Il faut parfois près d'une dizaine d'années pour maîtriser pleinement le métier. Derrière chaque couronne, bridge ou prothèse dentaire se cachent des heures de travail, une précision au dixième de millimètre et un savoir-faire artisanal rarement connu du grand public. C'est justement cette réalité que la députée de la 6e circonscription du Gard, Sylvie Josserand, est venue découvrir vendredi 24 juillet au sein du laboratoire du prothésiste dentaire de Stéphane Trouvé, à Saint-Quentin-la-Poterie.
Cette immersion s'inscrivait dans le cadre du Printemps de la proximité, une initiative portée par l'Union des entreprises de proximité (U2P). L'objectif est de faire découvrir aux parlementaires les réalités quotidiennes des artisans, commerçants et professions libérales afin de mieux faire connaître leur rôle économique et les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Les entreprises de proximité représentent aujourd'hui 35 % des apprentis en France, emploient 3,3 millions de salariés et génèrent près de 600 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Pendant plus de deux heures, l'élue a suivi toutes les étapes de fabrication d'une prothèse : de la numérisation des empreintes envoyées par les chirurgiens-dentistes jusqu'à la cuisson de la céramique, en passant par la conception assistée par ordinateur et les finitions réalisées à la main.
« On se rend compte de la difficulté et du savoir-faire. Il faut être un peu artiste pour faire ça », a reconnu Sylvie Josserand après avoir testé de elle même le métier.
Un métier entre artisanat et haute technologie
Si le geste de l'artisan reste indispensable, le métier a profondément évolué. Scanners 3D, logiciels de conception numérique, imprimantes 3D ou encore fours de cuisson font désormais partie du quotidien des laboratoires. Mais derrière cette modernisation, la précision du geste demeure essentielle. Chaque dent est modelée pour retrouver une teinte, une transparence et une forme les plus naturelles possibles.
« Il faut être à la fois technicien, artisan et artiste », résume Stéphane Trouvé, qui rappelle que plusieurs années de formation et d'expérience sont nécessaires avant de maîtriser pleinement la discipline.
La concurrence chinoise au cœur des inquiétudes
Au-delà de la découverte du métier, cette visite avait surtout pour objectif d'alerter la députée sur les difficultés rencontrées par la profession. Premier sujet d'inquiétude : l'explosion des importations de prothèses fabriquées à l'étranger, notamment en Chine. Selon Stéphane Trouvé, si rien ne change, une prothèse sur deux pourrait être importée d'ici 2030.
Le professionnel dénonce une concurrence qu'il estime déloyale. Selon lui, les prothèses importées arrivent sans TVA ni droits de douane, tout en étant remboursées par l'Assurance maladie. Une situation qui pénaliserait les laboratoires français, soumis à des normes de fabrication strictes et à des investissements importants pour maintenir une production de qualité. Deux amendements ont été proposés afin de rééquilibrer cette situation, mais le premier a été rejeté, le second est encore à l'étude du Sénat, regrette-t-il.
Autre préoccupation soulevée : la qualité et la traçabilité de certains produits importés. Stéphane Trouvé affirme que certaines prothèses ne répondraient pas aux normes européennes et pourraient présenter des risques pour les patients.
Préserver un savoir-faire de proximité
Au-delà des enjeux économiques, cette visite a permis de rappeler l'importance de préserver une profession de proximité qui travaille en lien direct avec les chirurgiens-dentistes et les patients.
À travers le Printemps de la proximité, l'U2P souhaite justement mettre en lumière ces métiers souvent méconnus, mais indispensables au tissu économique local. Pour Sylvie Josserand, cette immersion constitue une occasion de mieux appréhender les réalités du terrain et les attentes d'une profession qui demande davantage de reconnaissance et de protection face à la concurrence internationale.
Pour Stéphane Trouvé, l'enjeu dépasse son seul laboratoire. Il s'agit de défendre un savoir-faire français, des emplois qualifiés et une fabrication locale garantissant la qualité et la traçabilité des dispositifs médicaux destinés aux patients.