Lilian Euzéby construit une œuvre imprégnée par la poésie, le sacré et la mémoire. « Ce livre monographique est dédié à mon travail durant ces cinq ou six dernières. »
Voilà un beau volume de 250 pages tiré à 150 exemplaires dont 50 sont accompagnés d’un joli monotype signé et numéroté. Les textes sont signés par Angélique Berès, Cécile Tajan, Gabrielle de Lassus Saint-Géniès, Pauline de la Grandière et Lilian Euzéby. Les photographies sont quant à elles de Bruce Paoli. Le prix de l'exemplaire courant est fixé à 50 euros, celui du tirage de tête à 150 euros.
« La peinture de Lilian Euzéby, comme la robe de Peau d’Âne, a la couleur du temps. Pas le temps météorologique – encore que celui-ci joue son rôle dans cette œuvre venteuse, changeante, mouvementée – mais le temps impassible et neutre qui régit le cosmos et les noces improbables de la terre et du ciel, le temps qui embrasse d’un seul mouvement la vie et les rêves, la nature et les mythes, les choses et leurs noms », explique Michel Scognamillo.
« Après plus de quatre ans de travail à la conception de ce livre, c’est une véritable joie désormais de le voir feuilleté par d’autres mains. Le livre retrace les six dernières années de création. Beaucoup de jolies photographies qui illustrent le travail dans l’atelier parsèment l’ouvrage », note Lilian Euzéby.
Comme le tirage de tête est accompagné d’une belle œuvre rappelant Ithaque et l’Odyssée, nous vient en tête l’avis donné par Rudy Ricciotti sur le travail de Lilian Euzéby en 2018, date approximative à laquelle l’idée du livre est née.
« Né avant Jésus-Christ, il ne cache pas sa mémoire et il la cartographie. Eumée, prince de naissance, finissant gardien des porcs du roi d’Ithaque, s’en souvient, lui, relégué dans un coin oublié des îles ioniennes. Ulysse décida l’emplacement sacré que la Nekuia occupe dans l’imaginaire territorial de l’artiste. Euzéby nous doit toute la vérité sur le territoire d’Ulysse, il enquête, il vérifie, il recoupe et repositionne chaque protagoniste mystificateur de nos mémoires. Ainsi Idothée, divinité marine, fille de Protée, ou encore Nausicaa, princesse connue pour ses goûts de luxe, ou encore Demodocos ce chanteur de blues de l'Odyssée d’Homère dont Euzeby comprit qu’il pouvait être un informateur majeur. Euzéby rétablit l’art dans ses fondements historiques et politiques, rappelant qu’il faut toujours vérifier les songes. L’art n’existe qu’à la limite de l’horizon politique… et l’artiste n’est que dans la difficulté existentielle. Euzéby cartographie la mythologie d’Ulysse et réinvente un territoire, le dernier, celui qui parle… »
Pleine de questionnements essentiels, l’œuvre de Lilian Euzéby ne peut laisser indifférent. Le temps, le voyage, la nuit, la solitude, l’envie, la mort mais surtout l’envie de vie. Ce livre, cet ouvrage, ce recueil ou plutôt cette véritable monographie permettra aux amoureux de son art mais aussi aux curieux voulant découvrir de belles choses d’assouvir un besoin.
L’un des grands sujets de son œuvre est la rêverie que suscitent l’eau et son cycle. Comme le temps, elle passe sans sens. Quand on sait que l’eau est la matière essentielle à l’élaboration des peintures d'Euzéby, on devine aussi une allusion appuyée au travail dans l’atelier...
Tracassé par les idées de finitude, Euzéby se rassure avec les eaux, calmes ou agitées, qui sont au cœur de ces paysages. Et aux yeux de Lilian Euzéby, le ciel et les étoiles en sont un reflet évident.
Le peintre lie le dessin stellaire ou circonstanciel dans le respect du classique mais dans des papiers fort délavés. Des états vacillants reconstitués. Un doute cosmique habite ses paysages, dont la nature rugueuse est le jouet de forces manipulatrices qui renversent l’ordre des éléments, ou encore se présente dans une apparente sérénité, tels des lacs tranquilles.
Dans l’œuvre de Lilian Euzéby, l’écrit donne les clefs pour appréhender le paysage mais il ouvre, aussi, des brèches dans les zones admises de l’espace et du temps. L’artiste nous force à progresser dans les traces laissées par la peinture. C’est véritablement un cheminement au travers d’un paysage selon la tradition classique du genre. Mais il est aussi une exploration presque scientifique de la toile, qui, telle une paroi, dévoile alors ses grains de matière, ses marques, ses inscriptions, et se transforme en un vrai territoire mystérieux et poétique.
L’artiste s’interroge sur le temps et la perception que nous en avons. Le spectateur curieux pourra ainsi se perdre dans un parcours étrange, mélancolique parfois, construit sur des paysages déroutants et métaphysiques où le présent, le futur et le passé se superposent et se confondent.
Avec cette magnifique monographie, le lecteur et l’amateur d’art sauront lire entre les lignes, voir loin devant ou derrière les aplats et les couches de peinture.