Ces deux événements se complètent parfaitement. À Carré d’art, l’exposition relate le parcours d’André Chamson, un intellectuel pour temps incertains. Le livre d’Alcide retrace quant à lui la vie d’un homme qui mérite d’être reconnu pour redevenir quelqu’un de connu.
Pour l’éditeur et fondateur d'Alcide, Yann Cruvellier : « Chamson souffre d'une double injustice : l'oubli et/ou l'étiquette « d'écrivain régionaliste ». Ami de Giono, il s’inscrivait dans la lignée de Ramuz. »
André Chamson lui-même était conscient de ce phénomène. « Je n'ai jamais considéré mes romans comme des romans régionalistes. Je ne connais pas d'homme régional. En revanche, je sais que tout homme est de quelque part. Faut-il dire, une fois de plus, que rien n'est original que l'originel et que si l'universel ne se livre pas à nous à travers le particulier il risque de n'être jamais que l'ombre d'une ombre ? Aucun livre n'est régional si ce n'est les livres manqués. »
Et Yann Cruvellier de poursuivre : « Pour ce qui est de l'oubli, il faut se souvenir d'un Chamson qui a marqué son temps. Chef de cabinet de Daladier, co-fondateur de Vendredi avec Jean Guéhenno, le futur auteur du Journal des années noires, ami de Gide, Martin du Gard, Saint-Exupéry, Fitzgerald, Joyce, Kawabata, pour n'en citer que quelques-uns, ses œuvres sont traduites dans le monde entier. »
Sartre écrit dans ses célèbres Carnets de la drôle de guerre : « Je ne suis pas un grand de ce monde et je ne vois pas les grands de ce monde, mon journal n'aura donc pas la valeur que pourrait avoir celui de Giraudoux ou de Chamson. » C’est vrai que Chamson est aujourd’hui un auteur presque oublié. Mais pas tout à fait. Des voix s’élèvent, des cerveaux cogitent pour réévaluer sa place au cœur de notre société. Même disparu, il demeure exemplaire. C’est peut-être au XXI que ses écrits prennent tout leur sens.
« Chamson, sa foi en l'humanité, sa lucidité d'analyse et ses engagements résonnent dans le monde d'aujourd'hui. Voilà pourquoi il faut le relire et découvrir quel écrivain il fut car c'est en tant que tel qu'il gagna la reconnaissance de ses pairs », ajoute Yann Cruvellier.
Tout le monde reconnaîtra en André Chamson un auteur, un humaniste. André Chamson connaît le succès dès son premier roman, Roux le bandit (qui a d’ailleurs été réédité chez Alcide en livre, mais aussi dans une magnifique bande dessinée).
Il s'implique dans les débats des années 1930, fonde la revue Vendredi, l'une des tribunes du Front populaire. Son œuvre, qui lui vaudra son élection à l'Académie française, est traduite dans le monde entier.
Mais, André Chamson, c’est aussi une revendication. « Le mot qui livre le secret de ses Cévennes » natales, Résister !, comme socle de ses convictions. Alliant une rare force de travail à un indéniable courage, il participe au soutien des républicains espagnols, s'engage dans la Résistance puis comme commandant au sein de la brigade Alsace-Lorraine qu'il crée avec André Malraux...
Une écriture sobre et limpide, la clarté et la lucidité de l'analyse, l'engagement : André Chamson vit le temps d'un monde qui bascule accompagné d'une question, « Quels hommes sommes-nous devenus ? » Son œuvre et son itinéraire résonnent singulièrement de nos jours, entre résistance et espoir.
« Depuis ses jeunes années, Chamson s'est d'abord vécu comme écrivain, et, pendant plus d'un demi-siècle, la société de son temps l'a reconnu comme tel. C'est l'essayiste, le mémorialiste et, plus encore, le romancier qui co-dirige Vendredi et qui prend la parole sept fois à l'Assemblée du Désert, qui est élu à l'Académie française en 1956 et que l'ancien colonel Berger nomme en 1959 à la tête des Archives de France. Et s'il doit rester présent au cœur du XXI siècle, ce ne pourra être que parce qu'il fera encore entendre sa voix singulière, comme soulevé au-dessus de lui-même par une exigence de liberté qu'aucune vicissitude ne fera jamais taire, conformément à la maxime du Puits des miracles - ce livre méconnu, l'astre noir de l'œuvre de Chamson et que l'auteur plaça sous l'égide de Job et d'Ezéchiel : « Les meilleurs se reconnaissent à l'espérance » », conclut Pascal Ory qui signe la préface de Résister !.
Pour que l’ouvrage soit aussi bon, il a fallu plusieurs mains. Douces, intelligibles et aiguisées, celles de Micheline Cellier, Patrick Cabanel, Eddy Noblet, Guillaume Bope et donc Pascal Ory.
Avec plus de 180 pages, Résister ! offre un panorama honnête et attachant de la vie d’un homme, d’une famille. Des dessins, des correspondances, des photos, des coupures de presse, des témoignages… Si vous aimez Chamson, si vous ne le connaissez pas ou mal, si vous êtes curieux, si vous voulez voir un Homme dans toute sa superbe, foncez à l’expo de Carré d’Art mais achetez ce livre !
André Chamson, Résister ! aux éditions Alcide, 188 pages au prix de 18 euros.