un autre avec l'intégralité de ses droits à respecter. » Des conditions rendues encore plus difficiles par les fortes chaleurs actuelles. Actuellement, on dénombre 770 détenus à la maison d’arrêt de Nîmes pour 340 places. "La surpopulation va augmenter dans les prochaines semaines, ce qui entraîne une dégradation manifeste de l'état de santé psychologique et physique liée à une insalubrité des lieux avec de la moisissure, de l’humidité, l’absence d'aération, des punaises de lit, des rats et des cafards pour trois détenus dans 9 m², poursuit l’avocate pénaliste, nous vivons une catastrophe sur le plan de la dignité humaine." Une situation tout aussi compliquée pour l’ensemble du personnel pénitentiaire.
"Sa détresse était trop forte"
Dans cette procédure de grande ampleur pour dénoncer les conditions de détention, Dominique Étienne, mère de Benjamin qui a mis fin à ses jours il y a plus d’un an dans sa cellule à Nîmes, a souhaité s’y associer. « Après un an de combat devant le parquet et de multiples relances, nous avons reçu un courrier il y a trois jours signifiant que cette affaire est classée sans suite », déplore maître Aoudia, chargée des intérêts de la famille. « Mon fils est resté un mois et demi enfermé dans sa cellule, il n'osait plus sortir par peur d'être lynché. Il avait des pensées suicidaires, j'essayais à distance de le raisonner mais sa détresse était trop forte », confie sa mère. « Il était fragilisé psychologiquement, il n’était pas à sa place en prison. Les alertes n’ont pas été suivies d'effet car les moyens matériels n’ont pas été mis en place pour le sauver », abonde l’avocate. Atteint de troubles psychologiques après un accident, l’homme de 28 ans a connu ensuite « une dérive sur le cannabis ». « Il n’a pas supporté le placement de ses enfants », explique sa mère. Il avait été incarcéré après avoir voulu les récupérer dans un foyer.
Désormais, maître Khadija Aoudia engage aussi cette procédure pour Benjamin. « Il y a une forte probabilité que ce soit classé, si c’est le cas on a prévu de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme d’ici la fin de l’année », assure-t-elle. Pour rappel, la France a déjà été condamnée par la CEDH sur la question des conditions de vie des détenus. « La France a déjà été condamnée et l'inaction suite à ses condamnations est encore plus condamnable », conclut l’avocate nîmoise.