Derrière la campagne, il y a une réalité économique concrète. Le printemps est historiquement une période creuse pour les ateliers de cordonnerie, contrairement à l'hiver et à la rentrée où l'affluence est bien plus forte. L'idée est simple : lisser le chiffre d'affaires sur toute l'année pour éviter à l'artisan de se retrouver débordé certains mois et sans travail d'autres. « Le but, c'est de faire glisser le chiffre d'affaires sur l'année. Ça ne sert à rien d'avoir des périodes qui vont durer deux mois où on est debout de 5h du matin à 11h du soir. Le travail ne sortira jamais comme il devrait sortir », explique Olivier de la boutique l'Emile Pompe.
La logique est gagnant-gagnant pour tout le monde. Le client qui anticipe évite les files d'attente et récupère ses chaussures en parfait état au bon moment. L'artisan, lui, peut travailler sereinement, sans stress, et produire un travail de qualité. « Plus tu vas booster ton artisan, plus le travail sera médiocre et plus l'artisan va être cuit. Maintenant, les clientes arrivent en juin, juillet, elles me déposent leurs bottes, mi-septembre jusqu'à début octobre, elles viennent les chercher. Tout le monde est gagnant. »
Le principe est donc d'amener ses chaussures d'hiver au printemps, quand on n'en a plus besoin, et ses chaussures d'été en juillet, pour les récupérer à la rentrée. Un geste simple qui change tout pour l'artisan. « Ma plus belle récompense ces derniers étés, c'est quand ils m'envoient une photo d'eux en vacances avec leur famille. Et là, tu te dis j'ai gagné, parce que leur trésorerie s'est refaite et ils ont pu s'arrêter une semaine avec leur femme et leurs enfants. J'en ai des frissons quand je le dis. »
Une campagne nationale, un ancrage local
Cette année, la campagne dépasse même les frontières hexagonales. Olivier a un référent à Montréal qui lance en parallèle la même initiative au Canada, avec une préparation commune débutée dès le mois d'août dernier. Un autre cordonnier, Jean-François, installé au Carrefour Nîmes-Ouest, participe également à la campagne. L'idée est de mettre le métier en avant collectivement, pas les individus. « Le but c'est de mettre le métier en avant, c'est pas moi », insiste Émile.
Réparer, un geste pour la planète
Au-delà de l'aspect économique, la campagne porte un message écologique fort. En confiant ses chaussures à un artisan, on prolonge leur durée de vie, on évite le gaspillage et on soutient l'artisanat local. Bottines, sneakers, sandales ou chaussures de ville : toutes les paires peuvent bénéficier d'une réparation, d'un nettoyage, d'un ressemelage ou d'un recoloriage. Un geste pour son porte-monnaie autant que pour l'environnement, dans un contexte où la fast fashion et le jetable ont profondément modifié les habitudes de consommation.